interview

Bernard de Launoit, CEO de la Chapelle Reine Elisabeth: "Notre volontarisme a été payant"

©belga

Une saison qui redémarre presque "comme avant", un master plan à 10 ans et la farouche volonté d’augmenter la voilure. Pour Bernard de Launoit, CEO de la Chapelle musicale Reine Elisabeth, la crise peut aussi être une opportunité.

Si on ouvrait cette nouvelle saison par les bonnes nouvelles?

Parlons en effet de la jauge de 70% des places qui vient de nous être accordée suite à un strict protocole de sécurité. Nous avons donc immédiatement rouvert la billetterie, qui démarre très fort. De plus, 70% de nos abonnés nous ont déjà renouvelé leur confiance. Notre volontarisme pour maintenir notre activité artistique à 100% a été payant. 

Bernard de Launoit

L’impact financier de la crise?

Inévitable. Notre institution s’appuie sur une double structure. Une fondation d’utilité publique, au budget annuel d’environ 3,5 millions d’euros, gère l’artistique et le culturel. Une société anonyme à finalité sociale, propriétaire des lieux, met le bâtiment et le parc à disposition. Elle gère les activités commerciales non artistiques telles que l’hôtellerie, les mises à disposition commerciales et la restauration, avec un budget d’environ 500.000 euros. Soit un budget consolidé qui était de 4 millions en 2019. Cette année, nous devrons réaliser une économie d’environ 15% sur le budget, en rognant sur tous les postes possibles. Tout le monde a fait un effort. Quant au budget 2021, il devrait être inférieur de 10% à celui de 2019.

"Si nous ne sommes pas en permanence en activité, nous sommes morts, car nous devons constamment convaincre ceux qui nous financent."

Si la Chapelle est une institution en Belgique, on oublie souvent qu’elle doit son existence au privé. Périlleux en ces temps difficiles?

Il est vrai que si nous ne sommes pas en permanence en activité, nous sommes morts, car nous devons constamment convaincre ceux qui nous financent. Notre part de financement public ne représente que 15%, alimenté à divers échelons – commune, province, communauté, fédéral. Le soutien privé est donc vital. Il se situe a à trois niveaux. Il y a d’abord les fondations philanthropiques, telles que le Fonds Baillet Latour. Il y a ensuite trois entreprises sponsors – Proximus, Ginion Group et ING. Et, enfin, l’apport extrêmement important des mécènes privés. Les difficultés économiques nées de la crise sanitaire affectent inévitablement certains de nos soutiens, qui nous ont déjà annoncé devoir raboter leur participation. Il y a donc une part d’incertitude. D’autant plus que nous n’avons pas pu organiser jusqu’à présent notre traditionnelle soirée de charité. De même, avec une jauge réduite, les recettes seront moindres. Cela dit, ce n’est pas la catastrophe, même si la situation reste tendue.

15%
La part de financement public de la Chapelle musicale ne représente que 15%, alimenté à divers échelons – commune, province, communauté, fédéral.

Où en est aujourd’hui le master plan 2030?

Ce plan patiemment élaboré avec nombre d’experts a été validé en mars dernier. Il prévoit la construction de trois pavillons de logement pour augmenter la capacité de résidence des étudiants, ainsi qu’un quatrième bâtiment destiné à devenir un lieu de répétition pour toute une série de formats jusqu’aux orchestres en tournée. Cela s’inscrit dans l’accroissement de nos activités et leur élargissement à une dimension moins chambriste. Nous espérons obtenir les permis en 2021, ce qui nous permettra de lancer la campagne de financement.

N’est-ce pas risqué en ce moment?

Il n’est pas question d’arrêter un processus lié à des investissements futurs, même si nous allons évidemment être très prudents en fonction de la situation. Souvenez-vous de la crise de septembre 2008. Nous avions continué à plancher sur notre extension, qui a bel et bien été inaugurée en 2015. Des moments très difficiles, comme aujourd’hui, peuvent aussi être des opportunités!

Plus de 80 concerts

Programme particulièrement riche pour la nouvelle saison de la Chapelle Reine Elisabeth, avec plus de 80 concerts et master classes. Quelques lignes directrices: l’année Beethoven sera célébrée au Chapel festival de Flagey en décembre et lors de différents concerts, un cycle consacré à l’alto révélera les couleurs de cet "autre" violon, tandis que plusieurs concerts de compagnonnage rappelleront le lien très fort que tissent en musique maîtres et élèves en musique. Le tout porté par une constellation de grands noms, qu’il s’agisse des maîtres en résidence – Louis Lortie, Gary Hofmann, Augustin Dumay, Sophie Koch… – ou d’invités tout aussi prestigieux: Anne Queffélec, Louis Lortie, Stéphane Degout, Frank Braley, le Trio Zadig, Jodie Devos, Denis Kozhukhin

Retrouvez le programme de toute la saison 2020-2021 ici.

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