Au Reine Elisabeth, Sylvia Huang l'a joué chambriste

Sylvia Huang, ce lundi soir, à Bozar ©D.R.

Redoutable honneur que d'ouvrir une finale du Concours Reine Elisabeth, d'autant que la seule violoniste belge en lice passait après une authentique "bête à concours".

LA FINALE EN DIRECT

• Infosite du concours

• La finale est retransmise en direct sur La Trois, Musiq'3 et Auvio(très nombreux contenus).

 

Au Palais des Beaux-Arts, on avait sorti la petite guérite escamotable qui protège l’accès au salon royal, tandis qu’un ballet de vigiles et de policiers barrait la rue Ravenstein à tout autre véhicule que la voiture de Philippe et Mathilde. Seuls quelques deux roues effrontés se faufilaient, trouvant facilement à garer devant la rotonde d’entrée, encombrée de vestes autrichiennes et de sacs Delvaux. Bienvenue à la finale du Reine Elisabeth! Une finale d’autant plus électrique, ce lundi soir, qu’elle s’ouvrait par la prestation attendue de l’unique violoniste belge en lice – Sylvia Huang.

Un honneur redoutable que d’ouvrir ce dernier marathon, mais moins que de passer après l’abattage invraisemblable du premier à entrer en scène ce soir-là. Gonflé à bloc, l’Américain Luke Hsu (28 ans) avait décidé d’en découdre, tombant même la veste pour un concerto de Tchaïkovski qui devait porter le glaive à travers la foule de ces 2.200 aficionados en goguette et un jury qui aurait tout le loisir de l’oublier – un finaliste chassant l’autre.

La "bête à concours"

Déjà dans l’imposé de Kimmo Hakola, sorte de pastiche amusant qui conviendrait sans doute plus à la B.O. du prochain Disney qu’au présent exercice, il gobe d’un trait glissandi et autres arpèges répétitifs comme s’il faisait ses gammes. Et peu importe s’il savonne parfois et écrase son archet, il doit marquer son territoire et avancer, la frange au vent. Dans le Tchaïkovski aussi, il lui arrive plus souvent qu’à son tour de semer l’Orchestre National, libérant une énergie dantesque qui, à trois rangs de la scène, nous arrive littéralement en pleine figure.

C’est franc du collier, direct et sans chichi. Trop appuyé sans doute, mais d’une efficacité imparable dans cette musique qui l’est tout autant. Face à l’archétype du soliste (et de la bête à concours) qui vous foudroie la moëlle épinière, Sylvia Huang (25 ans) vint avec d’autres moyens, se lovant d’emblée parmi ses anciens collègues de l’Orchestre national de Belgique (ONB) comme si elle était de retour au bercail. À part quelques baisses de régime dues à la fatigue, elle fait montre ensuite d’une constance à tout épreuve et d’un métier qui se marque immédiatement dans l’imposé.

Sylvia, la fine musicienne

Ce que l’on perd en panache, on le gagne en précision et en finesse. "Fine musicienne" est sans doute l’épithète qui convient le mieux à la violoniste belge qui tranche par une approche essentiellement chambriste, singulière dans ce genre d’arène. L’ONB semble avoir fondu à la taille d’un orchestre de chambre tandis qu’au moindre écart avec ses musiciens, Sylvia Huang rectifie d’elle-même pour rechercher spontanément l’unisson du jeu d’ensemble.

Son métier de musicienne d’orchestre (elle est actuellement premier violon au Concertgebouw d’Amsterdam) fonctionne ici à plein; et c’est aussi ce qui la dessert. D’autant qu’avec celui de Dvorák, qui n’avait plus été donné au concours depuis 1972, elle n’a pas choisi le concerto qui la mettrait en valeur. Son côté soliste en tout cas.

On retrouve cette position de retrait que nous avions déjà épinglée dans son concerto de Mozart des demi-finales, avec un Landolfi de 1751 qui n’est pas des plus sonores ni des plus flatteurs. C’est l’énergie, à vrai dire, qui lui fait défaut et ne lui permet pas de jouer avec la tension du discours ni de tirer parti des contrastes d’une écriture déjà avare en grandes envolées.

Sylvia Huang a ainsi un peu de mal à construire son récit et à faire jaillir l’émotion. Sa prestation reste dans les clous, constante dans sa maîtrise technique, mais sans l’étincelle par laquelle on pourrait s’éprendre. 

Il n’en reste pas moins une musicalité, une intériorité et cette finesse indéniables qui justifient pleinement sa place en finale. Le public, d’ailleurs, le lui rend bien et l’ovationne pour la retenir sur scène un peu plus longtemps qu’à l’accoutumée. Et la voilà émue.

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