Deux grandes sopranes, en vrai, pour enchanter l'été

Albane Carrère entourée par le Quatuor Alfama. ©© Cyprès records

Albane Carrère, la Française, et Sarah Defrise, la Belge, en tête d’affiche d’un Festival Midis-Minimes amputé de moitié: on ne va pas bouder son plaisir!

Comme un fait du hasard, le Festival Midis-Minimes, sauvé in extremis de la crise sanitaire, donnera à voir et entendre, cet été, deux artistes lyriques qui se retrouveront, en septembre, sur la scène de La Monnaie, pour la création du premier opéra post-confinement – "Is this the end?", du compositeur belge Jean-Luc Fafchamps. L’une habite Lille, l’autre Forest. Toutes les deux, qui se connaissent depuis leurs études au Koninklijk Conservatorium Brussel, débordent d’énergie. Encore à la joie d’en finir (au moins temporairement) avec le virus, elles clament leur chance de renouer doublement avec l’actualité musicale.

La mezzo-soprano Albane Carrère ©Harcourt Studio

Albane Carrère

La mezzo-soprano française chantera Respighi, Puccini, Schubert et Fafchamps, avec le quatuor Alfama, le 2 juillet

Le monde est petit. Sur un CD qui reçut en 2019 une Octave de la musique, Albane Carrère accompagnait de sa voix lumineuse le quatuor belge Alfama dans un cycle de mélodies sublimes chantées en allemand. Celles-ci partaient d’authentiques lieder de Schubert et s’achevaient, à force d’arrangements, de réorchestrations et de transformations successifs, en pièces contemporaines signées… Jean-Luc Fafchamps. Un jeu d’enfant pour cette Française née à Vienne et débarquée à 4 ans à Bruxelles, avant de s’installer à Lille: "Joindre ma voix au quatuor, c’était comme lui ajouter une 5e corde."

C’est cette série qui sera mise à l’honneur aux Midis-Minimes. Quant à l’univers de Fafchamps, il lui sied si bien qu’à la rentrée, elle incarnera la "Femme", l’un des trois personnages clés du nouvel opéra commandé par La Monnaie. Depuis son rôle de Maria dans "La Mélodie du Bonheur" (au PBA de Charleroi, en 2009), la carrière d’Albane Carrère s’est envolée sur toutes les scènes internationales. Les mois derniers, le Covid-19 l’a privée d’une tournée au Japon, et d’innombrables autres concerts. Il nous la restitue deux fois cet été, et c’est un joli pied de nez.

La soprano Sarah Defrise ©Marie-Clémence David

Sarah Defrise

La soprano légère chantera dix mélodies de Jongen, avec Stephane Ginsburgh au piano, le 8 juillet

Arrivée à l’opéra par le théâtre – enfant pianiste, elle voulait avant tout devenir comédienne –, la jeune révélation du Festival de Gand 2017 Sarah Defrise, met surtout sa voix cristalline au service de deux causes ces derniers temps: d’abord dans l’apologie des mélodies de Joseph Jongen (1873-1953), compositeur liégeois méconnu qu’elle tient pour "le plus grand". Le concert aux Midis-Minimes constituera d’ailleurs la partie pratique de la défense publique de sa thèse consacrée au musicien avec un jury international qui suivra la performance en direct, à distance – aïe aïe.

"Mon type de voix très aigu m’attire souvent des rôles à la psychologie particulière."
Sarah Defrise
Chanteuse soprano

Ensuite dans le soutien passionné aux artistes que l’isolement forcé a privés de moyens d’existence, et qu’elle pousse désormais à s’affilier en fédérations. "Ce confinement a marqué le début de mon engagement politique", affirme celle qui chantait naguère avec le pianiste Stephane Ginsburgh, son compagnon, sur leur balcon forestois. Sa rencontre avec Fafchamps, qui remonte à quelques années, l’avait conduite à enregistrer pour lui quelques démos. Tombée en pleine débâcle sanitaire, l’offre de prendre part à la création à La Monnaie fut une surprise "inouïe". Sarah Defrise y jouera une ado en crise. "Mon type de voix très aigu m’attire souvent des rôles à la psychologie particulière", constate-t-elle. "Mais ça me va… J’ai gardé le contact avec mon âme d’enfant!"

Midis-Minimes 2020

Un festival mi-public, mi-streaming

Les prestations initiales sont réduites (21 concerts au lieu des 42 prévus), et les programmes purement vocaux, ainsi que ceux à grands effectifs, sont reportés à la saison prochaine, mais la cuvée 2020 des Midis-Minimes n’en perd pas pour autant son incomparable saveur. Après avoir revu sans fin leur copie, les organisateurs du plus sympathique festival estival bruxellois ont concocté un menu qui marie, cette année, les séances "en présentiel" (35 minutes de musique en continu au Conservatoire royal à 12 heures 15 tapantes, au prix de 5 euros l’entrée) et les diffusions en live sur leur site propre ou en différé sur celui de la RTBF Auvio. Simplement, cet été, les artistes ne joueront que deux ou trois midis par semaine, et devant un public dont la jauge aura été fortement rabotée: 150 spectateurs par représentation (avec réservation obligatoire en ligne) à la place des quelque 400 habituels – faudra pas traîner pour réserver!

Cette 34e édition du festival donnera donc à déguster, du 1er juillet au 27 août, une tablée éclectique (comme toujours), qui traverse les époques, les cultures et les univers sonores les plus variés.

Si elle mise essentiellement sur des interprètes résidant en Belgique – l’arrivée de leurs collègues étrangers restant très aléatoire –, cette 34e édition du festival donnera donc à déguster, du 1er juillet au 27 août, une tablée éclectique (comme toujours), qui traverse les époques, les cultures et les univers sonores les plus variés (de la comédie musicale au tango), en passant évidemment par les chefs-d’œuvre du répertoire classique.

À côté des deux superbes voix lyriques (Sarah Defrise et Albane Carrère, qu’accompagne le quatuor Alfama), les amateurs seront immanquablement tentés par un duo de harpes, un peu de Bernstein et de Piazzolla, et beaucoup de Beethoven (sous les coups d’archet de trois quatuors à cordes – les Taurus Quartet, Amôn et MP4). Sans oublier, parmi d’autres propositions alléchantes, les pianistes solistes Stephane Ginsburgh et Liebrecht Vanbeckevoort, et les trois jeunes pousses du Trio Aries, qui donneront leur version du fabuleux Trio n° 2 de Schubert – l’air fameux de Barry Lindon

Plus d’infos sur midis-minimes.be

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