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Au Reine Elisabeth, le Russe qui jouait comme un Français

Le pianiste russe Vitaly Starikov, 26 ans. ©Derek Prager | Queen Elisabeth Competition

Vitaly Starikov a eu le redoutable privilège d'inaugurer, ce lundi 24 mai, la finale du Concours Reine Elisabeth de piano et de créer l'imposé de Bruno Mantovani, où il convainc davantage que dans... Tchaïkovski.

Quelques minutes avant 20 heures et le début de cette finale de la session piano du Concours Reine Elisabeth, le hall d'entrée du Palais des Beaux-Arts avait des allures de fins de soirée. Pas âme qui vive sinon l'un ou l'autre journaliste venu chercher son sésame auprès du protocole. Même la voiture bariolée du plasticien Charlemagne Palestine, qui trône dans le Hall Horta, semblait s'ennuyer toute seule.

Pandémie oblige, le Concours Reine Elisabeth, après avoir été annulé en 2020, se fait cette année sans public, et c'est comme si la grande salle vide paraissait un peu plus petite avec ses cinq rangs de sièges amputés par le grand proscenium qui agrandit la scène pour permettre aux musiciens de l'Orchestre national de garder la distance de sécurité obligatoire... ce qui ne les dédouane pas de porter le masque.

Instrumentation riche

C'est dans cette atmosphère un peu irréelle que le Russe Vitaly Starikov, 26 ans, apparaît, chétif dans ses habits noirs. À lui le redoutable honneur de créer l'imposé du compositeur français Bruno Mantovani, "D'un jardin féérique", en référence au "Jardin féerique" de Maurice Ravel, dont il reprend l'accord initial.

Voilà une personnalité ne recherchant pas les effets de manche et dont le classicisme convient à l'esprit français qui traverse cet imposé.

L'œuvre séduit immédiatement par la richesse de son instrumentation qui met surtout en évidence la section des vents et le pupitre de percussions où trônent gongs, xylophones, cymbales et autres grosses caisses.

Pianiste désavantagé

Il faudrait d'ailleurs y ajouter le piano lui-même dont le compositeur français exploite parfaitement la nature percussive des marteaux et la palette de couleurs et de résonances du corps vibratoire. C'est aussi le défi majeur que pose cette pièce au soliste: réussir à enrichir suffisamment la pâte sonore d'un orchestre déjà luxuriant et s'en extraire pour dialoguer avec lui.

À ce jeu, le pianiste part désavantagé car, on le sait, sans public pour l'étouffer, l'acoustique réverbérante de la salle Henry Le Bœuf propulse vite l'orchestre dans chaque recoin, au risque de vampiriser tout l'espace.

On en veut donc un peu à son professeur de l'avoir conduit à choisir le Tchaïkovski en plat de résistance et pas un concerto de Ravel, par exemple, où il aurait pu développer ses qualités.

Vitaly Starikov (qui fut l'élève d'Elisso Virsaladze, membre du jury) manque, il est vrai, un peu de son et d'assise pour s'imposer durant cette première soirée de finale et pour trouver cet équilibre délicat. Mais, dans cet imposé, il séduit malgré tout par sa probité et la qualité digitale de son pianisme dans l'enchaînement des petites notes qui s'égrènent à toute vitesse sur toute l'étendue du clavier. Voilà une personnalité ne recherchant pas les effets de manche et dont le classicisme convient à l'esprit français qui traverse cet imposé.

À contre-emploi

On en veut donc un peu à son professeur de l'avoir conduit à choisir le Tchaïkovski en plat de résistance et pas un concerto de Ravel, par exemple, où il aurait pu développer ses qualités. Certes, on peut, comme le pianiste Julien Libeer que nous avons interrogé à l'issue de cette prestation, saluer le contre-pied que nous offre l'interprète dans des pages vite saturées de mélo. Mais il est ici constamment à contre-emploi et ne trouve pas le souffle, les couleurs et le cantabile nécessaires pour porter le chant de ce mélodiste hors pair qu'était Tchaïkovski.

De surcroît, une instabilité rythmique accentuée par un décalage entre les deux mains ne lui a pas permis de s'installer dans l'œuvre ni d'installer un vrai dialogue avec l'orchestre qui, sur ce plan, était, lui aussi, perfectible.

Reste la probité de Vitaly Starikov qui n'a pas démérité dans cette redoutable épreuve qu'accusent encore les conditions inhumaines du streaming imposées par la pandémie.

Les 6 finalistes par ordre de passage

Chaque soir de la semaine, à partir de 20h10, à suivre en direct sur La Trois, Musiq3, Auvio et Twitch.

Lundi 24/5 Vitaly Starikov (Russie, 26 ans) > ici, le relay de la soirée

Mardi 25/5 Tomoki Sakata (Japon, 27 ans)

Mercredi 26/5 Keigo Mukawa (Japon, 28 ans)

Jeudi 27/5 Sergei Redkin (Russie, 29 ans)

Vendredi 28/5 Dmitry Sin (Russie, 26 ans)

Samedi 29/5 Jonathan Fournel (France, 27 ans)

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