interview

Calogero: "J’ai eu beaucoup de récompenses en musique mais aucune à l’école"

©Yann Orhan

Une nouvelle collaboration avec Biolay pour un album essentiellement réalisé durant le premier confinement. "Centre Ville", le huitième album de Calogero, est l’une des grosses sorties de cette fin 2020.

D’habitude, on se retrouve à Paris autour d’un verre pour parler de ses nouvelles chansons. Calo a, cette fois, bien dû accepter un échange via Zoom. Et comme on le sait, ce n’est pas à travers un écran qu’il aime faire face à la réalité et au monde qui l’entoure.

"Centre Ville" est déjà votre huitième album, ce qui n’est pas rien dans une carrière d’artiste. Certains mettent dix ans entre deux albums, pas vous.

Je me dis que huit albums, cela fait une sacrée matière pour les concerts à venir. Et c’est sympa. Créer beaucoup est pour moi une forme de libération et peut-être une forme d’angoisse. Peut-être qu’être tout le temps dans le mouvement est ma façon d’empêcher que les choses s’arrêtent? (Rires)

©doc

Vous vous interrogez sur l’avenir de vos filles dans "Peut-être".

J’ai quatre enfants, dont trois filles, et forcément, je me pose des questions sur leur avenir. La chanson parle, plus généralement, de la liberté des femmes. Ma fille aînée, qui a seize ans, mènera-t-elle une existence classique ou cassera-t-elle son carrosse pour mener une vie différente? Je suis féministe et je soutiens les combats des femmes pour plus d’indépendance et d’égalité. Je soutiens des mouvements comme #Balancetonbahut, lancé par des jeunes filles virées de leur lycée parce qu’elles avaient les épaules dénudées. Je suis pour la liberté de chacun de s’habiller comme il veut.

Vous comptez d’ailleurs deux autrices sur cet album, Marie Bastide et Inès Barbier.

Oui, et dans le passé, j’ai fait un album entier avec Zazie. Je ne fais pas de différence entre les auteurs et les autrices. Dans ma manière d’éduquer mes enfants, je veille à ce qu’ils soient tous autonomes.

Dans ma vie personnelle, je ne suis pas sur les réseaux sociaux et je me demande si je ne suis pas en avance sur la tendance. La slow attitude est en train d’arriver.

Parmi les nouveaux auteurs, sur ce disque, vous accueillez Benjamin Biolay.

C’était une super rencontre durant le premier confinement. On n’avait jamais fait de chanson ensemble. Un soir, je lui ai envoyé la musique de "Mauvais perdant" et le lendemain, je recevais son texte. Du coup, on a fait plusieurs titres. Cette collaboration a été très prolifique.

Quel est votre état d’esprit par rapport au confinement et à la pandémie?

Je n’ai rien de très intéressant à raconter sur le Covid, je suis comme tout le monde. Ce qui me préoccupe, c’est le flou médical et scientifique. Pour le reste, je ne crois pas aux théories du complot. Si on est confinés, c’est qu’il y a des raisons. Donc nous devons obéir.

La plupart de ces nouvelles chansons sont nées durant le confinement.

Oui, la première était "On fait comme si". Les rues étaient vides, les dimanches se ressemblaient. On a reversé les droits de ce titre aux hôpitaux de Paris. C’est une goutte d’eau mais on voulait aider le personnel soignant qui se trouvait en difficulté.

"On fait comme si", Calogero

"Vidéo" est un morceau qui tranche sur les autres parce qu’il est électro-dance. Et il parle de ce monde où nous vivons derrière nos écrans. Vous estimez que nous ne regardons plus assez la réalité?

C’est l’évidence. À la moindre occasion, on regarde son téléphone. Aux concerts, on remarque que les yeux des spectateurs, qui ne sont pas vissés à l’écran de leur smartphone, sont plus intéressants. Parce qu’ils sont plus présents et plus attentifs. Ce bout de vitre qu’on trimbale partout, c’est un peu froid. Dans ma vie personnelle, je ne suis pas sur les réseaux sociaux et je me demande si je ne suis pas en avance sur la tendance. La slow attitude est en train d’arriver.

Dans "Stylo vert", vous évoquez vos années d’école où vous n’étiez pas très bon élève et dans "Celui d’en bas", vous parlez de vos racines ouvrières. Vous avez plutôt bien réussi malgré ça.

Je pense que d’être le dernier de la classe peut être une position intéressante si on creuse. Quant à mes racines ouvrières, je ne les ai jamais reniées. J’en suis même fier. Le succès de ma carrière m’a donné confiance, évidemment. Mes professeurs disaient à mes parents que je n’arriverais à rien. J’ai eu beaucoup de récompenses en musique mais aucune à l’école. Je n’ai jamais eu l’esprit de compétition. Et j’ai finalement gagné en n’étant pas en compétition.

"Celui d'en bas", Calogero

Pop

♥ ♥ ♥ ♥

"Centre Ville"

Calogero, Universal Music,

sortie le 6 décembre.

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