interview

"C'est bien d'aller voir ailleurs" (RO x Konoba)

©Lou West

Ensemble, les deux musiciens belges ont fait le tour du monde et réalisé un album qui ne ressemble pas à un assemblage de "cartes postales musicales".

Olivier Rugi et Raphaël Esterhazy, respectivement R.O. et Konoba en mode scène, appartiennent à la crème de la crème de l’électro-pop belge. Le single "On Your Knees" qu’ils avaient enregistré ensemble, en 2015, avait atteint plus de 31 millions de vues sur YouTube. Cette fois, c’est un projet réellement audacieux et unique qu’ils ont entrepris avec "10". À l’écoute, ils alternent les morceaux lumineux et d’autres plus mélancoliques. Il semble que cet album ait plus de potentiel à l’étranger – aussi bien en Géorgie qu’au Brésil – qu’en Belgique où les radios programment peu les artistes belges, à l’exception, bien sûr, des stars du moment.

Qu’est-ce qui a déclenché l’envie de réaliser ce projet de dix morceaux dans dix endroits du monde?

Konoba: Cela faisait un moment que nous collaborions ensemble mais nous étions focalisés sur nos projets solos. Et nous voulions refaire une collaboration. Dans le même temps, on s’était aperçus, grâce aux statistiques YouTube et Spotify, que de plus en plus de gens nous écoutaient à l’étranger. On a donc eu l’envie de nous rendre dans les pays où nous étions les plus écoutés. On a finalement abouti à l’idée de combiner une tournée, un voyage et un album.

Les pays ont-ils été choisis en fonction de l’intérêt qu’ils vous avaient manifesté jusque-là?

"Au Japon, on a testé les capsules hôtels dont les chambres ressemblent à des vaisseaux spatiaux."

Konoba: Il y a deux choses. Aujourd’hui, il est possible de savoir dans quel pays et quelle ville on enregistre la plus grosse audience. La Pologne, la Roumanie et la Géorgie font partie de ceux-là. En revanche, vous vous doutez qu’en Colombie et au Japon, notre audience est faible. Mais nous ressentions aussi l’envie de découvrir des pays un peu plus exotiques. Nous avons choisi de partir six mois dans des pays déjà conquis et six mois dans ceux que nous voulions apprendre à connaître.

Parce que vous êtes tous deux très fans de voyages?

R.O.: Très fans. Et puis, quand on tourne dans son propre pays depuis un certain temps, c’est bien d’aller voir ailleurs.

Comment avez-vous financé ce voyage?

Konoba: Grâce à une campagne de crowdfunding, on a récolté plus de trente mille euros. On a reçu des aides du Bureau International Jeunesse, de Wallonie Bruxelles International et d’autres encore. Et puis, on y a mis de notre poche et l’argent gagné des concerts. Et on a littéralement tout dépensé! Mais cela en valait la peine.

Combien de kilos de bagages avez-vous emportés?

Konoba: Durant les six mois où nous avons parcouru l’Europe, on voyageait en voiture. Tout le coffre était rempli de matériel de musique, d’enregistrement et de vidéo. Par contre, pour les déplacements en avion, on a dû se rabattre sur l’essentiel. Et on arrivait à trente kilos chacun. Les compagnies aériennes australiennes n’autorisent pas davantage.

R.O.: On n’agissait pas comme dans une tournée classique où tout est pris en compte par l’organisateur. Ici, nous étions nos propres organisateurs. À Tokyo, pour se déplacer, il valait mieux n’emporter que le strict minimum. Donc, un flight case, un échantillonneur SPD, un ordi. Et on était chargés comme des mules.

Où logiez-vous?

R.O. x Konoba – "10"
  • Pop
  • Note: 4/4
  • Mouda Music 

En concert le 21/6 à la Fête de la Musique à Marche en Famenne, le 29/6 au Verdur Rock à Namur et le 19/7 aux Francos de Spa.

R.O.: Beaucoup d’Airbnb et des hostels comme en Colombie. Au Japon, on a testé les capsules hôtels dont les chambres ressemblent à des vaisseaux spatiaux. Il ne faut pas être trop claustrophobes. Par contre, cela ne convenait pas pour faire de la musique. Et puis, on recevait des invitations sur les réseaux sociaux de la part de fans qui proposaient de nous loger.

Comment faisiez-vous pour composer vos morceaux?

Konoba: Dans la voiture, dans un café, à l’aéroport comme on pouvait. Et quelques jours par mois à la campagne.

L’une de vos règles de départ était d’éviter le format "carte postale musicale"…

R.O.: On se refusait au mimétisme. Par exemple, un son de restaurant japonais hyper reconnaissable. Alors, même s’il se trouve plein de références, il n’y a aucun cliché dans ces morceaux.

©Mouda Music

Konoba: Le but n’était pas de s’approprier les musiques traditionnelles de ces pays pour les mettre à notre sauce. On a fait la musique qui nous ressemble.

Que vous a-t-il manqué?

R.O.: Au début de l’aventure, on filmait notre blog et puis, comme cela prenait trop de temps, on a laissé tomber.

Konoba: L’idéal aurait été d’avoir deux personnes supplémentaires. L’une pour s’occuper de la logistique et une autre pour la communication. Mais financièrement, c’était impossible. On a sous-estimé, au départ, à quel point ce serait intense et difficile en étant juste à deux. Notre agenda était en permanence plein à craquer. Et on a vraiment peu fait la fête. Mais on a visité des endroits extraordinaires.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect