"À Bozar, nous voulons soutenir les artistes mis en quarantaine"

Ce samedi 21/3 , de 15h à 16h, chantez chez vous, en direct avec Paul Smith de Voces8, dans le cadre de «Singing Brussels». (c) Bozar ©BOZAR

Bozar ne se contente pas de mettre en ligne des contenus artistiques existants, mais décentralise son rôle d’organisateur en relayant sur ses réseaux la prestation "live" de musiciens programmés ces prochaines semaines, en les faisant jouer chez eux. Avec un cachet!

Chanter dans votre salon!

Ce samedi 21/3 , de 15h à 16h, chantez chez vous, en direct avec Paul Smith de l'ensemble anglais Voces8, dans le cadre de «Singing Brussels».

>> Rendez-vous sur la page de l’événement et sur la page Facebook de Bozar Music.

Depuis quinzes jours, on a vu quantité de musées et de maisons de concert et d’opéra mettre leurs contenus en ligne tandis que nombre d’artistes confinés chez eux inondaient les réseaux de concerts improvisés. Bozar, à Bruxelles, tente, dès ce samedi, un trait d’union entre ces deux démarches, explique à L’Echo Sandrine Demolin, Head of Marketing & Communication.

Sandrine Demolin, Head of Merketing & Communication (c) Bozar

Quelle est votre stratégie, à Bozar, pour continuer à assurer vos missions culturelles auprès d’un public confiné?
Nous avons deux approches: 1°) conserver le lien avec notre public et lui proposer du contenu; 2°) soutenir les artistes mis en difficulté par l’annulation de leurs concerts. Du point de vue de l’offre culturelle, nous avons ainsi créé une grille horaire que l’on complète avec du contenu éditorial. C’est un travail d’équipe entre le responsable communication et le programmateur en charge d’une discipline artistique. Concrètement, nous posterons sans doute un poème par jour, tiré du guide du visiteur de l’exposition Keith Haring. En musique, nous avons des playlists Spotify que l’on met au fur et à mesure à disposition du public. Avec nos partenaires, comme La Monnaie ou le Belgium National Orchestra, nous voyons comment travailler ensemble sur du contenu existant. 
«Nous incitons notre public à ne pas se faire rembourser ses places de concert pour nous permettre de rémunérer les artistes qui se produiront à distance.»
Sandrine Demolin
Head of Marketing & Communication

Vous avez renoncé à streamer des séances à huis clos?
Nous avions pensé le faire pour le vernissage de l’exposition "Ah, quelle aventure!", le 25 mars, mais, outre que tout le matériel n’aurait pu être installé, il n’était pas responsable de rassembler des personnes dans un lieu confiné, alors que nous disposons déjà de contenus artistiques et que l’on peut trouver d’autres formules.
 
Comment comptez-vous soutenir les artistes qui sont au chômage technique?
Les programmateurs de Bozar Music proposent d’offrir un cachet aux artistes qui devaient se produire chez nous à condition qu’ils filment leur prestation chez eux et que nous puissions ensuite la diffuser. Nous négocions des contrats en ce moment avec un grille horaire que nous espérons lancer en début de semaine. Pratiquement, nous proposerons des rendez-vous artistiques en live, à des heures précises, que nous communiquerons à notre public. Pour ce faire, nous incitons les gens à ne pas se faire rembourser leurs places de concert pour nous permettre de rémunérer ces artistes. Pour les arts plastiques, nous allons aussi utiliser le hashtag #museumathome, lancé par VisitBrussels (la coupole touristique de la Région bruxelloise, NDLR), et nous montrer ainsi solidaire de toutes les autres institutions. 
Paul Smith: The VOCES8 Method

Vous dématérialisez donc votre rôle d’organisateur culturel…
C’est aussi une façon d’offrir notre plateforme aux artistes (143.000 fans sur Facebook, 21.000 pour le page Bozar Music, 69.000 sur Instagram et 38.000 sur Twitter, NDLR) et de leur permettre de continuer à rayonner sur la Toile en cette période difficile. Ce samedi, à 15 heures, nous organisons un workshop avec Paul Smith, de l’ensemble vocal anglais Voces8, dans le cadre de l’opération "Singing Brussels". L’idée, c’est de faire chanter le gens chez eux en live, tandis que le performeur relayera la séance sur ses propres réseaux pour la rendre virale.
 

