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Festival Courants d'airs | À fond la musique

L’ensemble Forticelli à Courants d’airs défendra le classique mâtiné de rock et de métal de Giovanni Sollima.

"Ils ont essayé de nous enterrer, sans savoir que nous étions des graines." En choisissant pour slogan ce proverbe mexicain, le festival Courants d’airs ne pouvait mieux souligner la détermination de ceux qui ont choisi le métier de la musique et des arts de la scène.

Initié au sein du Conservatoire royal de Bruxelles par la section Théâtre, élargi ensuite aux musiciens – la majorité des 650 étudiants, dont 75% d’étrangers –, Courants d’airs est une superbe vitrine pour des jeunes en fin de cursus, qui y présentent projets scéniques et concerts classiques ou non. Un malstrom d’inventivité barré par le Covid l’an passé, et qui renaît cette année en streaming via la chaîne YouTube du conservatoire. À la clé, une belle visibilité pour l’insertion dans le milieu professionnel, laquelle sera la première victime de cette année noire, bien davantage que la formation proprement dite.

Les écoles d’art ont effet un peu mieux tiré leur épingle du jeu comparé à d’autres filières supérieures. Frédéric de Roos, directeur du Conservatoire (francophone) de Bruxelles, confirme: "L’enseignement artistique ne peut se faire à distance. Les écoles d’art ont eu la chance de pouvoir conserver depuis septembre la plus grosse partie du présentiel individuel. Le travail collectif a été réparti en petits groupes, jusqu’au quatuor, mais on a hélas dû sacrifier l’orchestre et le chant."

"Même si certains étudiants souffrent, ils sont extrêmement accrochés."
Frédéric de Roos
Directeur du Conservatoire (francophone) de Bruxelles

Côté motivation, en tout cas, "même si certains étudiants souffrent, ils sont extrêmement accrochés", constate le directeur, titulaire de la classe de flûte à bec en musique ancienne. "On peut choisir de faire le droit deux mois avant de s’inscrire, mais le conservatoire est une décision prise parfois depuis l’enfance. Les étudiants musiciens semblent plus solides que beaucoup d’autres."

Archimotivés

Une motivation que confirme le violoncelliste Guy Danel. Pour ce professeur de musique de chambre, pédagogue passionné, la combattivité de ses étudiants a toujours été une réalité. "De plus, prendre son instrument et chanter une élégie peut être un bel exutoire en temps de crise", souligne-t-il. "Par rapport à d’autres étudiants complètement perdus, les musiciens se projettent en permanence dans leur art."

"Ne travailler que pour les examens est stressant, jouer devant du public est nettement plus porteur."
Marie Anthonioz
Violoncelliste en 2e master

Quant à la formation, elle ne devait pas trop en pâtir. Si la situation entraîne un réel problème social avec la suppression des jobs étudiants, "la réorganisation des apprentissages optimise aussi certaines pratiques", constate Danel. "J’ai même un quatuor qui prépare la 'Grande fugue' de Beethoven, car nous avons plus de temps."

Sans public

Un discours partagé du côté des étudiants, mais avec un regret: l’absence de prestations publiques. "Ne travailler que pour les examens est stressant, jouer devant du public est nettement plus porteur", résume Marie Anthonioz, violoncelliste en 2e master. "Le concert, c’est ce qui fait sens dans la vie d’un musicien. En être sevré, c’est perdre l’habitude du trac, de l’adrénaline, des mains un peu tremblantes. Mais ce n’est pas une année perdue car on a pu expérimenter la vraie vie." Avec en prime, dans le cas de Marie, "un cadeau de rêve: j’ai eu une dérogation pour monter mon ensemble de huit violoncelles, Forticelli, qui interprètera à Courants d’airs des œuvres de Giovanni Sollima!"

"Je dis à mes étudiants: soyez des autoentrepreneurs, prenez quatre chaises et quatre pupitres, faites-vous entendre et offrez une nouvelle image de la diffusion de la musique classique."
Guy Danel
Violoncelliste et professeur de musique de chambre

Étudiante en art dramatique au Conservatoire de Mons, Fanny Bonifait abonde dans le même sens, entre satisfaction et amertume. "On a bien bossé en bulles. Mais si l’école est un cocon propice aux expérimentations, c’est sur le terrain que tout s’apprend. Or, les représentations, interdites, sont essentielles pour nous former." Dès lors, même en streaming, le festival Courants d’airs offre une belle opportunité: "Pour monter la pièce pour enfants que j’ai écrite, 'Basse-cour', nous avons dû nous garder le rythme!" Le thème est d’actualité, qui raconte "la mission de trois jeunes partis récupérer un carnet dans lequel il y a tout l’imaginaire du monde, malmené par ces mesures qui nous rendent timbrés!"

Lendemains douloureux

Et de l’imagination, il va en falloir pour nos futurs diplômés de conservatoires car l’onde de choc n’en est qu’à ses débuts. "Sans être bouché, l’avenir est assez sombre et semble même encore plus difficile même pour les étudiants en théâtre aux vocations parfois plus récentes", confirme Frédéric de Roos. Galère en vue? Très engagé avec son épouse dans son association Chamber music for Europe qui promeut les jeunes sortis du conservatoire, Guy Danel ne se fait pas d’illusions: "Quand les activités redémarreront, les salles et les festivals reprendront la programmation 2020 non diffusée." Pas question de désespérer pour autant. "Comme dans toute grande crise, certains en ressortent plus forts. Je crois en leur force. Qu’ils en fassent un atout pour investir l’espace public avec de nouvelles propositions, comme l’été dernier avec la ville de Bruxelles. Beaucoup de communes sont en demande de petits événements." Un message? "Je dis à mes étudiants: soyez des autoentrepreneurs, prenez quatre chaises et quatre pupitres, faites-vous entendre et offrez une nouvelle image de la diffusion de la musique classique. Différente, plus audacieuse. Il y a un public à découvrir!"

Courants d’airs - 23 projets du 21 avril au 2 mai - Inscription gratuite via production@conservatoire.be

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