À la recherche du 78 tours perdu

Emiliana Torrini, ici avec les Golden Glows, avait failli tout arrêter lorsque la chanteuse islandaise a rencontré les deux Belges de The Colorist. ©doc

À l’Ancienne Belgique, on termine les vacances… en musique. Du 27 au 31 août, ce sera le temps de Boterhammen in het Park et des Feeërieën. De la musique par les chemins de travers, des artistes atypiques et des projets qui font rêver. Telle cette réinterprétation de la mythique "Anthology of American folk music".

Du lundi 27 au vendredi 31 août, l’Ancienne Belgique (AB) organise son festival de fin d’été, au kiosque du Parc royal. En deux volets:

→ Boterhammen in het Park, soit des concerts gratuits à midi (avec entre autres les rappeurs néerlandophones de ’t Hof van Commerce, Brihang, Frank Vander Linden…)
→ Feeërieën, le soir, soit onze concerts accessibles gratuitement eux aussi

On y écoutera notamment The Colorist avec l’Islandaise Emiliana Torrini, Kaitlyn Aurelia Smith, chanteuse et auteure américaine, le jazzman londonien Kamaal Williams, le saxophoniste nigérian Orlando Julius et ses Heliocentrics, ou encore un concert du trio The Golden Glows qui aura pour setlist des extraits de la fameuse compilation de l’excentrique Harry Smith, l’"Anthology of American folk music".

À l’AB, où, à côté de l’agenda habituel de la saison, on entend développer de plus en plus de projets, ce concert de Golden Glows est cher au cœur de son initiateur, inspiré notamment par ces artistes qui, ces dernières années, pour revenir dans l’actualité, ont voulu rejouer en live l’intégralité de leur album "classique".

Kurt Overbergh, le programmateur de la salle bruxelloise, explique: "Il n’est jamais arrivé qu’un groupe ou qu’un organisateur mette ainsi sous le feu des projecteurs une compil aussi influente. Pour moi, c’est la meilleure mixtape du monde, et le moment est venu pour le public de découvrir tout ça. Pas seulement Harry Smith qui a compilé ces albums, mais aussi l’histoire du blues, du jazz, de la folk, de la country… Cette anthologie est très importante et aujourd’hui, il y a encore des gens, comme Nick Cave, Bill Callahan ou PJ Harvey, les White Stripes ou même un Beck qui en chantent des morceaux."

20.000 disques

Mythique, légendaire: on a bien le droit d’aligner les adjectifs pour ces six vinyles sortis en 1952 sur le label Folkways Records. Ils dévoilent des pans entiers du paysage musical américain de la fin des années 20 et du début des années 30, des pans bien sûr méconnus et qui vont faire ensuite les délices des ethnomusicologues, des historiens, des critiques et des artistes parmi les plus grands, comme Bob Dylan, Joan Baez, Jerry Garcia… L’anthologie (qui sera rééditée dans les années 90 et recevra un Grammy Award un peu plus tard) comprend des notes et des dessins de Smith. Elle a même inspiré Allen Ginsberg et Greil Marcus.

Né en 1923 à Portland, le bonhomme était un collectionneur obsessionnel. Notamment de 78 tours, des années 20 et 30, donc. Il se trouve que dans les années 40, pour cause de guerre, le gouvernement américain récupérait tous les vinyles pour en extraire la gomme. "Les masters, comme on en a aujourd’hui, ça n’existait pas, à l’époque, commente Kurt Overbergh. Quand une centaine ou un millier de disques d’un certain morceau avaient disparu, le morceau n’existait plus non plus!"

Sauf que cet Harry Smith était un malin, se mit à en racheter pour deux fois rien et finit par… se retrouver à la tête d’une collection de près de 20.000 chansons! Dans laquelle le patron du (alors) tout récent label Folkways vit une mine, au point de lui proposer d’en compiler quelques-unes. Et c’est finalement la période 1927-1932 qui est choisie.

Il y aura une suite

L’événement des Feeërieën ne sera pas un one shot. Le projet démarre discrètement, mais il devrait prendre progressivement de l’ampleur. "On débute avec The Golden Glows, mais il y aura ensuite une série. Chaque année, nous allons inviter un artiste international à choisir une quinzaine ou une vingtaine de titres de cette compil qui en compte à peu près 80. J’en ai déjà parlé avec Guy Garvey de Elbow, avec Patti Smith, les gens de Wilco, tous ont trouvé ça intéressant et promis d’y réfléchir."

The Golden Glows? Un trio acoustique anversois avec lequel l’AB avait déjà eu l’occasion d’œuvrer, voilà une dizaine d’années. "Ils n’ont pas seulement des voix, dit Kurt Overbergh. Ils maîtrisent aussi parfaitement l’interprétation des morceaux de cette période-là. On avait déjà monté un projet avec eux autour d’Alan Lomax…" Soit l’autre grand de l’ethnomusicologie, du field recording et de la collecte de musiques.

Les Feeërieën ne sont pas à proprement parler le premier événement où un tel hommage est rendu à Harry Smith, mort à New York en 1991. En 2000 déjà, il avait eu droit à un "tribute", avec orchestre et invités. "Lou Reed a participé, Nick Cave aussi… Mais dès qu’on a un orchestre avec autant de guests, ça devient plus ou moins un défilé de stars. Et il n’y a pas vraiment de cohérence dans la musique. En demandant à un artiste de réinterpréter des titres de cette compil pendant une heure ou une heure et demie, je voulais faire quelque chose de plus profond."

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