A Anvers, les lumières de Kotaro Fukuma

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L'Echo de Flandre | Invité par Amuz, dans l'acoustique exceptionnelle de l'ancienne église des Augustins, dans le cœur historique d'Anvers, l'excellent pianiste japonais Kotaro Fukuma fait ses débuts belges avec "1918", un programme qui célèbre Debussy, la Grande Guerre et Louis Vierne.

En chinois, "Kô", le préfixe de son prénom, signifie "lumière sur l’eau". Il n’en fallait pas plus pour que le pianiste Kotaro Fukuma (°1982) en conçoive un disque pour le 150e anniversaire de la naissance de Debussy, par lequel nous l’avions découvert, en 2012. Un Debussy magnifiquement aérien, jouant de chaque inflexion pour tirer une couleur subtile d’un grand Steinway de 1912, parfois étonné lui-même lorsque l’instrument lui renvoyait sa propre pâte sonore, qu’il laissait un instant vibrer pour elle-même.

Debussy Kotaro Fukuma (live London 2008), "Suite bergamasque, Clair de lune"

Pour le centième anniversaire de sa mort cette fois, Debussy ne le quitte pas, mais il le teinte à présent des ombres de la Grande Guerre qu’il a entrevues chez les contemporains du compositeur français à cette époque si dramatique pour l’Europe. Une esquisse de Schönberg, dix mesures tout au plus, condense les prémices d’une écriture dodécaphonique qui serait l’antidote aux errements morbides du romantisme. Un romantisme poussé au contraire dans ses derniers retranchements par un Nikolaï Medtner à la fois torturé d’avoir subtilisé la femme de son frère, parti au front, et par la grande révolution bolchevique de 1917.

Ce sont aussi 15 chants populaires de Bartók dont les quatre premiers sont également tragiques. Tout comme cette "Solitude", écrite précisément en 1918 par Louis Vierne, un élève de Franck et de Widor, et qui se distribue comme un leitmotiv dans les 4 parties qui forment ce poignant opus. "L’idée de ce programme ‘1918’ m’est venue en découvrant cette pièce de Vierne, il y a trois ans, nous explique Kotaro Fukuma depuis le Japon. J’ai lu sa biographie: c’est tellement dramatique. C’est incroyable que ce compositeur soit si méconnu. Il fallait faire quelque chose!"

"La diversité que j’ai découverte en Europe me donne le courage d’aller jusqu’au bout des idées inattendues qui me viennent."

C’est aussi l’occasion pour l’artiste de continuer à assouvir son esprit de découverte qui ne le quitte plus depuis qu’il s’est installé en Europe en 2001, à Paris d’abord où il a étudié au conservatoire, puis à Berlin, d’où il rayonne jusqu’au Carnegie Hall de New York. "J’aime la diversité cosmopolite et j’adore voyager, aussi bien pour mon métier que pour découvrir les cultures et les caractéristiques de chaque pays. La diversité que j’ai découverte en Europe me donne le courage d’aller jusqu’au bout des idées inattendues qui me viennent. En ce sens, je ne suis pas typiquement japonais; j’ose prendre des libertés."

Également remarqué par le New York TimesThe Independent ou Le Monde, Kotaro Fukuma a joué dans les plus grandes salles (Carnegie Hall, Wigmore Hall, Philiharmonie de Berlin) et avec d’excellents orchestres (Cleveland, Dresde, Philharmoniques de Moscou, du Japon et d’Israël). infos complètes sur le site de l’artiste

F LISZT ST FRANCIS PREACHING TO THE BIRDS KOTARO FUKUMA


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