Ian Paice: "La pneumonie m’a empêché de devenir chanteur"

Jouer avec des tribute bands permet à Ian Paice de continuer à s’entrainer sur scène et garder son niveau d’excellent batteur! ©WireImage

Aux baguettes au sein de Deep Purple depuis plus de cinquante ans, Ian Paice, batteur de légende, revient sur son parcours à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe.

Batteur légendaire de Deep Purple, le modeste Ian Paice est derrière les fûts du groupe depuis plus de cinquante ans. Rencontre à l’occasion de la sortie de "Whoosh!". Le nouvel album du groupe, avec celui qui, de son instrument enseigne désormais l’abc… même après un AVC.

Jouissez-vous d’un statut particulier en tant que dernier membre originel de Deep Purple?

Si seulement c’était vrai! (rires) Mais vous savez, même si j’étais là depuis le début, Roger Glover et Ian Gillan sont arrivés à peine quinze mois après moi: ils jouissent donc virtuellement de la même préséance. J’ajoute que la musique de Deep Purple première mouture était si différente de la suivante, qu’il faut sans doute parler d’un autre groupe. C’était un nouveau début: je ne crois pas dès lors disposer d’une expérience plus grande que les autres, sauf peut-être en comparaison de Steve Morse et Don Airey qui nous ont rejoints entre guillemets récemment (près de vingt-cinq et vingt ans de présence, NDLA). Enfin, tout est relatif (il rit).

Rock

"Whoosh!"

 ♥ ♥ ♥

Deep Purple

V2

Le vétéran Bob Ezrin (connu pour avoir travaillé avec Kiss notamment) est votre producteur depuis quelques albums. Apporte-t-il une sorte d’équilibre dans la production?

Il apporte de la lucidité (rires). Si vous laissez des musiciens agir seuls en studios, ils veulent toujours refaire une prise, en croyant qu’elle sera meilleure. Tandis que Bob nous en laisse faire 3 ou 4, avant de trancher en disant "c’est bon j’ai celle qu’il me faut. Vous ne ferez pas mieux". Et c’est vrai: refaites un morceau vingt fois, il sera sans doute plus correctement exécuté… mais le résultat sera pire: il ne contiendra aucune excitation, vie ou invention. Vous ne créez plus rien: vous tentez simplement de faire ce que vous avez déjà fait; cet album a été réalisé rapidement, et c’était nécessaire: vous n’avez pas le temps de vous ennuyer sur une chanson. Je crois que durant nos enregistrements avec Bob Ezrin, la période la plus longue durant laquelle je suis resté en studio pour enregistrer la batterie c’est dix jours, sur "Infinite". Dans le cas de "Whoosh!", huit jours ont suffi… Ensuite, je rentre chez moi, je bois une bière, et je ne veux plus rien savoir ou entendre tant que le disque n’est pas fini. Je n’ai pas envie de traîner pour voir ou écouter les autres enregistrer leur partie.

"La batterie et la basse posent les fondations qui permettent à la mélodie et aux autres instruments de se libérer, ce qui est également vrai dans le rock."

Ritchie Blackmore a déclaré un jour que vous étiez le moteur du groupe…

Si vous disposez d’un batteur plutôt correct dans un groupe, ce dernier a des chances d’être bon. C’est vrai depuis le début du jazz au début du XXe siècle. La batterie et la basse posent les fondations qui permettent à la mélodie et aux autres instruments de se libérer, ce qui est également vrai dans le rock.

Le nouvel album de Deep Purple, "Woosh!"

Votre AVC a-t-il changé votre manière de jouer?

Non, car ce fut vraiment une alerte mineure. J’ai eu beaucoup de chance, ayant été soigné rapidement: il ne m’a fallu que deux semaines pour récupérer. Depuis, je prends quatre pilules chaque jour pour la tension artérielle et la fluidité de mon sang. Apparemment, c’est la loterie et il semblerait que j’ai gagné. Est-ce à nouveau complètement normal? Non, quatre ans plus tard, si mes mains fonctionnent toujours, le petit doigt de ma main droite est constamment à moitié endormi. Mais bon, je ne l’utilise pas vraiment lorsque je joue (rires). C’est juste un peu ennuyeux, mais je m’estime heureux que tout le reste fonctionne.

