interview

Au son du Lee

©Alex Rademakers

Ancien guitariste des mythiques Sonic Youth, Lee Ranaldo poursuit désormais une carrière solo aux diverses facettes. Note: 3/5

Avec "Electric Trim", le guitariste a sorti un dernier album très riche, notamment de sa collaboration avec le romancier Jonathan Lethem…

"Electric Trim" est-il un vrai voyage?
Oui, chaque chanson possède un cadre unique, résultant du fait que l’album n’est pas le produit d’un groupe: dans une telle configuration, tous les titres présentent une unité au niveau de la sonorité. Cette absence a pour résultat que chaque chanson possède son propre décor. Chacune d’elle est donc un voyage, avec une fin progressive qui s’étiole peu à peu… La difficulté fut d’ailleurs de choisir la chanson avec laquelle entamer le cd. Au final, nous avons opté pour un morceau difficile, long, lent, aux contrastes nombreux, plutôt qu’un air pop. En découvrant ainsi l’album, les auditeurs comprennent que le périple s’annonce différent.

Chacune des chansons est-elle une nouvelle?
Le fait d’avoir collaboré avec Jonathan Lethem au niveau des paroles leur procure peut-être cette qualité.

Le romancier est-il également intervenu au niveau musical?
Non. Il a écouté les démos et les premières versions lorsque nous écrivions ensemble les paroles. À l’accouchement des mots, la musique était déjà née.

"Let’s start again" me rappelle une chanson de Ringo Starr ou George Harrison, bref, un archétype de chanson pop…
Vrai. Sauf que ce morceau possède cette section centrale que nous appelons le Steve Reich moment (il sourit).

Était-ce compliqué de ne pas utiliser votre guitare de façon habituelle, comme une sorte de traîneau glissant?
Le but, ici, était avant tout de trouver une structure aux morceaux. Au départ, j’ai donc joué beaucoup de guitare rythmique. Je n’exécute d’ailleurs pas les solos, préférant me focaliser sur l’écriture.

Me dire qu’à 61 ans, je peux sortir un disque comme celui-là me rend heureux.

L’album paraît nostalgique et très mature.
Parce que depuis cinq ans, mon travail s’est davantage concentré sur la guitare acoustique que sur l’électrique. Pour quelqu’un qui, comme moi, a été perçu pendant 30 ans comme un guitariste électrique, bruyant et fou, peut-être que le changement est un peu inattendu… y compris pour moi. Mais tout ceci se révèle très expérimental, puisque je ne suis pas un guitariste acoustique. Et peut-être est-ce ressenti comme une approche ouvertement traditionnelle et plus mûre, en effet.

Je cherche aussi à sortir de ma zone de confort.

Même à votre âge, ce qui est assez audacieux?
C’est l’un des aspects que je préfère dans cette tentative. Et l’un des éléments de départ qui m’a poussé à travailler avec Raul Refree, lequel m’a obligé à sortir du schéma Sonic Youth. Me dire qu’à 61 ans, je peux sortir un disque comme celui-là me rend heureux. Souvent, à ce moment de leur vie, les artistes se contentent de faire ce qu’ils savent faire et de le prendre de façon très relax. Pour ma part, je traverse une période très créative, y compris en ce qui concerne les arts visuels.

Pratiquer d’autres arts comme la peinture ou l’écriture vous aide-t-il à avoir cette approche en musique?
Ces formes se complètent sans doute. J’ai toujours écrit et pratiqué les arts visuels comme le dessin ou la peinture à côté de la musique. J’ai d’ailleurs présenté deux expos à Gand et Menin à l’automne dernier. Plus jeune, toutes les formes d’arts visuels et la littérature m’intéressaient et je continue à les pratiquer.

Voyant la forme que prend votre carrière solo aujourd’hui, ne regrettez-vous pas d’avoir fait partie de Sonic Youth trop longtemps?
De temps en temps, je me pose la question. Ce que nous avions en tant que groupe était si particulier que l’on peut se demander ce qui se serait passé si j’avais entrepris ceci à 25 ans. D’un côté, je me rends compte que je n’étais pas prêt à enregistrer ces disques à l’époque, et de l’autre, ce que nous vivions était une expérience unique à la trajectoire étonnante… Je suppose que j’avais besoin d’acquérir une certaine maturité en termes d’âge et d’expérience.

Lee Ranaldo, en concert au Vooruit de Gand le mercredi 28 février.

Lee Ranaldo - Electric Trim 2017

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content