interview

Alain Altinoglu, chef d'orchestre: "Notre vie, c’est l’échange avec le public"

Alain Altinoglu, directeur artistique de La Monnaie. ©Marco Borggreve

Malgré un orchestre réduit et un public limité, la nouvelle production de "Tosca" de Puccini redonne vie à la Monnaie. Et pour Alain Altinoglu, directeur musical, "cette joie-là se perçoit dans toute la maison".

Même si les retrouvailles auront un goût de trop peu à cause des impératifs sanitaires (200 personnes dans la salle, sauf pour 3 représentations-tests à confirmer), Alain Altinoglu est un homme heureux. «Après les mois extrêmement compliqués que nous avons vécus, quel immense bonheur que de retrouver un orchestre dans la fosse et du public dans la salle!» Pour le chef, qui dirige la nouvelle production de «Tosca», l’un des chefs d’œuvre de Puccini, une page se tourne enfin…

Les concerts en streaming, à oublier?

Oui, parce que ce sont des concerts fantômes. Jouer devant une caméra, ce n’est pas notre métier. Il n’y a pas d’interaction avec la salle. Or c’est par cet échange que nous existons. Il est notre vie. On vilipende volontiers les gens qui toussent pendant les concerts, mais il y a toujours des moments de silence absolu. Et quand 1.000 personnes sont complètement habitées par ce qui se passe sur la scène, on vit un moment sacré. Cela peut paraître paradoxal, mais l’échange naît de ce contraste entre les instants de grande concentration et ceux qui sont un peu perturbés.

Si l’on se réjouit de retrouver enfin un opéra en live, cette "Tosca" ne sera cependant pas donnée avec l’orchestre au complet…

Nous n’avions pas le choix. Il n’y aura que 35 musiciens dans la fosse, le maximum autorisé. J’ai demandé une réduction de la partition au chef Frédéric Chaslin qui, pour les mêmes raisons, avait réalisé un tel travail sur «La Bohême» pour l’Opéra royal de Wallonie, à l’automne passé. Mais chaque famille d’instruments sera représentée, et l’on retrouvera toute la richesse des couleurs de Puccini.  

Alain Altinoglu explore la musique de « Tosca »

Reste que les musiciens seront éloignés les uns des autres…

…ce qui complique les choses. Le public sous-estime la difficulté pour un orchestre de jouer dans de telles conditions. L’un des meilleurs du monde, le Berliner Philharmoniker, s’y est très mal adapté. Il a élaboré très tôt une procédure sanitaire très stricte afin de pouvoir revenir à la normale. Mais en ce qui me concerne, ma principale frustration reste de ne toujours pas avoir le chœur sur la scène. Il chantera depuis la salle Fiocco…

Au 6e étage du bâtiment situé… de l’autre côté de la rue?

Absolument. Les techniciens de la Monnaie ont mis en œuvre des moyens incroyables pour que le chœur puisse être parfaitement synchro avec la musique, très rapide et très complexe. Un exploit rendu possible par la fibre optique, qui permet la transmission instantanée du son et de l’image.

"Quand 1.000 personnes sont complètement habitées par ce qui se passe sur la scène, on vit un moment sacré."
Alain Altinoglu
Chef d'orchestre

Un mot déjà sur la mise en scène du jeune Rafaël Villalobos? Elle reprendra des scènes très dures du film de Pasolini, "Salò ou les 120 jours de Sodome"…

Oui, mais je n’y vois rien d’excessif. J’ai connu nettement plus extrême, avec des metteurs en scène qui changent le livret ou la musique. J’ai même fait une «Traviata» où ce n’est pas Violetta mais Alfredo qui meurt à la fin! Villalobos est un fin connaisseur de «Tosca» et il est extrêmement cultivé. Et s’il souligne les dimensions politique et sexuelle de l’œuvre, il reste tout à fait dans la logique du livret.

À partir du 11 juin, «Tosca» de Puccini: www.lamonnaie.be

Rafael R. Villalobos sur « Tosca »

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