Au festival des Inattendues, il y a de l'enchantement à penser

©Véronique Pipers

Ce week-end, aux "Inattendues" de Tournai, musiques et philosophies se donnent rendez-vous pour la 8e édition d’un festival unique en Europe. Des rencontres essentielles dans un monde en régression.

On y croisera des philosophes: Régis Debray, Martin Legros, Alain Badiou, Pascal Chabot, Laurent de Sutter… Des musiciens: Éliane Reyes, Richard Galliano, Jean-Paul Dessy… Mais aussi des comédiens et des romanciers. Et l’on y parlera de tout, de l’amour-haine entre Nietzsche et Wagner. De la passion de Philippe Glass pour la spiritualité hindoue. Du rapport entre la philosophie et le jazz. Ou du rock avec la philo. Et de tant d’autres thèmes… Les "Rencontres inattendues", le plus bouillonnant des festivals de l’été, s’apprêtent à offrir une fois encore aux esprits curieux son éclectisme revigorant.

Le pari d’associer musiques et philosophies dans une rencontre estivale était cependant audacieux. "Quand j’ai lancé le projet, en 2011, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait, se souvient son commissaire Didier Platteau. Je voulais simplement créer à Tournai un nouveau rendez-vous à la fois original et exigeant. Les autorités locales m’ont suivi."

"Hannah Arendt estimait que la culture est nécessairement exigeante. Sinon, il ne s’agit pas de culture."
Didier Platteau
Commissaire du festival

Le public aussi. En 2011, un ballon d’essai avec Michel Serres dépasse toutes les espérances. Depuis, le succès ne se dément pas. La formule, qui reste festive, y est pour beaucoup, mêlant conférences-concerts, ateliers participatifs, lectures publiques, ciné-philo ou méditations musicales.

Exigeant? Le mot a tout son sens pour Platteau, qui fut dans d’autres vies le patron de Casterman et relança en son temps la Foire du Livre de Bruxelles. "Hannah Arendt, dit-il, estimait que la culture est nécessairement exigeante. Sinon, il ne s’agit pas de culture."

Si les accros des séries télé et de la zapette risquent en effet de ne pas s’y retrouver, le rendez-vous tournaisien a cependant su habilement construire ses propositions pour ne pas effaroucher avec le mot philosophie. "Nous ne présentons que des créations. Chaque spectacle est né pour l’occasion et ne sera plus rejoué. Les spectateurs le savent, ils prennent un risque. Nous aussi… Mais cela nous vaut bien souvent des moments éblouissants et uniques."

©(c) veronique pipers

Il y a de toute façon deux niveaux de programmation, l’un pour les férus de philosophie, l’autre plus accessible. "Cela dit, la réaction du public est toujours très intéressante, constate Platteau. Une dame m’a confié un jour, après un spectacle qui volait très haut: ‘Je n’ai rien compris, mais c’était magnifique!’ Je n’ai jamais oublié cette phrase. Notre festival est là pour ouvrir des portes, donner envie de prendre un livre, de réfléchir…"

Une ambition combien salutaire "dans un monde en régression, qui préfère reconstruire des murs, déplore Platteau. Il ne s’agit pas d’être contre les frontières, car croire en un grand monde unique n’a pas de sens. Il faut garder les singularités de chacun et découvrir celles des autres. C’est-à-dire valoriser toutes les cultures, en refusant le repli identitaire."

Bonne nouvelle dans l’immédiat: "La moyenne d’âge des spectateurs a tendance à diminuer. Les trentenaires arrivent, ce qui nous réjouit. Car il y a de l’enchantement à penser. Et la culture ambitieuse est toujours porteuse à long terme."

À Tournai, du 30/8 au 2/9: www.lesinattendues.be

Rétrospective du festival Les [Rencontres] Inattendues

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