interview

Catherine Ringer, la jeunesse éternelle

©BELGAIMAGE

Pionnière et monstre sacré du rock français, Catherine Ringer est de retour avec "Chroniques et fantaisies". Un album qu’elle souhaite en phase avec le présent, son présent.

"Senior", c’est le titre phare du dernier album de Catherine Ringer, "Chroniques et fantaisies". Un morceau moderne teinté de synthés où l’éternelle Rita Mitsouko tire le bilan d’une vie bien remplie de façon laconique: "Sculptée par l’âge adulte, la vie, et me voilà", avant de s’esclaffer: "Senior? J’adore!" Voilà ce qu’est la Catherine Ringer de 2018, une épicurienne, apaisée et totalement ancrée dans le présent. De là à devenir sage? "Ça dépend des jours, ça dépend surtout de quoi on parle! Disons que je connais mieux mes défauts, mes qualités et mes réactions spontanées avec l’âge. En tant que personne âgée il y a des choses que je connais plus que quand j’avais 20 ans, ça, c’est sûr! C’est une forme de sagesse. Maintenant se dire qu’on est sage… est-ce vraiment sage!"

Catherine Ringer - Senior

Vieillesse relative

On ne peut tout de même pas dire que Catherine Ringer fasse partie de la catégorie des vieux briscards de la chanson française. Il est vrai cependant qu’une carrière longue de quarante ans, onze albums (dont neufs avec les Rita) et une vie vécue intensément peuvent laisser des traces à vie. Mais on ne devient pas une figure de proue de la chanson française sans raison… Se sent-on vraiment vieux quand on a soixante ans? "Vieux dans le sens complètement usé, non. Je ne suis pas une vieillarde, mais je fais partie du monde des seniors. Ça commence à 50-55 ans à peu près, mais ça ne veut pas dire qu’on est complètement hors-service! Ça dépend de ce que l’on appelle ‘vieux’. Suivant l’âge qu’on a, on trouve toujours qu’il y a plus vieux. Mais je suis un peu vieille quand même, oui." Un aveu surprenant alors qu’elle vient probablement de sortir son album le plus moderne en date.

"C'est difficile de toujours se tourner vers les choses d'avant…"
Catherine Ringer

On retrouve dans "Chroniques et fantaisies" cette touche presque indélébile qui a porté les Rita Mitsouko depuis 1979, un mélange de rock claquant et sans pudeur emballé de pop et d’ambiances latines. On ressent également ici un farouche désir de s’ancrer dans le présent, de s’inspirer de l’actuel, comme dans le morceau "Intermittent Lover", jolie surprise électronique. "J’aime beaucoup la musique électronique. En travaillant avec Azzedine Djelil, producteur et ingénieur du son, la chanson a pris cette tournure-là, un peu électro. Mais je ne me pose pas vraiment la question lors de la construction des morceaux, cela se fait un peu naturellement, en studio, au moment de l’enregistrement, s’il y a plus de synthés ou plus d’électro ou de rock."

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans cet album, où quelques morceaux frisent le ringard dans leurs constructions, comme la valse "La petite planète" ou lors d’interludes parlés à l’intérieur des chansons. Mais après tout, que serait Catherine Ringer sans un peu d’anticonformisme? Puis retrouver ainsi la fougue et l’esprit aiguisé des Rita Mitsouko s’avère surtout très touchant.

Jeunesse absolue

Depuis l’automne 2016 et le début de la composition de l’album, c’est une sorte de seconde jeunesse que s’offre Catherine. Tout d’abord en travaillant, beaucoup, avec une équipe de fidèles qui apportent une vraie plus-value à la version finale. "Surtout pour définir le nombre de couplets, refrains… travailler les arrangements. On peaufine, on arrange, on pousse la chanson et là, elle prend une tournure spéciale. C’est assez ouvert." Son fils Raoul Chichin, guitariste du groupe Minuit en compagnie de sa sœur Simone Ringer, à également participé à la fête. "Quand j’ai eu fini les structures et enregistré les guitares, je me suis dit: ‘Tiens, ça serait bien que quelqu’un de plus habile que moi, meilleur guitariste réenregistre mes parties, trouve des solos, rajoute quelques trucs…’ Donc j’ai demandé à Raoul, qui est un excellent guitariste. Il est venu en séance comme ça comme un musicien quoi!"

Album

Catherine Ringer "Chroniques et fantaisies"

1CD - Six Sarl

Note: 3/5

Mais c’est surtout la tournée marathon qui a débuté le 25 juillet dernier, ainsi que la rencontre avec le public qui la rend si enjouée. "Déjà avant de sortir le disque, les nouvelles chansons étaient bien reçues. Pour l’instant, la tournée se passe bien, les gens sont contents, les salles sont pleines et l’orchestre joue bien ensemble, tout est parfait!"

En revanche, on ressent comme une confusion lorsque l’on aborde la question du plaisir sur scène. Après une aventure aussi intense que les Rita Mitsouko, qui s’est terminée brutalement en 2007 avec le décès de Fred Chichin, la suite du périple peut certainement paraître plus fade. "Oui, j’aime toujours partager des choses avec le public, ou créer une chanson en studio. Je ne sais pas, je n’arrive pas à dire si c’est autant de plaisir ou pas, je ne me rends pas compte…", glisse-t-elle un peu gênée.

C’est comme ça!

Quelque chose se dégage de Catherine Ringer, un naturel presque déstabilisant et la volonté de ne jamais regarder en arrière. Son propre album préféré? "C’est difficile à dire… Il n’y a pas vraiment de préféré. Il y en a simplement quelques-uns que je trouve moins réussis. Je ne sais pas trop, désolé…"

©doc

Plutôt scène actuelle ou vieux groupes? "J’aime bien écouter l’actualité en général. Mes vieux morceaux préférés, je crois que je les connais en réalité et je ne les réécoute pas tellement… Et puis, en ce moment, je n’écoute pas tellement de musique aussi. C’est malheureux à dire, mais c’est comme ça!" Le moment de sa carrière qui l’a marqué le plus? "Ça dépend des périodes… Je pense que c’était quelque chose de particulièrement… (elle s’arrête longuement) Une bonne association musicale entre Fred et moi, (Chichin, son binôme des Rita Mstouko, NDLR) et donc ça, je crois que c’était la meilleure partie, oui. Maintenant, c’est bien aussi, mais c’est différent", reconnaît-elle avec une pointe de regret dans la voix. "Enfin, c’est difficile aussi de toujours se tourner vers les choses d’avant…"

Ces propos prennent tout leur sens à la lumière des récents événements: Jacques Higelin, son ami de longue date est décédé il y a peu. "C’était une vraie influence par rapport à sa liberté. Il pouvait passer d’un style à l’autre, juste avec des percussions, une touche de piano… Je l’avais vu assez jeune avec Areski et Brigitte Fontaine. J’ai été marquée par ce côté ludique, qui ne se prend pas trop au sérieux, et en même temps grave." Elle s’arrêtera là cependant. Pas question d’aller fouiner plus loin dans son intimité.

Alors que notre entretien touche à sa fin, on se demande ce qu’il peut bien manquer dans la vie de Catherine, ce qu’elle pourrait avoir de plus. "Simplement bon vent!, rit-elle alors, mais surtout que ce que je fais serve toujours, que ce soit utile aux autres."


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