Publicité

Festival de Musiq'3 - Vassilena Serafimova et la folie Marimba

©Fany Greìgoire

Classique | Révélation 2017 et tête d’affiche de l’édition 2018 du festival de Musiq’3, la Bulgare Vassilena Serafimova révèle la vogue du marimba.

> 29/6 (21h) Flagey: "Autour de Bach", récital par Vassilena Serafimova (marimba) et Thomas Enhco (piano), le 29/6 (21h)

Marimba ©DOC

Difficile de le rater: avec ses cinq octaves de lattes de palissandre alignées tel un clavier pour géant et, par-dessous, sa vague ondulante de tubulures métalliques résonantes, le marimba n’est pas le genre d’instrument qu’on trimballe sur le dos. Mastodonte diffuseur de sons très étranges – aquatiques, organiques, inquiétants, enveloppants… –, il impose sa carrure et son originalité dans les salles de spectacle, de plus en plus nombreuses à vouloir le programmer: des récitals solos aux productions d’opéra (comme dans le récent "Pinocchio" de Philippe Boesmans, à La Monnaie), le grand cousin grave du xylophone (qu’il est en passe de supplanter) a la cote. Ainsi que, désormais, ses festivals et compétitions internationales, venus consolider une vogue naissante, et son inscription, en 2015, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité – via les exécutions des musiciens équatoriens et mexicains, habiles dompteurs de la bête, de longue date…

C’est peut-être là la première qualité de l’engin: inspirer des univers bizarres, proprement inouïs.

Sauf Darius Milhaud, qui lui a consacré un concerto en 1947, et Steve Reich, qui l’a souvent inclus dans ses compositions minimalistes, rares sont pourtant les maestros occidentaux du XXe siècle à l’avoir mis à l’honneur. Si ses drôles de vibrations ont émaillé, dans les sixties, quelques tubes des Rolling Stones, le marimba compte, de nos jours, encore relativement peu d’interprètes (même si les classes de percussion des conservatoires s’étoffent) et un répertoire finalement assez maigre. "C’est normal, l’instrument n’a pas cent ans! Mais ça bouge, puisque le public et les compositeurs contemporains lui témoignent un engouement croissant!" Vassilena Serafimova, 32 ans, a forcément pris la mesure du changement.

Chloé invite Vassilena Serafimova "Balani" #SessionUnik

Éviter le kitsch

Pour la seconde année consécutive, l’aérienne joueuse bulgare qui va nus pieds (et scotche divers petits objets sur son clavier – "de la monnaie, des chaînes, des papiers… c’est amusant, et ça transforme le son", confie-t-elle, en roulant adorablement les "r") martèlera à nouveau ses soixante lames de bois, dans le cadre du Festival Musiq’3. Avec le jazzman Thomas Enhco, 29 ans, qui l’accompagne au piano depuis presque une décennie, pour des duos explosifs qui font le tour du monde, elle a choisi d’accommoder Bach.

Un singulier sentiment de danger imminent, presque une impression de cauchemar… qui n’est, sans doute, propre qu’à celui qui écoute. Telle est la magie marimba.

Formée à la Juilliard School de New York, ex-violoniste issue de parents professeurs de musique ("J’ai commencé la percussion… en cachette"), Vassilena Serafimova a l’intelligence de croire que tout ne convient pas au marimba: "On ne peut pas transposer aveuglément. Les pièces baroques s’adaptent super bien; les morceaux romantiques, nettement moins: le marimba leur donne un goût un peu trop… typique." Comprenez: affreusement kitsch.

À l’œil et à l’ouïe, les deux solistes réfléchissent donc beaucoup, ensemble, avant d’arranger les opus. Des tentatives sur du Chopin n’ont rien donné de bon. "Musicalement, on n’assumait pas, admet la percussionniste. En fait, on a beaucoup essayé, puis abandonné des tas de choses: Schuman, Brahms… restent trop chargés en notes. Au piano, c’est magnifique, mais avec quatre baguettes, ça n’allait pas."

L’Afrique de Steve Reich

Kuniko Kato a adapté la partition de "Drumming" composée par Steve Reich, avec l'accord du maître. ©rv

Autre interprète, autre style. Dans l’obscurité quasi totale d’un vieux château d’eau situé au bois de la Cambre, à Bruxelles, la marimbiste japonaise Kuniko Kato offrait un concert musclé et méticuleux, fin mai, en préambule à la sortie, cet automne, de son 5e album studio (Outhere Music/Linn Records), "Drumming", d’après le chef-d’œuvre de Steve Reich qui y intégrait les sonorités solaires du marimba, ramenées d’un voyage en Afrique en 1970. Kuniko Kato en a transposé la partition, avec l’accord du maître. À l’écoute, l’air se remplit des bruits lancinants produits par les frappes métronomiques, techniquement irréprochables de cette artiste élégante et dansante, comme montée sur ressorts, et formée à Tokyo par la doyenne du marimba Keiko Abe, une légende vivante (81 ans!) capable de manier six maillets à la fois. Mélangés aux autres instruments de percussion, nés des coups de boules de laine tressée assénés par une musicienne martiale, les timbres du marimba prennent tour à tour des teintes déroutantes.

Le 2e mouvement de "Drumming" par Steve Reich est entièrement dédié au marimba

Mais c’est peut-être là la première qualité de l’engin: inspirer des univers bizarres, proprement inouïs. L’hiver dernier, le centre Henri Pousseur, à Liège, organisait un "Festival d’Images sonores" portant bien son nom. Dans "Passacaille" (2005), une pièce pour marimba et électronique écrite par Pierre Bartholomée et interprétée par David Coppée, 22 ans, des échos projetés en direct, transformés et relayés par un dispositif informatique, suggéraient autant les sonnettes de vélo, les échos marins, les forges, les robots que les grognements d’animaux. Un singulier sentiment de danger imminent, presque une impression de cauchemar… qui n’est, sans doute, propre qu’à celui qui écoute. Telle est la magie marimba. "Depuis vingt ans que je pratique l’instrument, ces sons m’ont sans cesse paru très zen, très chauds et aussi doux que du coton, estime Vassilena Serafimova. J’en oublie que je joue. C’est une sensation étrange, parce qu’après tout, c’est quand même du bois sur lequel on frappe…" Et pas toujours tendrement.

29/6 (21h) Flagey: "Autour de Bach", récital par Vassilena Serafimova (marimba) et Thomas Enhco (piano), le 29/6 (21h)

Dilmano, Dilbero - Variations on a Bulgarian folk song


Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés