Sylvia Huang au Reine Elisabeth: "La musique est un refuge"

©Siska Vandecasteele

L’aventure continue pour l’unique candidate belge à la session violon du Reine Elisabeth, qui a abandonné l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam le temps du concours.

Sylvia Huang jouait Mozart lundi soir
Demi-finale

Lundi soir, on ne pouvait imaginer musiciennes plus dissemblables que la Française Anna Göckel et la Belge Sylvia Huang dans le même premier concerto de Mozart en si bémol majeur.

Venant à l’évidence de la musique ancienne, Göckel, qui nous avait déjà gratifié, lundi passé, d’un splendide Bach à l’archet baroque, allège le son de son instrument et attaque de mille façons les phrases de Mozart, instillant des motifs à la Bach jusque dans les cadences de sa propre main, mais hélas, dans une précipitation dont elle ne parviendra jamais totalement à se départir, et qui ne permet à aucun moment d’habiter le lyrisme naturel du concerto.

Un monde tout différent de l’univers de Sylvia Huang, plus conforme à la doxa élisabéthaine qu’annonce un Orchestre royal de chambre de Wallonie parti plus mesuré et marqué, rythmiquement parlant. L’archet est ici plus appuyé et le son, plus homogène, allant chercher de l’assise dans le grave de l’instrument, qui manque malgré tout d’un peu de projection.

Pour autant, si tout est en place et se déploie dans un jeu de bon aloi, la prestation de Sylvia Huang reste globalement scolaire et on attend en vain ce moment de grâce, cette miraculeuse hésitation entre le drame et la joie qui caractérise la musique d’Amadeus.

(>ici, le podcast RTBF de sa prestation)

Après son concerto de Mozart, ce lundi, Sylvia Huang se défendra en récital, ce jeudi 9/7 (15h), à Flagey. A suivre jusque samedi sur Musiq'3, La Trois et Auvio. Info: Concours Reine Elisabeth et RTBF

"Elle rit tout le temps!", s’exclame un collègue musicien qui la connaît bien. Et c’est comme cela que nous avons vu Sylvia Huang, le 29 avril dernier, à l’issue de sa première épreuve où elle a expédié Bach, Paganini et Beethoven avec l’aplomb de ses 25 ans (L'Echo du 30 avril). Ce côté enfantin cache une nature plus intérieure qui la porte à défendre, lors de cette semaine de demi-finale, la sonate de Debussy ou celle de Janáček. Mais qu’on ne s’y trompe pas: elle a déjà des planches et un solide métier, acquis dans les rangs de l’Orchestre national de Belgique, où elle était la plus jeune musicienne en 2012, avant de rejoindre, en 2015, l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, où elle vit à présent. La voilà bien loin de Montigny-le-Tilleul, où son père, le violoniste chinois Ching Huang, et sa mère, la violoncelliste belge Myriam Bultinck, lui avait glissé un violon dans les bras le jour de ses trois ans.

Sa prestation aux quarts de finale

>Relire notre compte rendu: "Prestation solide pour la belge Sylvia Huang" (30/4/19)

Pourquoi vous lancer dans cette aventure? Vous êtes déjà premier violon au Concertgebouw d’Amsterdam, l’un des meilleurs orchestres d’Europe…

Et pourquoi pas! Le Reine Elisabeth est un concours mythique, légendaire. C’est un grand honneur de pouvoir y participer. Je peux en apprendre beaucoup. J’ai grandi en regardant cette compétition à la télé. Depuis toute petite, j’ai vu tous les documentaires sur le concours. Je me souviens des images d’archives de Leonid Kogan (le Premier prix de 1951, NDLR), de Philippe Hirshhorn (1967) et de Mikhail Bezverkhny (1976). Plus tard, j’ai vu en direct Khachatryan et Ray Chen. Toujours du violon, évidemment, mais aussi le piano. Le concours de chant, j’adhère moins. Je ne sais pas où tout cela va me mener mais c’est un bonheur de participer. Le reste, c’est du bonus.

