Foals: "Nous avons souhaité nous perdre comme dans une forêt"

Deux albums en six mois pour Foals, issus de la même session en studio. ©Photo News

Yannis Philippakis et Jimmy Smith, du groupe Foals, évoquent leur nouvel album, intense et puissant.

Ceux qui ont décidé d’enterrer le rock à guitares n’ont jamais vu Foals en live. Affirmer que ça enthousiasme, c’est peu dire. Quelques heures avant la folie Foals, on a eu la chance d’échanger quelques idées avec le charismatique Yannis Philippakis, chanteur et leader, et le très cool Jimmy Smith, guitariste. Un tandem très conscientisé par les enjeux climatiques et prêt à former une sorte de Band Aid pour sauver la planète.

Si vous avez choisi de scinder "Everything Not Saved Will Be Lost" en deux parties, la première sortie au printemps et la seconde ce vendredi, est-ce parce qu’aujourd’hui dans l’industrie du disque, plus personne n’a le courage de sortir de double album?

Jimmy Smith: Lorsque nous étions en studio, nous n’avions pas une idée arrêtée de ce que cela deviendrait à la fin. Nous avons intentionnellement souhaité nous perdre comme dans une forêt. Et quand nous avons réalisé ce que nous avions accompli, nous avons discuté ensemble de la meilleure manière de communiquer cela à l’extérieur. Et nous avons perçu deux caractères distincts à ces chansons et c’est là que nous nous sommes dits que cela ferait deux albums et non un. Il y avait aussi quelque chose avec la longueur des morceaux, certains étant très longs. Du coup, c’était mieux proportionné de présenter deux albums. Chacun d’eux recevant plus d’attention de la part de l’auditeur qui comprendra mieux les chansons et se laissera séduire par elles.

"Je ne crois sincèrement pas que quelqu’un pourrait vraiment digérer en une fois les vingt chansons que nous avons faites."

Je ne crois sincèrement pas que quelqu’un pourrait vraiment digérer en une fois les vingt chansons que nous avons faites. Et puis, cela convenait bien à notre tournée. C’est-à-dire que pour notre propre santé d’esprit, nous partons en tournée avec du sang neuf. Et bien sûr, cela s’accorde avec la manière dont la musique est consommée aujourd’hui. Cela permet de garder les choses vivantes dans un monde où tout est vite consommé.

Diriez-vous que la seconde partie possède la même vibe que la première?

Yannis Philippakis: Non, elle est plus lourde, plus puissante parce qu’il y a, par exemple, plus de guitares. Au niveau des textes, on la trouve assez similaire bien que ce soit des chansons plus personnelles. Le premier opus est plus texturé, plus dansable et plus expérimental.

Foals - The Runner

Vous avez déclaré que cet album était un album rouge. Que vouliez-vous signifier par là?

Y. P.: Si vous considérez nos précédents albums, ils proposent tous une palette de couleurs. "Total Life Forever" était, par exemple, un album bleu et en réponse à cela, sa pochette était bleue et cette couleur prédominait également dans les clips. La couleur, ça va aussi avec le paysage visuel que l’on veut dépeindre.

Il semble, lorsqu’on écoute cet album, que vous soyez désabusés par la marche du monde. Cela vous rend tristes et déprimés?

Y. P.: Oui, c’est exact, en même temps, on n’est pas complètement désespérés non plus. On a encore du fun. Dans les textes, on comprend que cela ne sert pas à grand-chose d’être fataliste. Je voulais que les chansons reflètent le degré d’anxiété qui colle à cette époque et qu’elles ressemblent à un artefact vivant.

Foals, "Everything Not Saved Will Be Lost Part 2" - Warner music. Note: 4/5. ©doc

On a choisi une musique qui pouvait supporter le poids de certains textes moroses ou mélancoliques. Il fallait un équilibre entre les deux pour que cela reste agréable. Beaucoup de gens n’écoutent pas les paroles aussi voulions-nous proposer quelque chose d’attrayant.

Yannis, le fait que vous ayez des origines grecques influence-t-il votre approche de la musique?

Y. P.: Je suis Grec du côté de mon père et j’ai vécu là-bas les premières années de ma vie. Et j’y retourne régulièrement. Alors, oui, cela me touche. J’écoute souvent de la musique grecque. Ma mère était professeure en Grèce et toute ma vie a été imprégnée par cette culture.

A votre avis, quelle est la plus grande urgence dans le monde aujourd’hui?

Y. P.: Ce qui me rend le plus triste, c’est la disparation de la vie sauvage, de la faune marine et les énormes dégâts que l’on cause à la nature. J’ai toujours aimé les documentaires de David Attenborough qui permettait de découvrir la richesse du royaume naturel. Et le fait que nous, les humains détruisions cela me révolte.

Vous créditez d’ailleurs David Attenborough sur cet album.

J. S.: Il est mon héros!

Soutenez-vous certaines associations de défense de la nature?

J. S.: Greenpeace, Sea Shepherd.

Y. P.: Nous avons un calculateur des miles que nous avons parcourus en tournée et la quantité de CO2 émise par nos déplacements en avion. Et nous versons une somme proportionnelle à des actions de reforestation.

Les artistes tels que vous ne pourraient-ils pas imaginer une sorte de Band Aid, comme en 1985, pour l’urgence climatique?

Y. P.: Oui, nous avons besoin d’un nouveau Bob Geldof!

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