Publicité
interview

Bruno Mantovani: "Surtout, ne pas être esclave de la partition!"

Bruno Mantovani, compositeur. ©Ferrante Ferranti

Gastronome hyperactif et auteur inventif d’œuvres contemporaines, le compositeur de l’imposé attend les pianistes finalistes au tournant. Dans un jardin particulièrement épineux…

«Mis en loge» (autrement dit cloîtrés) à la verdoyante Chapelle Reine Elisabeth pour étudier, sans aide extérieure, l’imposé de cette session 2021 consacrée au piano, les six finalistes du concours Reine Elisabeth ont découvert «D’un jardin féérique», l’œuvre concertante inédite de Bruno Mantovani. À 46 ans, l’excellent compositeur et chef d’orchestre français, prolifique, intuitif et audacieux directeur, jusqu’en 2019, du Conservatoire National de Paris, dévoile la genèse de cette pièce extra difficile, qui sera créée lundi au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Comment a fleuri ce "Jardin"?

En 2017, je me suis retrouvé à São Paulo, au Brésil, pour diriger «Ma mère l’Oye», une suite symphonique de Maurice Ravel. J’allais être papa. Et soudain, lors d’une répétition, il m’est apparu, au dernier mouvement intitulé «Un Jardin féérique» – il contient l’un de plus beaux accords de l’histoire de la musique, à la fois sublime et serein –, que j’aurais certainement une fille (intuition ultérieurement confirmée, NDLR). Quand, l’année d’après, le concours Reine Elisabeth m’a commandé l’œuvre, j’ai voulu rendre hommage à ce moment de grâce… (> écoutez ici "Le jardin féérique" de Ravel, par Gustavo Dudamel)

Cette pièce inclut-elle la transcription de sensations éprouvées, comme celles présentes dans "Le Livre des illusions", une œuvre pour grand orchestre que la dégustation d’un menu du célèbre cuisinier moléculaire catalan Ferran Adrià vous a jadis suggérée?

Non. Ici, c’est une œuvre contemporaine autonome, quinze minutes de musique pure, d’un seul souffle, qui ne s’inspire que de Ravel. Sans en être un pastiche, bien sûr! Conçue pour un orchestre symphonique complet, elle débute par cet accord que l’on reconnaîtra, qui est comme une espèce de bourdonnement permanent. Et le piano vient tel une guirlande, par-dessus.

"C’est une œuvre contemporaine autonome, quinze minutes de musique pure, d’un seul souffle, qui ne s’inspire que de Ravel."
Bruno Mantovani
Compositeur

L’écriture tient-elle compte de ses tout premiers interprètes, des jeunes virtuoses en compétition?

J’ai déjà produit plusieurs œuvres destinées à des concours. Et comme je compose toujours des morceaux très difficiles à jouer, je n’ai jamais dû forcer le trait pour les rendre techniquement plus ardus. Alors, oui, cet imposé reste très compliqué pour les instrumentistes: c’est du piano très rapide, quasi «aérien»: il leur faudra jouer vite, toutes ces infos, aux bons tempi. Le plus difficile consiste alors à prendre du recul, à ne pas être esclave de la partition. À montrer une forme de sérénité.

Malgré la pandémie, vous avez pu rencontrer et coacher les six finalistes?

Uniquement par vidéo-conférence, pour répondre à leurs interrogations. Il existe aussi un enregistrement de la pièce, qui devrait les aiguiller un peu.

Et ce lieu féérique, existe-t-il vraiment quelque part?

Non… mais ça, c’est mon jardin secret…

Finale du Concours Reine Elisabeth 2021

«D’un jardin féérique», de Bruno Mantovani, du 24 au 29 mai (à 20 h), en live streaming sur le site du concours, Musiq3, la Trois et Auvio. Sous la direction de Hugh Wolff, à la tête du Belgian National Orchestra.

Val So Classic | 10 choses à savoir sur le Concours Reine Elisabeth

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés