chronique

"Crazy diamond" symphonique pour Pink Floyd

En dépit de la présence incongrue d’Alice Cooper, cette adaptation du mythique "Wish you where here" tient la route. Allez les jeunes, découvrez les papys…

Pour fêter les 40 ans de "Wish you where here", album mythique des Pink Floyd, Decca sort, ces jours-ci, une version symphonique. Sacrilège commercial ou dévotion suprême? Sans doute un peu des deux, mais, en tout cas, un enregistrement qu’on aurait tort de bouder. Premiers concernés, les papys, qui savoureront comme il se doit ce flash-back actualisé du "rock progressif" de leurs seventies. Mais la jeune génération pourrait aussi y trouver son plaisir, en découvrant que, entre cette musique classique qu’ils se doivent d’exécrer à leur âge, et celle(s) qu’ils aiment, le fossé est moins large qu’il y paraît.

©doc

Publié en 1975, "Whish you where here" appartient à ce quintette de vynils qui auraient pu, à eux seuls, dispenser Pink Floyd de (presque) tous les autres. Annoncé par "Atom Heart Mother" et sa célèbre vache en couverture (1970), précédé de "The Dark sight of the moon" et de son tube "Money (1973), ce disque-là faisait le lien avec les deux autres monuments que seront "Animals" (1977) et, bien plus encore, "The Wall" (1979), ultime perle du groupe.

Pour justifier cette nouvelle édition avec grand orchestre, le producteur se livre, dans une notice "english only", à un argumentaire un rien démago. Ce disque ayant accumulé d’innombrables distinctions de platine, d’or et de diamant, il était normal, se justifie-t-il, de lui donner une seconde vie puisqu’un diamant est éternel. Et comme le titre phare est "Shine on you crazy diamond"… Facile? Oui. Mais quoi qu’il en soit, la réalisation est à la hauteur.

Un sacré arrangeur

Pour adapter ce qui devait l’être, il fallait évidemment un arrangeur de talent. Celui qui s’imposait n’était autre que le chef néo-zélandais Peter Scholes, dont le nom n’est pas inconnu des amateurs pointus: dans les années1990, il avait déjà adapté Pink Floyd (et Led Zeppelin…) à la sauce du London Symphonic Orchestra. Restait à trouver les interprètes. Là aussi, grosses pointures, avec, on vous le donne en mille, Alice Cooper aux vocals dans "Wish you where here". C’est cependant, disons-le carrément, une évidente faute de goût dans un album pour le reste plus que sympathique. Car si le rocker au look vampire mascara – vous vous souvenez? – a conservé de la voix, la sienne tranche singulièrement, et désagréablement, avec l’ambiance ouatée et planante qui anime heureusement l’ensemble de l’album. Zappez sans regret les deux titres caviardés par Cooper.

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En revanche, savourez pleinement les six autres, qui jouent à plein la déclinaison symphonique. Les musiciens convoqués n’usurpent pas leur participation. Aux claviers, l’inusable Rick Wakeman, l’ancien de "Yes", se prélasse, cette fois, sur un Steinway, mais aussi sur des ondes Martenot, premier clavier électronique a voir vu le jour dans les années 1920. Ajoutons les remarquables bassiste Dave Fowler et guitariste Stephen McElroy, des "Australian Pink Floyd" (aussi vrais que les originaux), et l’on aura une idée de ce que peuvent offrir de joyeux sexagénaires lorsqu’ils s’éclatent en revisitant les classiques des autres.

Rien de tel dès lors pour rétablir l’équilibre de la pyramide des âges que d’inviter à la fête le London Orion Orchestra. Cet exellen ensemble est, en effet, formé par les jeunes fraîchement issus du Royal College of Music, "the" référence. Quant au studio, impossible évidemment d’échapper à ceux d’Abbey Road, que fréquentèrent les Pink Floyd en leur temps.

Que les puristes se rassurent donc et admettent que la rançon de la gloire, pour un musicien, est de voir son œuvre adaptée au fil des ans. Ne joue-t-on pas Bach au saxo, et fort joliment?

Au-delà des réserves exprimées, ce Pink Floyd revu et arrangé reste donc bel et bien du Pink Floyd, même s’il acquiert des sonorités nouvelles, notamment au niveau des percussions et des cordes. Mais cette adaptation ne tronque pas la vérité historique, tout au plus l’amplifie-t-elle, et ce n’est que justice. Pour se limiter à un seul exemple, la dimension symphonique du morceau phare "Shine on you crazy diamond" méritait vraiment d’être amplifiée, tant elle était déjà en germe dans la matrice originale. Ce sens de l’orchestration, cette résonance si particulière qui nourrirent le son Pink Floyd expliquent d’ailleurs la pérennité de leurs meilleurs morceaux et leur inscription au panthéon musical. Prochaine démonstration l’an prochain, avec une adaptation lyrique de "The Wall" par… l’opéra de Montréal.

Pink Floyd’s Wish You Where Here Symphonic

Note: 3/5

1 CD Decca

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