Bony King, un prince folk

©ANTON COENE

Nouvel album de folk spacieux mais pas spécieux pour le Gantois Bony King, porté par une mini-tournée.

2005, déboule avec une folk des grands espaces un jeune homme sorti de nulle part. Et pour cause, Bony King complétait son nom à l’époque et jusqu’il y a peu du qualificatif "of nowhere". À 19 ans, Bram Vanparys entame une carrière prometteuse portée par les louanges de Devendra Banhart… Il attendra quatre ans avant de coucher son premier album. Car Bony King – malgré sa voix d’ange, fluide, limpide, prenante, qui tire son nom d’une chanson de Radiohead –, n’a ni la naïveté du Petit Prince ni la démagogie d’un Don Quichotte, deux références auxquelles il aurait pensé en choisissant ce nom.

Bram Vanparys, de son vrai nom, ce qui sonne moins bien dans la langue de Shakespeare, est proche d’un Bonnie Prince Billy (Billie Oldham), par son style plus encore que par le nom, de Neil Young ou Bob Dylan, si du moins ces deux derniers possédaient un bel organe vocal. À l’écoute de ses morceaux dépouillés, le nom et la voix d’ange de Jeff Buckley surgissent, dont Bram avoue ne pas connaître les chansons, mais avec qui il cultive les mêmes goûts musicaux. Mais le jeune King écoute de tout: de Patti Smith à la musique classique en passant par Georges Brassens.

Le grand déclic en terme de popularité, côté francophone en tout cas, se fera pour Bony King via sa participation au film de Bouli Lanners "Les géants", voici quatre ans. Son folk envoûtant y fit merveille et tint un rôle important dans le succès critique du film. Un film pour lequel le Gantois et sa musique épurée ("bony"?), parfois trop clean dans sa production pour faire vraiment roots, ne montrait au départ pas beaucoup d’intérêt. Invité sur le tournage par le réalisateur wallon, le musicien flamand changea d’opinion et se prit au jeu: "j’ai improvisé un petit studio à l’hôtel dans lequel la production m’avait installé où j’ai composé et enregistré les chansons. Bouli les a écoutés sur le plateau, choisissant celles qu’il préférait, sans jamais me demander de modifier quoi que ce soit. Que la musique soit en harmonie relève d’une coïncidence", ajoute Bram modestement.

Spontanéité et sincérité

Et si "Wild flowers", le nouvel album sorti cette semaine, ne doit rien à cette expérience cinématographique au niveau de la composition, il n’en va pas de même en ce qui concerne la manière dont il a vu le jour, Bram Vanparys réitérant l’expérience de l’hôtel perdu au milieu des Ardennes pour l’écrire. Une écriture qui s’effectue de manière spontanée, la musique précédant parfois les paroles et inversement, les deux fleurissant parfois de concert. Bien que "Wild Flowers" fut enregistré aux États-Unis avec des musiciens locaux et qu’il sonne dès lors de manière très américaine, il plane sur cet album une sorte non pas d’"americana" mais de "belgicana": de folk au grand air des Ardennes, qu’elles soient flamandes ou wallonnes.

D’ailleurs, ce citadin avoue préférer vivre à la campagne, être en contact avec la nature ce qui ne veut pas dire qu’elle soit source d’inspiration. "Les villes m’inspirent plus, car peuplées de gens: un être humain est plus intéressant à mes yeux qu’un cheval. Je ne pourrai écrire une chanson sur un équidé, ne pouvant communiquer avec lui que de manière restreinte; entre personnes, surgit une relation réellement réciproque, porteuse d’un versant émotionnel."

Même si l’on sent une certaine mélancolie poindre dans sa musique, Bony King réfute pourtant le cliché qui voudrait qu’il soit plus facile de composer en étant déprimé ou bouleversé. Par contre, les voyages, les rencontres notamment de nouveaux musiciens qu’il suscite – lui qui fut chaperonné à ses débuts par An Pierlé – paraissent primordiaux et constituent une autre source d’inspiration. Indéniablement, "Wild flowers" évoque sur certains morceaux le "Wild Horses", des Rolling Stones à l’époque où ils avaient du talent. Une référence que Bram admet bien volontiers, assumant que certaines de ses chansons présentent une structure similaire à cette chanson de la bande à Jagger.

Quant à savoir si à l’instar de Neil Young, l’un de ses héros, il sera capable au cours de sa carrière de se réinventer perpétuellement, la réponse de l’encore jeune homme au visage d’éternel adolescent est à l’image de sa musique: spontanée. "Je n’en sais rien ne sachant pas qui et où je serai dans dix ans. Mais, ajoute-t-il, j’essaie en tout cas de rester sincère en traversant cette vie: la seule manière à mon sens de préserver une relation ou de pratiquer un art."

"Wild Flowers", Bony King (Pias). Bony King sera en concert le 9 avril à l’Ancienne Belgique et le 6 mai à Liège au Reflektor.

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