interview

Bénabar, entertainer à la française

Le regard amusé de Bénabar sur le monde qui nous entoure est toujours fin et nuancé. ©FIFOU

Il n’a pas démarré sa carrière sur YouTube et Instagram mais dans les bars. "Le début de la suite", c’est l’album de ses 20 ans de scène. Et ça se fête. Car, une chose est sûre, Bénabar est un artiste qui revendique son statut d’amuseur public.

Ses cheveux sont plus blonds, son look plus jeune. On dirait que plus le temps passe, plus Bénabar rajeunit… Et dans ses musiques, il a mis une touche nouvelle aussi. Mais son regard amusé, parfois caustique, sur le (petit) monde qui nous entoure, est toujours fin et nuancé.

L’album des vingt ans de carrière, cela se fabrique comment?
J’ai pris le temps. Sans souffrance, sans inquiétude. J’étais étrangement serein mais je n’ai pas voulu me presser. Je savais que j’avais terminé un cycle avec le précédent album qui était très chanson française. Je voulais donc faire autre chose mais pas à tout prix, être original. Je ne voulais pas faire du jeunisme non plus. La période de remise en question et de recherche était donc assez agréable.

Vous avez collaboré avec Mark Daumail, du groupe Cocoon. Pourquoi lui?
Je l’ai rencontré grâce à un ami qui travaille chez RTL. Je cherchais un réalisateur pour cet album. Les choses se sont faites simplement. On est devenu amis. Et tout s’est déroulé idéalement. Dans le son, son apport a été plus pop et électro. Et puis, dans la façon de travailler, il bosse à la manière anglo-saxonne. Le réalisateur, c’est la personne à séduire en premier. C’est donc bien d’en changer quelques fois. On était sur la même longueur d’ondes, surtout sur l’envie de faire des chansons lumineuses et directes. Le propos devait être franc. Mark partage, avec moi, le culte du divertissement.

Dans "On jouait fort", vous vous rappelez de vos débuts dans les bars. Où se trouvait le premier bar où vous vous êtes produit?
À Montmartre, rue Lepic, en 1995. C’était dans une cave. Et après, il y a eu une longue série de bistrots et de boîtes à chansons à Paris et en province. Je n’ai jamais été parisianiste. C’est ce qui a donné un tour particulier à ma carrière mais, à l’époque, je n’avais aucune ambition. Je ne voulais pas devenir chanteur populaire. Cette chanson me permet d’exprimer ma gratitude vis-à-vis du public.

Qu’avez-vous conservé de ces années-là?
La certitude que rien n’est acquis. Et j’ai toujours en tête que la décision finale est prise par la personne qui écoute la chanson. Je contourne les intermédiaires et les dîners en ville. Avant de rencontrer un journaliste ou une maison de disques, j’avais déjà fait 300 concerts dans les bars. Je faisais en sorte que les gens ne partent pas pendant la chanson.

Et qu’avez-vous abandonné, en cours de route, de celui que vous étiez?
Je ne suis plus le même. Je suis plus vieux, très embourgeoisé, plus vulnérable. Ce métier ne m’a pas endurci, mais plutôt fragilisé. J’ai choisi de ne pas me protéger. Sinon, j’espère être le même.

Ce métier ne m’a pas endurci, mais plutôt fragilisé.

Dans "Le complexe du sédentaire", parlez-vous de vous?
Non, parce que je n’ai pas le fantasme du voyage. Je n’aime pas voyager. Je déteste l’avion. Enfin, tout me gonfle dans le voyage! Par contre, j’adore aller jouer. Mais je connais pas mal de gens qui ont ce rêve de grandes odyssées et de traverser l’Atlantique à la voile. Dans ce portrait, j’avais envie de dire qu’on est tous le bout du monde de quelqu’un. Pour un Australien, Bruxelles, c’est le bout du monde.

Les portraits que vous faites dans vos chansons sont le plus souvent très réussis. Il ne suffit pas d’observer, n’est-ce pas?
Déjà, je m’attache aux gens que je raconte. Et puis, j’invente des personnages. La petite vendeuse, je l’ai vue mais j’ai imaginé le reste. C’est un personnage attendrissant. Et puis, elle incarne le principe du "Début de la suite", titre de l’album.

Il y a un autre portrait, assez caustique celui-là, qui est celui du sportif du dimanche.
Comme moi. Je ne suis pas marathonien, mais je fais du jogging. Il y a ce portrait, en creux, de cette classe moyenne de banlieue parisienne, d’où je viens. Les villes nouvelles, les lacs artificiels, les supermarchés qui ressemblent à des cathédrales.

Dans "Les chevaliers sans armure", vous évoquez les enfants hospitalisés.
Cette chanson a pour but de célébrer le courage, l’héroïsme de ces petits guerriers qui se battent avec force contre la maladie. Et surtout, leur dire qu’ils peuvent gagner ce combat.

Vous serez au Palais 12 en décembre prochain. Avez-vous déjà quelques idées du spectacle?
J’y travaille. En tout cas, je serai avec les mêmes musiciens que ceux avec lesquels je me produis depuis vingt ans. Je sais que certains artistes aiment changer de groupe à chaque tournée mais moi, c’est une autre option que j’ai choisie. Par contre, il faut renouveler le spectacle pour ne pas ronronner.

Que pensez-vous de la hype du hip-hop?
Ce qui m’enchante, c’est qu’ils écrivent vachement bien, les rappeurs comme Bigflo et Oli ou Orelsan. Je trouve ça super qu’il y ait des textes en français. Après, la hype, c’est tellement lointain pour moi. Je n’ai jamais cherché à être hype.

L’album s’intitule "Le début de la suite". Mais le début de la fin, ce serait quoi?
Ce serait de se répéter sans s’en rendre compte, se prendre au sérieux, faire des chansons qui ne parleraient qu’à moi, commencer à se faire avoir par son propre personnage… Et puis, de fil en aiguille, ne plus parvenir à être touchant et perdre la sève pour faire ce métier qui doit être fait avec joie. Divertir et émouvoir, c’est vraiment ce que je veux faire.

Bénabar - La petite vendeuse (Clip officiel)

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content