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Charlotte Gainsbourg veut ouvrir au public la maison de son père "avant la fin de l'année"

La façade du 5 bis rue Verneuil, bientôt Musée Gainsbourg. ©Photo News

Serge Gainsbourg disparaissait il y a tout juste 30 ans. Sa fille Charlotte veut faire un musée du rez-de-chaussée de l'hôtel particulier qu'il occupait à Paris.

"Je suis venu te dire que je m'en vais"... 2 mars 1991, Serge Gainsbourg part cette fois sans crier gare. Une crise cardiaque, foudroyante, alors qu'il est chez lui, seul, à Paris. "L'homme à la tête de chou" avait 62 ans.

C'est le week-end de la fin de la guerre du Golfe. La nouvelle tombe dans la nuit du samedi au dimanche: "Serge Gainsbourg est mort, apprend-on de bonne source auprès des sapeurs-pompiers de Paris", annonce à minuit trente-cinq à l'AFP. Dans la soirée, devant la maison du 5 bis rue de Verneuil, Bambou, sa dernière compagne, s'est inquiétée quand il n'a pas répondu - personne n'a les clefs quand il compose - et a alerté les secours.

On le retrouve gisant nu à même le sol... Son hôtel particulier sera transformé en musée, selon la volonté de sa fille, Charlotte, pour en faire "un lieu vraiment ancré dans le patrimoine parisien".

Installation de Gainsbourg au 5 bis de la rue de Verneuil

Où en est le projet d'ouvrir au public le 5 bis rue Verneuil, où résidait votre père?

C'est en cours. Dans les dix premières années, quand j'étais la plus sûre du projet, c'était très compliqué à faire aboutir. Et après, j'ai fait marche arrière parce que c'était un peu ce qui me restait de lui, donc je le gardais comme un trésor.

Mais quand je suis partie à New York il y a 6 ans - maintenant je suis de retour à Paris - j'ai pris de la distance et j'ai compris qu'il fallait que ça se fasse. Pour les gens, mais aussi pour ma santé mentale, il faut que j'arrive à m'en détacher. Il faut que ce soit un lieu vraiment ancré dans le patrimoine parisien, que ce soit accessible.

"À l'époque de ma mère (Jane Birkin), il y avait peu de choses, après, il y a eu de plus en plus de bordel très arrangé." (rires)
Charlotte Gainsbourg
Chanteuse et comédienne

Comment le décririez-vous ?

C'est son hôtel particulier, on ne va pas découvrir des choses sur son œuvre, mais le cadre de son travail. C'est lui, sa personnalité, c'est assez surprenant. On a l'image d'artistes qui sont dans des espaces immenses, luxueux, là, c'est relativement modeste.

Ce sont d'anciennes écuries, ce n'est pas haut de plafond, ce n'est pas l'appartement haussmannien par excellence. Il y a une cuisine minuscule. Au départ, c'était la maison de famille, avec ma mère, ma sœur, lui et moi. À l'époque de ma mère (Jane Birkin), il y avait peu de choses, après il y a eu de plus en plus de bordel très arrangé (rires). Il a transformé ça de son vivant en musée bourré d'objets, on avait du mal à marcher sans avoir peur de casser quelque chose.

Un objet en particulier vous vient-il à l'esprit?

Ce qui est émouvant, c'est un buste de ma mère. C'est un moulage de son corps, c'est très très beau. Au début, c'était en plâtre, puis il l'a refait en bronze.

Une date pour l'ouverture?

On espérait au mois de mars, mais c'est impossible (avec la crise sanitaire, NDLR). On espère à la rentrée scolaire, avant la fin de l'année si possible.

"Avant j'étais dans mon manque, dans ma peine. Là, je réalise l'impact qu'il a sur des générations et des générations et le fait que ça ne s'arrête pas."
Charlotte Gainsbourg

Louise Verneuil est une chanteuse au nom de scène inspiré de cette rue: les jeunes artistes continuent à être influencés par tout ce qui touche à l'artiste ou l'homme...

Je trouve ça incroyable, c'est aujourd'hui que je m'en rends compte vraiment. Avant j'étais dans mon manque, dans ma peine. Là, je réalise l'impact qu'il a sur des générations et des générations et le fait que ça ne s'arrête pas.

Les jeunes artistes disent aimer son œuvre et son attitude...

Il y a tellement de facettes de lui. Il exprimait sa part d'ombre, il n'y avait pas un côté secret. C'est une personne d'une très grande délicatesse qui contredit le personnage de Gainsbarre de la fin. Aujourd'hui, on vit dans un monde tellement censuré, je me demande comment il aurait vécu ça. Aurait-il été banni des télés? C'était une personnalité tellement riche, qui faisait cohabiter sa grande sensibilité et son grand sens de la provocation. On ne voit plus du tout ça aujourd'hui.

"Mon père n'était pas enfermé dans une époque. Parce qu'il a touché à tous les styles, avec classe dans l'écriture."
Charlotte Gainsbourg

L'anniversaire des 30 ans de sa disparition donne lieu à de multiples hommages...

