Eric Van Osselaer, l'homme qui fait chanter les carottes

©Carotte Quantique

Dans le cadre du Summer Stoemp du cinéma Nova qui explore le thème de la nourriture, Eric Van Osselaer, barde rigolard et champêtre du Hainaut occidental, proposera le fruit de ses recherches sonores. Une musique goûteuse!

Eric Van Osselaer ne craint pas les tomates, et le succès ne lui est pas monté à la tête au point d’en faire un melon: et si la soupe de légumes qu’il sert ne ressemble pas à Casse-Noisette, chez ce marchand de quatre saisons (de Vivaldi?), c’est toute une réflexion qui a mûri… Il sera en concert le 14 juillet dans le cadre du Summer Stoemp, où il jouera… du légume et du fruit.

ORGABITS / Eric Van Osselaer

Vous êtes un patate-physicien plutôt qu’un pataphysicien?

Je suis plutôt un artiste ryzomique (il rit).

Utilisez-vous des légumes de saison dans votre musique?

Oui. Ils changent selon les saisons et les lieux où je me produis. Très souvent, je reçois des légumes frais qui proviennent des endroits où je joue. Je préfère mettre en évidence des fruits et légumes qui sont cultivés sur place généralement: quand c’est la saison, je participe aux fêtes de la courge, notamment à celle d’Antoing qui se déroule en bordure de champs. J’y cueille les légumes pour ensuite faire le lien avec le lieu de culture en utilisant des parties de la plante pour fabriquer des instruments. Parmi ces courges, certaines vont continuer à tourner dans les concerts qui auront lieu jusqu’à la fin de l’année.

Ce sont donc des légumes de "conserve"?

"Avant d’entamer un projet public, j’ai passé une semaine à explorer le chicon, qui possède un chant tout à fait spécifique."
Eric Van Osselaer
Musicien potager

Pas vraiment, puisque le chicon a une durée de vie qui va d’une demi-seconde à quelques minutes. Auparavant, les flûtes-carottes connaissaient une longévité qui variait d’une à quelques heures. Actuellement, je les conserve dans des linges humides imbibés d’essence de clou de girofle. Selon la qualité des carottes, elles tiennent deux semaines, parfois trois. Quant à moi, je suis sans doute mithridatisé (rires)…

Comment définiriez-vous votre musique?

Une musique expérimentale de légumes au caractère vivant, éphémère, et du moment: je n’accorde plus mes instruments. Je fais une musique du jour, avec les instruments du jour…

La musique de légumes que vous servez, c’est donc un peu la soupe du jour?

Il y a de cela, mais en même temps je la sers en attirant l’attention sur comment les fruits et légumes frais sont un point de contact avec nombre d’autres choses, notamment la mémoire.

©Carotte Quantique

Vous arrive-t-il de prendre des tomates durant vos concerts?

J’ai effectivement participé à un événement tomates et concombres organisés par les producteurs à Bercy. Par ailleurs, il m’est déjà arrivé de prévoir des tomates bien mûres destinées au public s’il est turbulent. Mais je ne suis jamais passé à l’acte, de peur sans doute de recevoir en retour des boîtes de tomates pelées…

En tant que musicien potager vous arrive-t-il de vous produire avec de grosses légumes?

J’ai notamment participé à des festivals de jazz effectivement truffés de têtes d’affiche, comme Jacques Higelin. (rires)

Quel légume vous donne la pêche?

Le chicon! Avant d’entamer un projet public, j’ai passé une semaine à explorer ce légume qui possède un chant tout à fait spécifique. À mes yeux, c’est le violon des légumes!

Le fruit de votre passion?

S’agissant d’une musique forcément saisonnière, mes passions le sont aussi.

Vous mangez donc les instruments dont vous jouez?

Quand je fabrique des flûtes en carottes, je suis entouré de chutes. Quand je fore dans les cœurs, j’amoncelle de la carotte râpée. C’est un privilège extraordinaire que de les manger… Disons qu’il s’agit d’un projet alimentaire.

Vous jouez pour des prunes?

Quand je joue dans des lieux très commerciaux, je donne mes instruments tout en étant moi rémunéré. À la base, je suis un animateur culturel qui s’est retrouvé au chômage. Le projet fruits et légumes me permet de manger tout en nourrissant les autres. Pour que je puisse continuer, il faut faire en sorte que je ne sois pas trop dans le jus… sauf celui de carottes.

En concert le 14 juillet au Summer Stoemp du Nova, qui a lieu jusqu’au 21 juillet. www.nova-cinema.org. Accès public à "La cuisine de carotte quantique" et test des instruments le 13 juillet.

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