Bruce Dickinson, le "hard rocker" volant

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Avec Bruce Dickinson aux commandes, Iron Maiden est devenu un des groupes de heavy metal les plus célèbres au monde. Mais le chanteur est aussi pilote et entrepreneur dans l’aéronautique. Il s’amuse de cette combinaison de métiers dans un one-man-show.

La scène n’est pas réservée aux humoristes professionnels. De temps en temps, un chanteur de rock ose se lancer seul sur les planches. Bruce Dickinson (60 ans), leader du groupe britannique de heavy metal Iron Maiden, est en tournée avec un one-man-show truffé d’anecdotes tirées de son autobiographie "What does this button do?". Il raconte à la fois comment Iron Maiden est devenu un des groupes de heavy metal les plus célèbres et comment il a vaincu le cancer il y a quatre ans. Il parle aussi d’avions avec beaucoup d’amour et d’ironie.

Il y a un peu moins de dix ans, cette légende du heavy metal a créé deux sociétés aéronautiques: l’entreprise de maintenance Cardiff Aviation et l’école de pilotage Aeris Aviation. Lorsqu’il n’est pas en train de transpirer sur les podiums devant 40.000 fans, le chanteur dirige à Cardiff 120 ingénieurs, techniciens de maintenance et instructeurs de pilotage.

Tant que nous voyagerons et mangerons de la viande, nous émettrons du CO2. Que devons-nous faire? Arrêter de vivre?

Dickinson peut se féliciter qu’Iron Maiden soit toujours une machine à cash après 40 ans, car ce n’est pas le cas de ses hobbies. "J’y ai déjà investi 8 millions de livres sterling (9,1 millions d’euros, NDLR). Cette année, nous espérons atteindre l’équilibre pour la première fois, et peut-être même faire des bénéfices. L’aéronautique, ce n’est pas comme un commerce de caviar et de champagne, mais plutôt de viande et de pommes de terre. Mais chaque fois que j’entre dans un de mes hangars et que je vois avec quel enthousiasme les techniciens s’occupent de l’entretien de ces merveilleuses machines, je suis très fier de ce que nous faisons."

Ed Force One

Dickinson avait 29 ans lorsque le batteur d’Iron Maiden lui a fait découvrir pour la première fois le cockpit d’un avion. Aujourd’hui, le chanteur a plus de 7.500 heures de vol à son actif. Il a travaillé comme pilote pour deux compagnies aériennes britanniques et pilotait le Boeing 747 de son groupe musical – baptisé Ed Force One, un clin d’œil à l’avion présidentiel américain et à la mascotte du groupe, Eddie – lors de leurs tournées mondiales.

Interrogez Dickinson sur son premier vol de pilote en 1989, et il devient comme un enfant un soir de Noël. "Ce fut une expérience mystique, comme une deuxième naissance. Un pilote a le privilège de voir le monde de deux points de vue. L’univers interne, celui du cockpit, a quelque chose d’infini. Vous êtes totalement isolé, entouré de centaines de boutons et écrasé sous le poids d’une immense responsabilité."

Mais il y a aussi l’esthétique de la perspective extérieure. "Les passagers voient l’espace aérien depuis leur hublot. Dans le cockpit, le panorama n’est jamais le même. Étant donné que vous découvrez le monde d’un angle différent, vous voyez votre vie autrement. Nous ne sommes qu’une poussière dans le cosmos. Cette vision des choses m’a beaucoup aidé lorsqu’on m’a diagnostiqué un cancer."

L’aéronautique, ce n’est pas comme un commerce de caviar et de champagne, mais plutôt de viande et de pommes de terre


Dans "What does this button do?", Dickinson parle aussi de ses origines bourgeoises. Même s’il a grandi dans une banlieue de Sheffield, la partie pauvre du nord du Royaume-Uni, ses parents faisaient partie de la classe aisée. Son père rénovait des maisons pour les revendre avec de solides plus-values. Avec les revenus de cette activité, il a acheté un garage et s’est lancé dans le commerce de voitures d’occasion.

"Mon père adorait créer de nouvelles choses. C’est de lui que j’ai reçu mes gènes d’entrepreneur et ma personnalité hyperkinétique", confie Dickinson, en évoquant sa vie de caméléon. En plus d’être metalhead, pilote et entrepreneur dans l’aéronautique, il est également resté le visage de Trooper, la bière lancée par Iron Maiden il y a quelques années. Par ailleurs, il accepte de temps en temps les invitations des entreprises comme conférencier pour parler d’innovation et de créativité.