"En commençant aussi tôt, je n’ai évidemment aucun souvenir d’une vie sans violon."
Sylvia Huang
Violoniste

Et la victoire?
Je n’y pense surtout pas!

Vous êtes tombée dans la marmite quand vous étiez petite…

Mon père est violoniste et ma mère, violoncelliste. On m’a mis un violon dans les mains quand j’avais trois ans. C’était un jeu: je ne me souviens pas qu’on m’ait forcée. Par contre, je me rappelle que je jouais trois heures par jour dans mon enfance. C’était naturel, comme une évidence. J’ai commencé par de petits exercices, des études, pour acquérir la technique. J’ai tout de suite adoré jouer Vivaldi. En commençant aussi tôt, je n’ai évidemment aucun souvenir d’une vie sans violon. Le violon est devenu une partie de ma vie et la passion ne m’a jamais quittée. Mais la musique est un refuge. C’est une source d’inspiration et de réconfort. En écoutant Debussy, j’éprouve la même chose qu’en regardant une toile de Monet ou de Renoir. La musique m’aide à exprimer ce que je vis et les émotions qui me viennent. C’est tout un paysage. Et je n’en ai jamais autant besoin que quand je suis triste. "Refuge", je n’ai pas d’autre mot pour décrire cela. Il m’arrive d’écouter la même symphonie de Mahler pendant un mois ou comme récemment la sonate pour violon de Janáček qui tournait en boucle.

La violoniste belge Sylvia Huang joue Paganini aux quarts de finale (29/4/19)

Le choix du Concertgebouw, alors que vous n’aviez que vingt ans, c’était la suite logique après votre expérience à l’Orchestre national de Belgique?

L’ONB, ça a été fantastique, car j’ignorais absolument ce que signifiait jouer dans un orchestre. On y apprend surtout à écouter les autres. L’orchestre du Concertgebouw est plus grand; il a un son magnifique et un répertoire très vaste. Auparavant, je n’avais jamais joué les symphonies de Mahler, de Bruckner et de Brahms. Je suis très chanceuse de pouvoir jouer dans un tel orchestre et de grandir musicalement au chevet de chefs comme Valery Gergiev, Iván Fischer, Mariss Jansons et bien sûr Bernard Haitink. Parfois, c’est de la magie pure. Les symphonies 4, 5 et 10 de Chostakovitch dirigées par Andris Nelsons, c’était au-delà des mots.

Le Concertgebouw vous a prêté un Carlo Ferdinando Landolfi de 1751. C’est un bon violon pour vous imposer au concours?

Il y a des violons beaucoup plus chers dans l’orchestre, des Stradivarius, des Gagliano et des Guarneri. La réputation de Landolfi est un cran en dessous, mais ce violon est fantastique! Il faut voir ces instruments comme des peintures: ce sont des œuvres d’art. J’ai immédiatement adopté sa sonorité très chaude. Mais sans ce violon, je ne pourrais pas participer au concours Reine Elisabeth…

Comment vous préparez-vous?

J’étudie avec le violoniste roumain Liviu Prunaru qui est également mon collègue au Concertgebouw et a été 2e lauréat du Reine Elisabeth en 1993. On peut toujours s’améliorer, surtout dans la dernière ligne droite! Mais jouer plus de quatre heures par jour, c’est inutile: il faut surtout être très concentré… et savoir se détendre. Alors, je fais du yoga avec des amis et mon copain, un Français qui étudie la physique à Amsterdam et fait des recherches sur les trous noirs. J’ai beaucoup fait de yoga quand je me suis cassée le coude, il y a trois ans, en tombant de vélo. Le yoga m’aide depuis à maintenir un équilibre entre le physique et le mental. Jouer du violon est particulièrement éprouvant pour le dos et le cou qu’il faut parvenir à étirer. Parfois je vais nager ou je pars en rando dans la montagne pour retrouver le silence total. Sinon, je cuisine. Ce que j’adore cuisiner! (elle rit).

Sylvia Huang à chaud: "Pourquoi le Reine Elisabeth? Et pourquoi pas!"

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