Selon nos sources, vous n’avez les droits de diffusion que pour seulement deux des vingt captations que vous avez réalisées dans la grande salle Henry Le Boeuf...
Nous avons relancé nos programmateurs pour négocier les droits de ces enregistrements. Nous avions aussi lancé une stratégie de captation, avec une dizaine d’événements prévus dans les prochains mois et dans différentes disciplines artistiques. Du point de vue des droits, c’est au cas par cas. Nous proposons toujours la possibilité d’une captation. Il y a des artistes qui cèdent immédiatement leurs droits car il y voient une plus-value. Mais il est vrai que cela fonctionne mieux avec les artistes qui montent qu’avec des artistes confirmés. Cela fait l’objet d’une négociation lors de l’élaboration du contrat entre le programmateur et la juriste de Bozar d’un côté, et l’artiste ou son manager de l’autre. Dans le cas des orchestres, les syndicats peuvent aussi s’en mêler: ce n’est pas toujours évident.
 
Ce coronavirus est-il un "game changer" qui va vous forcer à repenser votre modèle? 
Cela nous permet en tout cas de réaliser que nous avions déjà pas mal avancé et que nous sommes dans le bon. Il y a aussi une belle solidarité et un excellent "team spirit": c’est beau de voir que la culture est essentielle dans notre monde. Mais cela le sera aussi en retrouvant chacun sur le terrain!
Yael Naim au Normandie, à Paris, en mars dernier. ©Photo News

Yael Naïm: «Et si on pouvait vivre autrement?»

Annulations et reports de concerts, de spectacles ou de sorties d’albums en cascade, ces jours-ci. Pour les artistes et ceux qui travaillent avec eux, cela signifie aussi adopter une nouvelle philosophie. Par Joëlle Lehrer

Loïc Nottet

 Le chanteur carolo devait sortir son second album, «Sillygomania», en cette fin de semaine. Il l’a annoncé lui-même sur ses réseaux sociaux: cette sortie sera reportée. Pour son concert de Forest National, fixée au 25 avril, une date de report est trouvée à l’automne. Nous avions pu le rencontrer la semaine dernière. «J’étais en France, hier encore, pour des émissions télé. Elles se font dorénavant sans public. Ils rajoutent des faux publics en post-production. J’ai constaté là-bas que les gens ne se disent même plus bonjour

Très inquiet de la peur que suscite cette épidémie et de son danger, Loïc est néanmoins très clair: «Je préfère que mon concert d’avril soit reporté plutôt que de le maintenir dans une telle période. Et que les gens puissent en profiter dans des conditions optimales.»

Yael Naïm

«Nightsongs», son nouvel album, devait aussi sortir en ce début de printemps. Elle vit déjà depuis plusieurs jours une situation chaotique: «Ce qu’on a planifié est annulé. Le problème dépasse mon envie en tant qu’artiste de me produire en concert. Ce serait indélicat de ne songer qu’à ça. En discutant avec mes amis, ce que je ressens, c’est, qu’au-delà d’une maladie mortelle, il y a des choses pas inintéressantes. Beaucoup d’entre nous sommes dans une course permanente. Des fois, on a envie de voir les choses autrement. De marquer un temps de pause. Et de juger ce qui est essentiel. Des gens meurent et l’économie s’effondre. Mais on peut se poser des questions sur la manière dont on vit. Et si on pouvait vivre autrement. Alors, je ne sais pas où ça va nous emmener. Mais nous, en tant qu’artistes, on peut créer de manière différente. Notamment grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il faut réfléchir à la façon de garder une énergie créatrice. Et de rester connectés au public. Mais je crois que dans les pires périodes de guerre, les artistes se sont débrouillés pour créer, même en secret. Donc, on va juste trouver un autre moyen. Je pense à faire des concerts en direct depuis chez moi. Bien sûr, cela ne remplacera pas un vrai concert avec de la lumière. Mais voilà!»

Alex Vizorek

L'humoriste qui doit occuper la scène du Théâtre de la Toison d’Or, dès fin avril, est actuellement confiné à Avignon. Pas encore inquiet quant à un possible report de ses dates de spectacle, il va se concentrer sur l’écriture de nouvelles chroniques et sketchs. «Avant de me coucher, je relis les ‘Fables’ de La Fontaine. En ces temps inquiétants, cela fait du bien.»

Et tous les autres...

Le milieu du spectacle, ce sont aussi des producteurs, techniciens, roadies, maquilleuses… Ainsi, Catherine Malmendier, qui travaille souvent comme make up artist sur des shootings photos, a perdu tous ses contrats ces derniers jours. Tous prient pour que la situation ne s’éternise pas.

JOELLE LEHRER

Nos idées d'activités culturelles, ludiques et pédagogiques durant le confinement

Comme de nombreux Belges et Européens, vous êtes certainement confiné chez vous à télétravailler ou à essayer de tuer le temps. Voici notre sélection d'activités culturelles, ludiques et pédagogiques: 

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