Je trouve ça incroyablement émouvant. Je me suis gardée pendant longtemps de faire des interviews à propos de lui, de célébrer ça, je me disais que c'était une souffrance, un anniversaire douloureux. Mais c'est très beau toutes ces déclarations. Je me suis dit - moi aussi je peux peut-être en parler. Il m'a fallu 30 ans (il a disparu quand elle avait 19 ans). Mais les gens ne m'ont pas attendue pour le célébrer depuis 30 ans, c'est bien.

Mon père n'était pas enfermé dans une époque. Parce qu'il a touché à tous les styles, avec classe dans l'écriture. Mon père avait une maîtrise de la langue classique et de la modernité dans l'écriture, avec de l'humour, c'est tout ce dont on rêve, ce raffinement, cette gymnastique tellement agile. Ça met la barre très très haut.

Travaillez-vous sur votre futur album?

Je suis en plein dedans, je suis contente, ça commence à prendre forme, enfin, j'ai commencé pendant le premier confinement en mars quand j'étais coincée à New York. Ça doit sortir en 2022, il le faut!

Serge Gainsbourg - Melody Nelson

Serge Gainsbourg, des initiales SG qui s'exportent

Au-delà de la French Touch et des Daft Punk, l'Amérique et l'Angleterre ont branché leurs écouteurs sur la France avec Serge Gainsbourg, disparu il y a 30 ans, et qui irrigue toujours les jeunes artistes.

 C'est une scène du film "Haute Fidélité", transposition du livre de Nick Hornby ("High Fidelity") tournée par Stephen Frears. Le héros, un disquaire de Chicago interprété par John Cusack, intercepte deux jeunes qui viennent de dérober des vinyles. Dans leur butin, un disque de Serge Gainsbourg: les sympathiques gredins cherchent des samples pour leur groupe naissant...

 Sampler Serge Gainsbourg - sans avoir à courir dans la rue avec des 33 tours sous les t-shirts - c'est ce qu'ont fait des groupes phares, De La Soul dans le hip-hop, Massive Attack dans le trip-hop.

"Il aurait été tellement fier! Il y a toute cette admiration aujourd'hui que mon père n'a pas connue de son vivant. Le succès est arrivé tellement tard, il n'était pas du tout blasé, il aurait été très touché", commente pour Charlotte Gainsbourg.

"Aux USA, au Royaume-Uni, ou ailleurs hors de France, Serge Gainsbourg est rangé sur la même étagère que Françoise Hardy, en tant qu'arbitre des élégances", éclaire Bertrand Dicale, auteur de "Tout Gainsbourg" (éditions Gründ).

"Une part de mystère"

"Et être samplé par De La Soul, excusez du peu, ça vous pose quelqu'un", poursuit ce spécialiste de la chanson française. Le sample en question vient de "Ah ! Melody", titre du disque séminal "Histoire de Melody Nelson". "Il est souvent réduit à l'étranger à "Je t'aime... moi non plus", mais pour les connaisseurs de musique, c'est 'Melody Nelson', comme pour Beck", musicien et chanteur américain à la synthèse de nombreux styles, prolonge Charlotte Gainsbourg.

"Il y a une ambition, une profondeur du concept incroyablement difficile à réaliser, mais que Gainsbourg réussit totalement", dissèque d'ailleurs Beck dans le catalogue du label américain Light in the Attic, qui a réédité des disques de "L'homme à la tête de chou".

"Quand vous êtes jeunes et que vous montez un groupe pop, vous pensez que ça se joue autour de guitare-basse-batterie. Et puis arrive "Melody Nelson" avec ce son sixties, on est plongés dans un film. Et vous comprenez que la pop-music peut passer par d'autres instruments, gagner une part de mystère", explique Jinte Deprez, une des têtes pensantes du groupe belge Balthazar.

"En écoutant ce disque, on a commencé à arranger notre musique différemment, développe-t-il. On avait toujours été influencé par Air, mais on ne savait pas d'où ce son venait, là on a compris que ce qui courrait sous nos peaux c'était cette signature de Gainsbourg".

"Respect et reconnaissance"

Vincent Neff, du groupe britannique Django Django dit aussi à adorer "ce son de basse, cette ambiance sixties dans 'Melody Nelson' (1971)".

Gainsbourg est aussi dans les radars de l'Anglaise Arlo Parks, nouvelle voix de la soul. "Au travers de ses disques, il y a une grande honnêteté, une façon de montrer respect et reconnaissance au langage et à la musique", confie cette auteure-compositrice-interprète aux racines françaises, nigérianes et tchadiennes.

L'attitude du bonhomme plaît également. "Quand vous écrivez des morceaux pop, vous regardez forcément à un moment ce type iconique, qui dit 'fuck you' à tout (rires). C'est un véritable artisan, il a un vrai savoir-faire, mais j'aime bien aussi ses expressions 'je m'en foutiste'", souligne Jinte Deprez.

 Buzzy Lee, alias de Sasha Spielberg, fille du célèbre réalisateur, qui vient de sortir son premier album solo, cite "Serge Gainsbourg et Françoise Hardy" parmi ses références. Mais aussi "Charlotte Gainsbourg". Un autre pan de l'héritage. - AFP

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