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interview

Bernard Foccroulle, organiste: "L’Art de la fugue me donne des frissons"

L'organiste Bernard Foccroulle, ex-directeur de La Monnaie et du Festival d'Aix-en-Provence. ©BELGAIMAGE

Grands spécialiste de Bach, l’organiste Bernard Foccroulle célèbre en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule l’œuvre testamentaire du cantor de Leipzig. Il nous livre les clés de ce sommet du contrepoint pour pouvoir le gravir "en admirant le paysage".

Si l’on ne sait trop à quel instrument Jean-Sébastien Bach destinait cet «Art de la Fugue» auquel il consacra les dix dernières années de sa vie, il est probable qu’il le fut «pour clavier», mais certainement pas pour orgue. Cela n’a jamais empêché les organistes d’en célébrer l‘incroyable richesse «tant elle s’y décline fort bien», confirme Bernard Foccroulle. «L’orgue permet de rendre toute la diversité des couleurs. Personnellement, j’aime y imprimer un crescendo d'intensité émotionnelle».

Cette œuvre signe-t-elle vraiment l’aboutissement d’une époque?

Elle marque en effet la fin de la période baroque – Bach est mort en 1750. La musique prend alors une direction plus galante, avec des formes plus accessibles. Cela dit une œuvre de 80 minutes ne peut évidemment pas résumer ce qui s'est passé en trois siècles, mais elle n’en reste pas moins un inventaire fabuleux des multiples formes du contrepoint. Elle est aussi techniquement très en avance sur son temps et donc très intemporelle. Bach n’a rien inventé ici et il est pourtant magistral. La construction est absolument sublime.

Le contrepoint, en quelques mots?

Je vais commencer par son contraire. Aujourd'hui, dans les musiques populaires – une chanson par exemple –, il y a une mélodie, et une seule, avec un accompagnement. Cette pratique est née avec l’opéra. Le contrepoint, en revanche, est une écriture musicale qui superpose des lignes différentes et interdépendantes. En somme une écriture horizontale multidimensionnelle, souvent à quatre voix. Il n’y a pas une «mélodie» mais plusieurs, qui ont chacune la même importance. Il faut pouvoir écouter en passant d’une voix à l’autre…

C’est ce qui donne à ce style d’écriture sa dimension très intellectuelle?

Je parlerais plutôt d’abstraction radicale. Dans les cantates de Bach, il y a de la chair, de l’émotion, en rapport étroit avec le texte sacré. Rien de tout cela dans l’«Art de la fugue», qui ne se réfère qu'à soi-même. Cela dit, chez Bach, on ne peut jamais dissocier l’intellect de l’émotion. Il n’y a pas une seule de ses œuvres qui soit dénuée de sensibilité. Et quand je joue l'Art de la fugue, j'ai des frissons devant tant de beauté accumulée.

«L’orgue permet de rendre toute la diversité des couleurs. Personnellement, j’aime y imprimer un crescendo d'intensité émotionnelle.»
Bernard Foccroulle
Organiste

Une clé pour qui voudrait (re)découvrir l’œuvre? 
Le matériau thématique de départ est assez simple et facile à reconnaître. Il est repris des centaines de fois. Cette prolifération crée une certaine ivresse sensorielle! Il est impossible d’entendre toutes les voix, et ce n’est pas important. On peut avoir à un moment donné un sentiment de débordement. Ce flux musical est propre à Bach et on ne le retrouve pas chez les autres compositeurs, hormis Wagner. Il faut donc se laisser porter sans résister, au gré des surprises, comme s’il y avait une multitude de cours d’eau. Ne luttez surtout pas contre le courant et admirez le paysage…

  Le 27 juillet, à 20h, en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, à Bruxelles: www.cathedralisbruxellensis.be.

Bernard Foccroulle, "Die Kunst der Fuge, BWV 1080: Contrapunctus 14"

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