interview

HollySiz: "C'est un projet plus indé que pop"

©Dimitri Coste

Dans la famille Cassel, on demande Cécile. Fille de Jean-Pierre, sœur de Vincent, Cécile s’est inventé un double pop nommé HollySiz. Son deuxième album, organique avec une touche soul, vient de sortir.

En France, on la considère comme une artiste internationale parce qu’elle chante en anglais. Pourtant, Cécile/HollySiz est bien française. Mais une Française qui bouge. Déjà, elle est passée du cinéma à la musique. Elle a tourné des films d’époque comme "Barberousse, l’empereur de la mort", mais aussi des films d’auteurs comme "Les amours d’Astrée et de Céladon", de Rohmer. Et souvent, elle a joué en Belgique d’où sa passion pour le craquelin… Mais c’est avec HollySiz – son double pop – que Cécile Cassel a conquis un large public.

"Rather Than Talking", ce deuxième album, arrive après le succès du précédent et de la tournée. A-t-il été conçu dans la confiance?
(Rires). Tellement pas! J’ai encore plus douté sur celui-ci. En fait, sur un premier album, on n’a rien à perdre puisqu’on se dit que personne ne nous écoutera jamais. Donc, j’avais écrit pour moi. Et pour ce deuxième album, j’ai essayé de retrouver cette candeur et cette spontanéité. Tout en sachant qu’entre les prémices du premier et celui-ci, dix ans se sont écoulés et j’ai forcément changé.

HollySiz - Rather Than Talking (Clip officiel)

L’enregistrement s’est fait à Paris mais la conception et l’écriture se sont déroulées à l’étranger.
Oui, dans une valise. Beaucoup à New York et à Cuba. Pour me ressourcer et puis, vivre. Mon seul luxe, c’est de prendre du temps.

À New York, vous avez collaboré avec Luke Jenner du groupe rock The Rapture et à Cuba, avec des vocalistes de rue.
À Cuba, les gens ont un lien particulier avec la musique. Dans leur façon de se mouvoir, on note quelque chose de délié et de mélancolique. Cela m’a très fort touchée parce que longtemps, je me suis plus facilement exprimée avec mon corps. Petite, je voulais être danseuse. Mais je n’étais pas vraiment faite pour intégrer l’Opéra de Paris. C’est très difficile de s’y exprimer pleinement et personnellement, car le cadre y est fort rigide.

"Moi, j’ai eu besoin de faire tout un parcours pour, finalement, m’autoriser à chanter de la soul."

Dans la famille Cassel, il y a ce goût pour l’expression corporelle. Votre frère Vincent possède une démarche de danseur. Et vous-même, vous avez conservé beaucoup de la gestuelle des ballerines.
Cela dit beaucoup des gens, leur manière de marcher et de se tenir. Parfois, cela parle plus qu’un C.V. ou que des mots. C’est la manière dont on se présente au monde.

HollySiz

"Rather Than Talking"

Note: 3/5

1 CD Warner Music

En concert le 25 août au Festival des Solidarités, à Namur.

Avec votre voix, vous pourriez chanter de la soul et du r’n’b beaucoup plus que vous ne le faites.
C’est la musique qui a baigné mon enfance. Quelqu’un comme Amy Winehouse n’a pas attendu d’avoir la soul qu’elle portait pour la chanter. Moi, j’ai eu besoin de faire tout un parcours pour, finalement, m’autoriser à chanter de la soul. Je sens que je tends vers ça. Je ne sais pas, si je continue à faire ce métier à cinquante ou soixante ans, si j’aurai encore envie de mettre un short et de sauter partout sur scène. Déjà, je n’ai plus très envie de porter un short! (Rires)

Et Tina Turner?
Extraordinaire! Et Cyd Charisse qui a défilé à quatre-vingts ans. Alors, je retire ce que j’ai dit. Sans pour autant me comparer à de tels phénomènes. Quand je vois Annie Lennox aujourd’hui, je lui trouve aussi une grande élégance. Et elle aussi s’est dirigée vers la soul. Mais je suis contente que vous me parliez de ça car, le plus souvent, les gens évoquent l’électro alors que ce disque est plus organique que le premier.

Mais vous, dans votre vie, vous vous sentez pop?
Ce qui me rapproche de la pop, ce sont les icônes avec lesquelles j’ai grandi. Leurs chansons étaient structurées de telle manière qu’elles puissent passer en radio. Et aussi que l’on ne pouvait pas dissocier, chez elles, l’image et la musique. Chez Michael Jackson, devenir le King of Pop, c’était presque un combat racial car la pop était réservée jusque-là aux Blancs. Pourtant, lorsqu’on réécoute ses chansons, ce sont des chansons de r’n’b, de soul et même de hip-hop avant l’heure. La pop, c’est la musique populaire qui touche les gens et pas un gros mot. Je suis pop dans le sens où je ne dissocie pas l’image de la musique. En revanche, c’est un projet totalement indépendant. Donc, plus indé que pop. Ce que j’aime dans la musique, c’est de pouvoir créer à plusieurs comme je l’ai fait avec Luke Jenner mais aussi avec Yodelice et Adrien Gallo des BB Brunes. Et cela doit rester de l’artisanat.

©rv

Le titre de l’album, "Rather Than Talking" sous-entend-il que, plutôt que les mots, ce sont les actes qui importent?
Je pense qu’aujourd’hui, on est plus dans la ou les réactions que dans l’action. On commente beaucoup un peu tout. Réfléchir et prendre du recul, c’est bien. Réagir sur tout et rien tout le temps ne donne pas que du bon.

Et donc, votre album n’est pas politique?
Malgré lui, oui. Le fait que je sois une femme, que je crée et m’exprime, c’est déjà un acte politique. Et plus je voyage, plus j’apprécie d’être française pour la liberté que j’ai de pouvoir m’exprimer. J’ai, du reste, participé à la Marche des Femmes. Mais maintenant, j’attends qu’on prenne des mesures en faveur de l’égalité, notamment salariale. En tout cas, cela m’a fait prendre conscience que tous ces droits des femmes n’étaient pas acquis. À tout moment, on peut régresser.

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