Publicité

Alex Koo, impressions sur le piano

"Il y a tellement de possibilités avec un piano, et j’ai l’impression de ne pas en avoir encore découvert dix pour cent", confie Alex Koo. ©Robert Hansenne

Avec ses "Études for Piano", le musicien belgo-japonais vire du jazz au classique contemporain. Un album coloré qui tient l’auditeur en haleine pendant presque quarante minutes.

À 33 ans, il est déjà couvert de prix et d’éloges, mais s’il y a bien quelque chose qu’Alex Koo ne prend pas, c’est la grosse tête. Par contre, il prend la tangente… Originaire de Waregem, dans le Limbourg, le pianiste belgo-japonais aime en tout cas s’écarter des sentiers battus. Après deux albums en trio – dont l’un, "Appleblueseagreen", avec les Américains Mark Turner au saxophone et Ralph Alessi à la trompette, formule pas banale et prestigieuse s’il en est – le voici seul devant son piano.

Pour le coup, Alex Koo prend un virage serré car, du jazz avant-gardiste qui irradiait de ses deux premiers trios, le voici clairement classique contemporain avec ses "Études for Piano", un album qui tient l’auditeur en haleine sur une quarantaine de minutes.

Du jazz avant-gardiste qui irradiait de ses deux premiers trios, le voici clairement classique contemporain avec ses "Études for Piano".

De prime abord, outre celle de Steve Reich et de Frédéric Chopin, l’influence impressionniste de Maurice Ravel et Claude Debussy apparaît comme une évidence: "Deux de mes héros!", s’exclame-t-il. Il ajoute: "Ce sont des influences énormes pour moi. Dans le cas des ‘Études’, je dirais plutôt Debussy, notamment par son utilisation des couleurs, comme Messiaen, qui lui a pris ses idées. Ravel pensait de façon plus mélodique, mais ‘Daphnis et Chloé’ a aussi beaucoup de couleurs, on peut y voir le bleu du ciel".

Non sans humour

Ces "Études" s’ouvrent sur "All Arms on Deck", extrapolées de l’expression "all hands on deck", "quand la situation est un peu dangereuse", sourit le pianiste. Un départ qui sonne très oriental: "Ce n’est pas l’inspiration de base du morceau, mais je peux comprendre qu’on ressente ça: je joue uniquement les notes noires et la gamme pentatonique, qu’on retrouve souvent dans les musiques orientales".

"Je regarde mon clavier comme un réalisateur de cinéma, mais aussi comme un peintre ou un écrivain. Jouer, c’est toujours raconter une histoire sur le piano."

Alex Koo
Musicien

Cela étant, les liens sont étroits entre les Impressionnistes et l’art japonais, les estampes ayant été une grande source d’inspiration pour Claude Monet. L’exposition Shin hanga, sur les estampes modernes du Japon, qui s’est tenue récemment au Cinquantenaire, Alex Koo l’a trouvée "Super intéressante!". "Je peux voir comment ça a influencé Monet, et comment ça peut influencer ma musique au niveau sonore", poursuit-il.

"Chez moi, c’est un mélange", ajoute-t-il. "Je regarde mon clavier comme un réalisateur de cinéma, mais aussi comme un peintre ou un écrivain. Jouer, c’est toujours raconter une histoire sur le piano. Si l’histoire est complexe et si les émotions sont claires, cela peut donner une expérience différente au public".  Alex Koo trouve ainsi son inspiration dans les sentiments du quotidien. Du nom de sa fille d’un an et demi maintenant, "Luna Umi" vient d’une séance d’échographie de l’enfant, à trois ou quatre mois. "Cela représente l’espace, la chaleur et l’ambiance flottante", dit-il. "Le motif léger dans les aigus, c’est Luna qui danse dans le ventre de sa mère".

Du jazz dans l’impro

Cela étant, à l’écoute des "Études for Piano", on peine à retrouver le jazzman qui s’exprimait il n’y a pas si longtemps, en trio avec basse et batterie, au dernier Gaume Jazz Festival… "‘Luna Umi’, c’est minimaliste, mais à part les vingt premières et les dix dernières secondes, tout est improvisé. Même si l’ensemble paraît plus classique contemporain, ma formation de jazzman est à la base de mon langage improvisé".

"Mes morceaux combinent souvent un peu de complexité et des motifs très simples"

Alex Koo
Musicien

Tant avec les doigts sur les touches qu’avec les pieds sur les pédales, Alex Koo travaille énormément le son et les accents: "Il y a tellement de possibilités avec un piano, et j’ai l’impression de ne pas en avoir encore découvert dix pour cent". Par contre, malgré l’influence reconnue de Steve Reich, Philip Glass et Erik Satie, comme en témoigne la pièce "Satiesfied", le pianiste réfute toute allégeance au néo-classique en vogue: "Ma musique est un mélange entre l’impressionnisme et l’avant-garde jazz. Parfois, le néo-classique est trop simple pour moi, c’est presque de la pop sur le piano!".

Cela n’empêche pas Alex Koo d’être attaché à une certaine simplicité dans l’écriture: "Mes morceaux combinent souvent un peu de complexité et des motifs très simples", avoue-t-il. "S’inventer sur des idées simples, pour moi, c’est très difficile, et je trouve très stimulant de bosser comme ça".

"Études for Piano"

Interprété par Alex Koo

Label: W.E.R.F Records

Note de L'Echo:

Inscrivez-vous à la newsletter Culture de L'Echo

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire et retrouvez toute la culture que vous aimez à L'Echo: les rendez-vous incontournables dans tous les genres artistiques, racontés par 20 plumes enthousiastes et engagées, des entretiens avec des grands témoins qui éclairent notre époque.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Messages sponsorisés
Tijd Connect
Echo Connect offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.
Partnercontent
Partner Content offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.