Catalina Vicens, l'ange musicien

©Martin Chiang

Classique | La Chilienne Catalina Vicens est un ange musicien comme on en voit dans les toiles de Memling ou de Van Eyck. Ce samedi, elle vient nous enchanter avec son orgue médiéval portatif au festival bruxellois Artonov.

Lorsqu’elle apprenait le piano dans son Chili natal, Catalina Vicens (ici, son site officiel) n’imaginait pas qu’elle étudierait un jour le clavecin à Philadelphie, la musique baroque en Allemagne et la musique médiévale à la Schola Cantorum de Bâle – le Graal! Et pourtant, c’est là qu’elle trouvera par hasard, oublié dans une remise, la copie d’un organetto. Ce petit orgue portatif médiéval – déjà connu au IXe siècle – se pose sur les genoux. Le bras gauche actionne le soufflet, la main droite joue sur le petit clavier. "Je lui ai redonné vie", admet, avec un zeste de fierté, celle qui est aujourd’hui l’une des meilleures "organettistes" de la planète.

Catalina Vincens

Son passage à Bruxelles, dans le cadre d’Artonov, sera l’un des moments étonnants de ce festival interdisciplinaire au cœur des lieux Art Déco et Art Nouveau de la capitale. Catalina Vicens s’y produira dans une performance sur le sens de l’alphabet occidental, en compagnie de la dessinatrice Chloé Schuiten, du poète sonore Antoine Boute et de l’architecte utopiste Luc Schuiten.

L’utopie, voilà un sujet cher à Catalina, grande lectrice de Thomas More, qui imagina la cité idéale au XVIe siècle. "L’utopie me passionne d’autant plus que la musique en est une, glisse Catalina. Elle reste inaccessible. Notre spectacle sera donc un moment de réflexion."

Cathédrale gothique

Réflexion, mais aussi découverte de ce fameux organetto, dont la pratique requiert une réelle expertise: "Avec à peine deux octaves (un piano en a sept), une seule main pour le clavier et un soufflet qui ne produit pas de souffle continu, il faut une sacrée coordination", se réjouit l’instrumentiste. Et sans doute autant de créativité pour donner toute son expressivité à la musique du Moyen-Âge, essentiellement vocale, qui n’accordait à l’instrument qu’un rôle d’accompagnateur. "Cette musique n’en est pas moins une magnifique cathédrale gothique, illustre Catalina. J’y vois une structure longiligne très rigoureuse la ligne vocale qui accueille de nombreux ornements les dissonances."

"Avec à peine deux octaves, une seule main pour le clavier et un soufflet qui ne produit pas de souffle continu, il faut une sacrée coordination." Catalina Vicens

Quant au rapprochement que l’on fait parfois entre les musiques médiévale et contemporaine, il ne déroute pas l’organiste: "Toutes deux exigent un effort intellectuel pour simplement les comprendre, d’autant que le décryptage de leurs écritures respectives n’est jamais immédiat. Mais même lorsque l’on a percé leurs mystères, encore faut-il réaliser un choix interprétatif inévitablement engagé. Fascinant!" Et… utopique? "Bien sûr! Créer de la musique, n’est-ce pas chercher un monde sonore idéal?"

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