interview

Eddy De Pretto: "J'ai grandi avec un iPod dans la poche"

©BELGAIMAGE

Il fait le lien entre le rap et la chanson française. Avec à peine quelques titres, il est devenu un phénomène incontournable. Mais c’est aujourd’hui qu’Eddy de Pretto sort "Cure", son premier album. Et c’est très fort! Note: 4/5

"Kid", "La fête de trop", "Ego", trois morceaux ont suffi à installer ce jeune homme au physique d’elfe moderne hyperconnecté en tête de liste des talents français à suivre. Au-delà du buzz, on découvre un auteur unique. Et touchant.

La pochette de votre album a été faite avec votre smartphone. Que ne faites-vous pas avec ce dernier?
Il y a des morceaux de piano que j’ai enregistrés à l’iPhone. Et le son du smartphone, un peu crade, j’avais envie de le retrouver sur l’album. Après, je n’écris pas tous mes textes sur l’iPhone, il m’arrive d’utiliser un cahier. Même si je l’utilise pour des idées et des débuts de mélodie. Je trouvais ça pertinent de faire cette pochette de cette façon. On y voit peu de choses par rapport à l’album, qui est très bavard.

Je ne raconte que mes histoires. Celles des autres m’intéressent peu.

Sur scène, vous vous produisez avec seulement un batteur. Comptez-vous poursuivre de la sorte?
Je ne sais pas. Il y en a qui font Bercy avec une guitare et une voix. Pour l’instant, ce minimalisme me plaît.

Vous êtes influencé tant par la chanson française des années 60-70 que par le rap. Souvent, vous citez Diam’s et Booba. Et donc, vous faites un mix de tout ça.
Oui, entre autre. Mais j’ai aussi étudié le jazz et le music-hall. Frank Sinatra, Etta James, Nina Simone, toutes ces grandes voix hyper lyrisantes. J’ai aussi écouté Adele, Selah Sue…

Vous savez, j’ai grandi avec un iPod dans la poche. Tous les soirs, je piratais plein de titres et je me faisais mes playlists. J’ai été hyper éclectique dans mes goûts. Le rap, c’était la musique qui passait en bas de chez moi. Chez ma mère, c’était la chanson. À l’école, énormément de comédies musicales et de jazz. Donc, j’ai eu un panel assez large.

Étiez-vous dans une école de musique?
Oui, à Paris 9e. ça a duré trois ans. J’ai fait ça quand j’étais jeune.

Et maintenant, vous êtes vieux?
Ben oui, on est vieux à 26 ans. (Rires.)

©RV DOC

Qu’est-ce qui vous a fait croire en vous?
Persuasion totale. Tout petit, j’avais l’envie folle d’y arriver. Je savais que j’arriverais à mes fins. Même si j’ai dû mener des batailles avec ma mère qui ne voulait pas du tout que je me dirige vers la musique. Et aussi avec mon père qui me voyait faire du foot ou de la mécanique. Moi, je voulais être dans la lumière, sur scène. Je chantais tout le temps. Je prenais l’halogène de ma mère, je le dirigeais vers moi et je me saisissais d’un peigne ou de la télécommande pour imiter le geste du micro en main.

Ces derniers mois, vous êtes devenu un phénomène médiatique. Est-ce cool?
L’engouement médiatique, c’est top, mais ce n’est pas une fin en soi. En France, les médias sont assez unanimes. Je suis pressé de voir l’accueil du public, parce qu’il ne connaît que les quatre titres de mon E.P. et pas encore ceux de l’album. Donc, je suis impatient. Ce ne sont pas les médias qui remplissent les salles.

Suivez-vous beaucoup de comptes sur Instagram?
Pas tant que ça, mais je trouve ça assez addictif. Et je pourrais passer ma journée à lire des mots d’amour qu’on m’envoie. Cela flatte énormément l’ego. J’ai écrit une chanson à ce sujet. Cela parle du risque de devenir dingue de soi. C’est vertigineux de se sentir aimé par de plus en plus de gens.

Ces réseaux sociaux vous mettent en contact direct avec votre public. C’est cela qui vous plaît?
Oui, en même temps, cela peut être dangereux parce qu’on se prend tout en pleine face. Le positif comme le négatif. Il y a une distance à mettre. Mais si non, c’est intéressant.

L’album s’appelle "Cure". Parce que c’est une bonne cure?
À vous de voir. J’ai choisi ce mot pour la consonance. Parce que ça écorche un peu l’oreille. Je ne me suis pas ménagé ou préservé en l’écrivant. Ce n’est pas un album qui m’a caressé dans le sens du poil. Il y a des gens qui viennent me trouver après des concerts et qui me disent que mes chansons les ont mis mal à l’aise. Parce qu’on ne dit plus des choses crues aujourd’hui.

Mais ce n’est pas que votre vie que vous racontez dans vos chansons ou si?
Je ne raconte que mes histoires. Celles des autres m’intéressent peu. J’ai une manière assez décomplexée de raconter mes vérités.

Vous avez aussi étudié le théâtre. Que vous a-t-il apporté?
L’aisance scénique, la diction, le travail du corps, le timbre de voix. Et beaucoup d’écoute. Aujourd’hui, je m’en sers. J’ai beaucoup travaillé le contact avec le public. J’étais très timide. Le théâtre m’a aidé à enfiler un costume de soie pour m’enlever toute gêne. Ce n’est pas schizophrénique, mais c’est une mise en condition.

Dans la chanson "Normal", vous mettez le doigt sur le problème.
Oui, il y a toujours quelqu’un qui n’est pas normal pour un autre. Cette chanson, c’est ma manière de répondre à une sorte d’intolérance que j’ai subie dans la rue.

En concert le 5 mai aux Nuits Botanique à Bruxelles, le 5 juillet aux Ardentes à Liège et le 25 août aux Solidarités à Namur.

Eddy de Pretto - Ego - LIVE

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