chronique

Cali à la folie

Cali délivre "Les Choses défendues" moins de deux ans après son précédent album. Il chante pour les mômes de dix-sept ans. Et ceux qui en ont gardé l’âme.

Cali est prolixe. Prêt à se confier autour et alentour de son nouvel opus et de la tournée solo qu’il a démarrée, cet hiver et qui se poursuivra jusqu’au-delà du printemps. Cali, le foufou, le généreux, ne regarde jamais sa montre en interview et nous, non plus. Donc, là, allègrement, nous avons dépassé le timing prévu…

"J’ai eu une discussion avec ma maison de disques qui trouvait que la sortie de ce nouvel album était un peu rapide. Et j’ai expliqué que j’avais des choses à dire. Et qu’elles devaient être dites maintenant." Mais pourquoi cet état d’urgence? "Je suis arrivé tard avec ma petite histoire de la musique. Depuis, c’est comme si j’avais ouvert des vannes. Comme s’il me restait peu de temps pour tout dire."

Cali - Les choses défendues


"Les Choses défendues", c’est un disque pour les mômes de dix-sept ans et ceux qui auront dix-sept ans longtemps… "Il y a une chanson qui s’appelle 'Seuls les enfants savent aimer'. Cela résume tous mes albums. C’est la pureté que je recherche. Quand on ne sait ni le mensonge, ni la mort. À 17 ans, on est face à cette vie et on se demande ce qu’il se passera. On tremble. On ne sait pas ce qu’est l’acte sexuel mais on sait qu’il existe." L’album s’intitule "Les Choses défendues" parce qu’à seize ans, Cali a commis une chose interdite. "Je suis tombé fou amoureux d’une Anglaise qui était venue dans mon village. Et au lieu de retourner au lycée, je suis parti la rejoindre en Angleterre. J’y suis resté deux mois. Puis, je suis rentré chez moi et je n’ai plus jamais revu Louise." Cette expérience, Cali estime qu’elle l’a construit. "La plupart des décisions, je les prends en fonction du cœur, plus que de la raison." Un précepte qu’il essaie d’inculquer à ses trois enfants. Y compris celle qui a déjà 19 ans. "J’ai moins peur pour mes filles que pour mon fils. J’ai l’impression qu’elles seront davantage protégées. Elles seront toujours les princesses de quelqu’un."

"Avec le streaming, on nous prend tout pour rien. Pour mon disque précédent, j’ai eu 1,5 million d’écoutes et j’ai touché 16 euros."


Une ligne de Cure

Dans la chanson "I Want You", on entend nettement une ligne mélodique de Cure. "Dans ce morceau, il y a du Cure mais aussi du Dylan", répond-il. Une association étonnante mais qui fonctionne. On note que l’artiste ne raffole pas des choses univoques. Comme dans "Annie Girardot" où il n’est pas vraiment question de l’actrice… "J’ai un amour total pour cette femme qui nous a tout offert, ses joies comme ses peines. Sa vie chaotique me rassure bien plus qu’une vie lisse. Mais cette chanson, c’est un témoignage de mes six ans. L’enterrement de ma mère. J’ai le souvenir de mon père qui avait le regard perdu pour la première fois. Des années plus tard, j’ai vu ‘Un homme qui me plaît’de Lelouch. Annie Girardot y attend Belmondo, à l’aéroport. Les gens descendent de l’avion mais lui ne vient jamais. Et le regard qu’elle a, à ce moment-là, me rappelait celui de mon père."

Empreintes féminines

La violence faite aux femmes est un thème que Cali aborde dans "Elle a mal". "Ce n’était pas prémédité. Je me suis rappelé d’une femme que j’avais croisée et dont le visage disait qu’elle avait tout perdu. J’ai voulu parler de ça. Sans détours. Elle est allongée et pense à ce qu’il y a de plus doux. Pour moi, la sensation la plus douce, c’était passer mes doigts sur le cou de ma grand-mère. Elle s’appelait Stella, ma grand-mère."

Sur le morceau "Le Mariage", Cali est rejoint par Annika Grill, une chanteuse suédoise. Elle a rajouté énormément de guitares mais pas que ça. "Je me suis amusée avec elle en studio comme rarement, je ne l’avais fait. Elle est drôle, désinvolte et possède un talent absolu." Une rencontre arrangée par la productrice Edith Fambuena. C’est la première fois que Cali travaillait avec une femme à la production d’un de ses disques. "Elle m’a protégée comme une maman. Et moi, je l’ai protégée comme ma chérie."

Une soif d’espace

Qu’a-t-il envie de faire avant ses 50 ans? Un cap qu’il franchira dans deux ans. "J’ai envie de faire le tour du monde en bateau. J’aimerais partir d’un port breton et arriver sous la statue de la Liberté. Il y a plusieurs années, j’ai traversé le Wyoming à cheval, avec mon fils. Il avait treize ans. Cela nous avait pris trois semaines. On était partis avec un cow-boy. On a croisé des chevaux sauvages. La nuit, je faisais des rêves fous."

Parmi les actes un peu toqués que Cali fait, il y a le crowdsurfing. Littéralement, il se jette dans la foule. "La première fois que je l’ai fait, je me suis fait caresser d’une manière incroyable", se souvient-il. C’est Mathias Malzieu, de Dyonisos, qui l’avait jeté dans le public. Cette année-ci, il n’y aura pas de crowdsurfing pour la simple raison qu’il performe en solo, dans de petites salles. Le concept: il chante comme s’il était dans sa chambre d’ado et raconte au public des histoires de ses 16 ou 17 ans… "Je peux m’arrêter en pleine chanson pour conter des choses."

En janvier, Cali a joué dans le premier court-métrage de Nicolas Peyrac. L’ex-star des années 70 est, en effet, féru de cinéma. Un autre projet parallèle de Cali, c’est la peinture! "Je suis incapable de dessiner une plume. Mais je suis parrain d’un atelier d’art contemporain, à Mulhouse. Ils m’ont mis à disposition deux grandes toiles blanches en m’enjoignant de m’amuser. Je n’ai pas vu le temps passer. Cela m’a donné envie de recommencer."

Autant que ça l’amuse car l’économie de la chanson lui ferait plutôt du mal. "Avec le streaming, on nous prend tout pour rien. Pour mon disque précédent, j’ai eu 1,5 million d’écoutes et j’ai touché 16 euros. Moi, j’ai dit à mon patron chez Sony France: 'Je préfère donner mon disque gratuitement sur internet, au moins, je ne connaîtrai pas mes voleurs'. Il a baissé la tête." Cali vit encore bien. En étant 150 fois par an sur la route, en tournée. Mais il s’inquiète pour les jeunes groupes. "Nous, on est déjà des vieilleries, mais eux…".

©rv

"Les Choses défendues", de Cali, Sony Music. En concert: le 05/02 au Festival Parole d’Hommes, à Malmedy; le 17/03 à Namur; le 18/03 à Arlon; le 19/03 à Mons; le 20/04 à Ath.

Lire également

Messages sponsorisés