Technicien automobile, son père ne s’intéressait pas aux avions. Mais Dickinson avait un oncle et un grand-oncle qui étaient ingénieurs à la Royal Air Force. "Mon grand-oncle était basé à Malte pendant la Seconde Guerre mondiale. Il racontait des histoires sur les possibilités incroyables du Supermarine Spitfire, un avion de combat."

Dickinson avait 11 ans lorsqu’Apollo 11 s’est posé sur la Lune en 1969, et jusque-là, ses héros étaient tous des pilotes d’essai et des astronautes. Mais tout a changé lorsque "Deep Purple" est tombé du ciel en 1970. Les cris, les sons déchirants des guitares et le martèlement des basses de "Child in time" ont provoqué une tempête dans son espace aérien. "‘Deep Purple’ a marqué le début et la fin de nombreuses choses, explique-t-il en riant. Le rock’n roll avait quelque chose de théâtral pour lequel il n’était pas obligatoire de savoir compter. Je détestais les mathématiques et je pensais que pour devenir pilote, il fallait être une sorte de génie des maths. Bullshit! Vous pouvez parfaitement apprendre à piloter et vous former en autodidacte avec un peu de discipline."

Stress irrégulier

Peut-on comparer le pilotage à un concert musical? "Dans les deux cas, c’est un travail d’équipe, explique-t-il. Lorsque vous êtes pilote, vous n’êtes rien sans vos collègues. Ils travaillent 24 heures par jour, et la seule chose que le pilote doit faire, c’est piloter. Ce n’est pas très différent dans le monde musical. Lorsque je me retrouve le soir sur un podium à un festival, une équipe de 80 personnes a travaillé toute la journée pour tout préparer. Et pendant le concert, vous avez toute une équipe derrière vous. J’aurai beau me démener sur la scène comme un forcené, si quelqu’un pousse sur le mauvais bouton, ce sera fichu."

J’aurai beau me démener sur la scène comme un forcené, si quelqu’un pousse sur le mauvais bouton, ce sera fichu.


La différence se situe au niveau de la visibilité. "En tant que pilote, votre mission consiste à amener votre appareil à destination. Quand tout se passe bien, personne ne voit ce que vous faites. Comme personne ne vous voit, la satisfaction vient de l’intérieur. Il est plus gratifiant de donner un concert devant 10.000 personnes. Mais après, le trip est identique. Que ce soit après un concert ou un vol long-courrier, j’ai besoin de deux à trois heures pour évacuer le trop-plein d’adrénaline."

Ce qui est plus gênant quand on pilote, c’est que le stress n’est pas réparti de manière équilibrée. "Les décollages et les atterrissages sont très stressants. Mais plus vous volez haut, plus vous êtes calme." Dans les concerts, le stress fluctue moins. "Bouger peut aider à contrôler le stress, et pendant un concert, je ne reste jamais immobile plus de deux secondes. Un pilote ne bouge pas. Il reste assis sur son siège."

Dickinson ne pilote plus depuis des années, sauf comme instructeur. Ses entreprises à Cardiff et Iron Maiden – avec qui il part encore chaque année en tournée mondiale pendant trois mois – occupent tout son temps. Les défis qui attendent l’entrepreneur en aéronautique sont plus importants que ceux du capitaine de la machine metal bien rôdée. En plus du problème de rentabilité, les questions climatiques pèsent sur l’ensemble du secteur aéronautique.

Il raconte qu’il a lu des articles dans la presse britannique sur les manifestations pour le climat en Belgique. "Personne ne conteste le réchauffement climatique, mais c’est devenu la nouvelle religion. L’aéronautique n’est pas toujours traitée de manière équitable. Aucune autre industrie utilisant des carburants fossiles n’a fait autant d’efforts ces dernières années en matière d’efficacité énergétique. La vie humaine est basée sur le carbone. Tant que nous voyagerons et mangerons de la viande, nous émettrons du CO2. Que devons-nous faire? Arrêter de vivre?"

Je détestais les mathématiques et je pensais que pour devenir pilote, il fallait être une sorte de génie des maths. Bullshit!


Peut-être existe-t-il une solution alternative durable au kérosène, ajoute-t-il. "J’investis dans ce secteur avec l’Airlander, un dirigeable hybride électrique équipé de batteries. Nous venons de collecter 200 millions de livres sterling pour la construction de trois prototypes capables de transporter 50 passagers. Zéro émission: c’est le but ultime. Ça peut marcher. C’est au monde qu’il revient de faire bon accueil à notre zeppelin."

"An evening with Bruce Dickinson", dimanche 24 février au théâtre Arenberg à Anvers. Un livre signé est inclus dans le ticket d’entrée. www.arenbergschouwburg.be

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