Classique | Fanny et Félix, faux jumeaux, vrais génies

©Kristof Vadino

Beau doublé pour les Alfama. Le quatuor belge fête ses 15 ans avec son nouveau spectacle familial "Fanny et Félix", créé samedi au Festival Musiq’3, et un audacieux CD Schubert/Fafchamps. Lever de rideau en compagnie d’Elsa de Lacerda, premier violon.

Fratrie mythique, Fanny et Félix Mendelssohn ne pouvaient qu’inspirer le quatuor Alfama, dont les créations "pour enfants" – à mettre entre toutes les oreilles, y compris les plus mûres – ne cessent de séduire. Après "Le rêve d’Ariane", qui raconte l’histoire du quatuor aux plus jeunes (déjà 220 représentations en Belgique et à l’étranger), après "Pomme-Henriette", plus récent et plus théâtral, voici donc "Fanny et Félix", nouvelle production qui sera créée au festival Musiq’3.

"Fanny Mendelssohn a eu une influence considérable sur son cadet, et pourtant, elle est toujours restée une femme de l’ombre."

Partenaire fidèle de ce sympathique quatuor, pour laquelle elle avait écrit les deux spectacles précédents, l’excellente comédienne Ariane Rousseau – en ce moment dans "Elephant Man", au Public –, sera une fois encore l’un des maillons clé de cette production, signée cette fois par Michel Debrocq. Ce n’est pas tout à fait un hasard…

Elsa de Lacerda: "L’idée de ce spectacle nous taraudait depuis longtemps. Il y a en effet une dizaine d’années, j’ai diffusé un feuilleton sur Fanny et Félix Mendelssohn dans l’émission que je produisais alors en tandem avec Michel Debrocq sur Musiq’3. J’ai donc sollicité Michel, dont l’immense érudition musicale était un atout précieux…"

L’histoire du clan Mendelssohn est vraiment peu banale…

…et d’autant plus fascinante. Elle est à l’image de leur famille, passionnante tant sur les plans intellectuel et musical, mais aussi historique, dans une Allemagne où cette famille juive va se convertir au protestantisme. Sans oublier un grand-père philosophe célèbre et un père banquier, qui imposait à ses enfants un rythme d’éducation effréné. Il les voulait brillants en tout, autant en langues qu’en art, et pas seulement en musique.

Il a bien fallu choisir un angle…

L’intrigue se nourrit du rapport quasi gémellaire qui existait entre Fanny et son frère, dont elle était l’aînée de quatre ans. Elle aurait notamment écrit certaines pièces que Félix aurait signées, ils travaillaient ensemble, ont composé à quatre mains… Elle a eu une influence considérable sur son cadet, et pourtant, elle est toujours restée une femme de l’ombre. Mais quand elle est morte, son frère ne lui a survécu que quelques mois, lui dédiant son ultime et sublime "Opus 80". Nous en jouerons évidemment des extraits, tandis que le seul quatuor écrit par Fanny servira de fil rouge. Fanny sera interprétée par Ariane Rousseau, tandis que Félix, qui ne parle pas durant le spectacle, sera assumé par un membre du quatuor.

Peut-on parler de vraie mise en scène?

Sans aucun doute, car nous l’avons travaillée très intensivement avec Jean-Baptiste Delcourt, qui a tout réglé au millimètre, le mouvement des corps, les regards, les déplacements… Et tout cela, le plus naturellement possible. Nous ne voulions absolument pas nous contenter d’être un quatuor jouant en fond sonore d’une récitante. Il s’agit d’un spectacle complet, musical, théâtral, chorégraphique. Et il est vraiment tous publics, même si on le conseille plutôt à partir de 9 ans. En fait, notre première création s’adressait aux 4-5 ans, la suivante parlait plutôt aux 6 ou 7 ans. Et maintenant, comme nos enfants en ont dix, nous grandissons avec eux!

Enregistrement

Les timbres de Fafchamps

En enregistrant "La Jeune Fille et la Mort", de Schubert, le quatuor Alfama  a choisi pour le disque de sa maturité l’une des œuvres majeures, et ô combien difficile, du répertoire. Une décision prise à l’issue d’une longue et démocratique gestation, laquelle aura finalement abouti, lors d’une tardive nuit bruxelloise, par l’envie irrépressible de s’attaquer à ce chef-d’œuvre. "Peu de pièces pour quatuors peuvent rivaliser avec lui, souligne Elsa de Lacerda. Les quatre mouvements  quatre facettes d’une jeune fille tentant d’échapper à la mort  associent violence extrême et infinie poésie".Mais ce CD propose aussi, et c’est ce qui en fait sa vraie originalité,une création de Jean-Luc Fafchamps au départ de lieder de Schubert, défendus par l’émouvante mezzo-soprano française Albane Carrère. Cette transcription pour quatuor de sept lieder par le compositeur belge, par ailleurs professeur d’analyse musicale, se réapproprie les affects schubertiens par un travail d’un grand raffinement sur les timbres. Séquence émotion!

 

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