Gilmour franchit le mur du son

©Kevin Westenberg

Dix mois après "The Endless River", annoncé comme la dernière œuvre de Pink Floyd, la voix et la guitare du groupe, David Gilmour, publie son quatrième album solo, "Rattle That Lock". Un disque inégal, mais parsemé d’éclats du génie passé.

Refuser le bruit qui monte. Dénoncer le spectacle. Cracher sur les premiers rangs. Saluer. Quitter la scène. Descendre en soi-même... Ils étaient cinq, ils ne sont plus que trois. Et l’espoir de voir à nouveau les Pink Floyd sur scène s’est définitivement envolé avec le décès du claviériste Rick Wright en 2008, deux ans après celui du fondateur Syd Barrett, trop tôt abîmé par les drogues.

Près d’un an après le chapitre final, le son des Floyd revit, grâce au guitariste David Gilmour. Aux commandes de sa Stratocaster noire, Gilmour, qui a toujours su s’entourer des plus fines gâchettes du rock, est à son tour entré en studio pour graver "Rattle that lock", son quatrième opus solo.

Avec son effet sonar, son groove quasi minéral, son légendaire pont de guitare, Gilmour reprend sa formule magique.

Neuf ans après le très convaincant "On An Island", on retrouve le même noyau dur composé de Phil Manzarena (ex-guitare de Roxy Music), Jon Carin (claviers), Guy Pratt (basse), Steve DiStanislao (batterie), Roger Eno (frère de Brian), Robert Wyatt, Crosby et Nash et Polly Sampson, épouse de Gilmour, qui a écrit une grande partie des textes.

David Gilmour - Rattle That Lock

L’œuvre démarre sur du velours. Un instrumental planant, des nappes de clavier, un chapelet de notes de guitare cristallines... Pas de doute, le son de "5 A.M." vient bien d’ailleurs, et s’avère pourtant familier. C’est dire le choc quand il est interrompu par le fameux jingle de la SNCF qui introduit "Rattle that lock", rengaine enlevée de rock and soul. Gilmour a "flashé" en attendant le train à Aix-en-Provence. "Il m’a raconté que, lorsqu’il l’avait entendu pour la première fois, il avait ressenti un choc", explique Michaël Boumendil, auteur de ce "do-sol-la bémol-mi bémol" et designer sonore pour Samsung et Renault.

Tam-ta-da-dam

©Kevin Westenberg

Heureusement, Gilmour transcende l’encart publicitaire en une invitation au voyage. Fil rouge d’un album qui, hormis les toujours exquis solos de guitare, alterne le superbe ("A boat lies waiting", une ode à l’absence, celle du mésestimé Rick Wright), l’insipide (la valse "Faces Of Stones"), le kitsch (le swing enfumé de "The Girl in the yellow dress") et l’anti-conformisme (le funky-prog "Today").

Réussite de l’album: "In Any Tongue", qui marie la guitare de Gilmour et le piano joué par son fils Gabriel. Avec cette attention aux mots, cette précision dans l’expression qui, au milieu du maquis, des cigales et des ronces, fait entendre ce qui gronde dans les entrailles, l’effort de guerre, le bruit du monde qui s’écroule.

Après plus de quatre cents millions d’albums vendus avec le Floyd, et à bientôt 70ans, David Gilmour fait comprendre qu’il n’a plus rien à prouver et que son seul souhait, désormais, est de se faire plaisir. Même en broyant du noir... La lumière, elle, s’infiltre en douce. Par les interstices musicaux. Avec son effet sonar, son groove quasi minéral, son légendaire pont de guitare, Gilmour reprend sa formule magique. De l’immense "Beauty", jusqu’à la déchirante supplique de "And Then...", il n’a jamais aussi bien joué. C’est beau, instructif et étrange. C’est du son qui passe et marche à l’onde. C’est pas Pompéi, ni sonore et dégomme. C’est la vie après le Floyd, l’adulte qui franchit le mur du son.

"Rattle That Lock", de David Gilmour (Columbia/Sony)

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés