Bienvenue sur la scène post-classique avec les Bruxellois d'Echo Collective

(De g. à dr.) Gary De Cart, Margaret Hermant, Neil Leiter ramènent l’exigence de l’acoustique.

Initialement formé pour accompagner sur scène les Américains d’A Winged Victory For The Sullen, le groupe bruxellois Echo Collective sort son premier album "The see within" qui désacralise le musique classique. Planant!

Violon, harpe, alto, violoncelle et piano tissent sur «The see within» huit instrumentaux immersifs et méditatifs, que de mystérieux échos et textures font glisser dans une autre dimension. Aussi étrange que cela paraisse, tout ce qu’Echo Collective donne à entendre est acoustique, joué en temps réel, jamais manipulé. Bienvenue sur la scène post-classique!

Étiquette valide et validée que cette appellation? Ou fourre-tout pratique? L'altiste Neil Leiter et la violoniste Margaret Hermant, le noyau de la formation, s’en servent sans souci. «Ambient, néo-classique, les intitulés sont nombreux», relève le premier. «La question se pose souvent dans ‘l’industrie musicale’, même si pas mal d’artistes répondront qu’on peut appeler ça comme on veut. Surtout que ça recouvre des musiques qui se ressemblent moins que les publics qui les écoutent. Disons que, plus généralement, c’est de la musique qui touche humainement. Mais ‘post-classique’, pour qualifier notre démarche, c’est pas mal.»

Premier album

«The see within»
Echo Collective

7K!

Note de L'Echo: 4/5

Indéniable par contre: avant de rejoindre A Winged Victory For The Sullen, les membres du groupe ont suivi une formation et un parcours on ne peut plus classique. Dans tous les sens du terme. Margaret Hermant sourit: «J’ai l’impression qu’auprès du public, le genre dégage quand même souvent une aura d’exigence, de musique compliquée, intellectuelle, exclusive… Bien sûr, nous avons travaillé avec des instruments qui sont exigeants, mais dans notre parcours, nous avons eu la chance de croiser des gens qui nous ont petit à petit menés à être curieux et rencontrer d’autres univers musicaux. Pour moi, cette musique ‘post-classique’ est une chance d’ouvrir la musique classique pour la désacraliser. Il s’agit parfois juste de la proposer simplement et de donner à tous la permission de pouvoir l’aborder. En tout cas, la musique classique connaîtrait tout le bonheur du monde à être expérimentée de cette façon-là, peut-être un peu plus fragile, sensible…»

«En tout cas, la musique classique connaîtrait tout le bonheur du monde à être expérimentée de cette façon-là, peut-être un peu plus fragile, sensible…»
Margaret Hermant
Compositrice et violoniste du groupe

Ce credo, Echo Collective le pratique sur scène depuis longtemps, bien avant ce premier album. «Pour employer un stéréotype», reprend Neil Leiter, «le public ‘classique’ est souvent plus âgé que le nôtre. Nous jouons à la fois dans des lieux ‘classiques’ (comme à Bozar, vidéo ci-dessous) mais aussi dans des salles ou des festivals de rock. Moi, je suis comme ça (il montre son jeans, NDLR). Nous avons un light show. Les applaudissements sont moins codifiés, on peut boire une bière pendant le concert… Tout ça laisse une porte ouverte.»

Echo Collective | Live Concert | BOZAR (2.10.2020)

Le groupe n’a pas tardé non plus à sortir d’une présumée zone de confort. On lui doit ainsi une version retravaillée de l’album «World be gone» du groupe bitannique Erasure, les vétérans de la synthpop, mais aussi, à l’invitation de l’Ancienne Belgique, des relectures d’«Amnesiac» de Radiohead (>ici l'interview du groupe à ce popos) et une interprétation live inédite de «Daudi baldrs», disque écrit par Varg Vikernes, tête pensante du projet black metal norvégien Burzum, alors en détention pour meurtre! «Nous ne nous sommes jamais limités à un type de musique. Chaque collaboration représente un parcours différent et un challenge, ça nous permet de continuer à être créatifs, de gagner notre vie et rester impliqués dans la musique.»

«Nous avons un light show. Les applaudissements sont moins codifiés, on peut boire une bière pendant le concert… Tout ça laisse une porte ouverte.»
Neil Leiter
Compositeur et alto du groupe

Les possibilités offertes par le «magnetic resonator piano», étonnant instrument préparé dont chaque corde est «excitée» par un aimant fixé en surplomb, ont décuplé la créativité d’Echo Collective. Mis au point par Andrew McPherson à la Queen Mary University de Londres, le MRP se dévoile ainsi plus avant: «Jusqu’alors, il était surtout utilisé dans un esprit ‘musique classique du 20e siècle’, pas dans esprit album ni intégré dans le post-classique. C’est via Internet que nous avons contacté McPherson pour lui demander si nous pouvions utiliser son invention et lui expliquer ce que nous avions imaginé.»

Sur l’album donc, des sonorités et des textures qu’on dirait électroniques mais en fait acoustiques. «Il nous l’a prêtée pendant quatre jours. Je crois qu’il a été surpris par le résultat et du coup, il nous construit notre propre machine!» Qu’on entendra en public dès la ré-autorisation des concerts!

Le light show d'Echo Collective.

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