chronique

Alabama Shakes, ultraféline soulitude

Révélé en 2012, Alabama Shakes dégaine "Sound & Color". Deuxième long format aux riffs sudistes et à la soul incandescente.

Ça commence par un cri, retenu tant bien que mal, avant que ça ne rugisse complètement. Tornade noire, pas glam pour un sou, Brittany Howard a l’air d’une lionne lâchée au bord d’une auto route urbaine quand elle chante "I don’t wanna fight no more". Un râle sensuel et autoritaire, revenu de loin, qui, à lui seul, se fait l’emblème de la soul massive, brûlante, et de la furie rock d’Alabama Shakes.

Dans une première vie, Brittany Howard était factrice, Zac Cockrell (basse) travaillait pour un vétérinaire, Heath Fogg (guitare) était peintre en bâtiment et Steve Johnson (batterie) s’irradiait les tympans dans une centrale nucléaire. Portés par "Boys & Girls", un premier album vendu à plus d’un million d’exemplaires, les rednecks d’Athens, bourgade paumée d’Alabama, sont devenus des titans. Désormais neuf sur scène (avec deux claviers et trois choristes), ils envoient un deuxième album moins roots, plus orchestrés, plus funky. Et tout aussi incandescent.

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Si le premier disque possédait l’énergie brute du concert, celui-ci explore les possibilités offertes par le studio. Avec un atout phénoménal: la présence du très prisé Blake Mills, à la réalisation. Guitariste hors-pair, l’ancien producteur de Band of Horses et de Fiona Apple, invite le quatuor à tenter des idées avant-gardistes. Et à livrer de grandes chansons dignes de Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Funkadelic, des White Stripes ou de Prince.

Alabama Shakes, Hold On

À l’instar de "Gemini", parcelle de soul astrale de plus de six minutes; de "Dunes", tempête soul-folk ou de "Future People", ballade volcanique au psychédélisme envoûtant, assez emblématique des nouvelles explorations sonores du groupe. De ce mélange de groove sudiste et de blues des bas-fonds, dilué dans les veines sur l’ordre de guitares indécentes, une chanson ressort du lot: "Gimme all Your Love". On est soufflé dès les premiers couplets et à genoux, incrédule, à la fin.

Une voix capable de tout

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Car ce qui frappe le plus, c’est l’interprétation vocale de Brittany Howard. Avec ses murmures, ses feulements, et cette voix rageuse, tranchante s’il le faut, elle évoque les immortels Otis Redding, Janis Joplin et Aretha Franklin de ce monde. La chanteuse, elle, cite plutôt Robert Plant (Led Zeppelin), Bon Scott (AC/DC) et Nina Simone comme influences. Alabama Shakes est né dans le berceau de la musique américaine, et ça s’entend. Sans souci particulier de faire moderne, juste de concentrer dans leurs chansons l’héritage colossal qui les a nourris, ils sont désormais capables d’allumer de grands incendies.

Album Sound & Color (Rough Trade/Konkurrent), en concert le 28 juin à Rock Werchter, www.rockwerchter.be.

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