Donc vous jouez toujours "Speed King" et "Fireball"?

Bien sûr! Ces morceaux ne sont pas compliqués. Dans le cas de "Fireball", je dois m’échiner à imiter le rythme du riff de guitare. Quant à "Speed King", il s’agit juste de jouer vite, en espérant ne pas tomber de mon tabouret… (rires)

La légende voudrait que "Speed King" soit une référence à votre façon de jouer, notamment votre fameux roulement à une seule main… Est-ce exact ou s’agit-il simplement d’un hommage à Little Richard?

Disons qu’il y a un peu de tout. Mais les phrases de la chanson sont un mélange d’extraits de rocks pionniers, une sorte d’hommage aux premiers rockers… plutôt qu’à moi.

"Throw My Bones", Deep Purple

La pneumonie dont vous avez été victime à l’âge de six ans, a-t-elle déterminé votre choix de jouer de la batterie?

Non. Elle m’a seulement empêché de devenir un jour chanteur. Car comme il me manque un morceau du poumon gauche que j’ai perdu à cause de cette maladie, je ne peux tenir la note, même si je pense chanter plus que décemment. Ceci étant, la batterie n’est pas exactement facile physiquement. Le chanteur et le batteur sont les deux membres du groupe qui travaillent dur, les autres bénéficiant souvent de quelques pauses.

"Si vous choisissez n’importe quel morceau des Beatles, du début, du milieu ou de la fin, le jeu de batterie y est simplement parfait. Donc, si quelqu’un me compare à Ringo, je suis très flatté."

Pourtant, physiquement aujourd’hui, vous ressemblez à Elton John…

(Rires) Je rêverais d’être aussi riche que lui!

Steve Morse, guitariste actuel de Deep Purple, vous décrit comme un Heavy Ringo…

C’est un très beau compliment et je le dis avec toute l’honnêteté du monde. Si vous choisissez n’importe quel morceau des Beatles, du début, du milieu ou de la fin, le jeu de batterie y est simplement parfait. Donc, si quelqu’un me compare à Ringo, je suis très flatté.

"Man Alive", Deep Purple

Quel est pour vous le meilleur batteur de l’histoire du rock? A part vous-même bien sûr.

Difficile à dire. Parlons plutôt en termes d’apports… Dans les années cinquante, le batteur de Little Richard, Earl Palmer; ensuite Mitch Mitchell du Jimi Hendrix Experience, Ginger Baker de Cream, John Bonham de Led Zeppelin ou Carmine Appice de Vanilla Fudge. Il y avait aussi d’excellents batteurs en jazz, bien que nous n’utilisons pas leur technique, à part quelques éléments, dans le rock. Je pense notamment à Buddy Rich, Tony Williams. Ils ont apporté quelque chose de différent comme Al Jackson, batteur soul de Booker T. and the M.G.’s. Je conseille souvent aux jeunes d’essayer d’écouter ces types; et même si la musique ne vous plait pas, entendez ce que fait le batteur: car vous apprendrez non pas un truc… mais des tonnes!

"Le rock comme nous l’entendons fut d’abord une musique de Blancs."

Pourquoi y a-t-il aussi peu de batteurs noirs dans le rock au contraire du jazz?

Tout de même! Will Calhoun de Living Colour est un excellent batteur, doublé d’un type formidable. Les batteurs de couleur sont souvent influencés dans leur jeunesse par la musique d’inspiration afro-américaine. Le rock comme nous l’entendons fut d’abord une musique de Blancs.

Vous vous occupez d’une Drummer Clinic, ce qui est synonyme de transmission de votre technique à de plus jeunes?

Durant ces sessions, je ne joue pas énormément. Par contre, je parle beaucoup, expliquant la technique, donnant des conseils. Je détourne les jeunes des éléments superflus, afin qu’ils se concentrent sur l’essentiel. C’est en effet de la transmission: cela ne me coûte rien et cela peut aider ces kids. Les êtres humains sont conçus pour passer leurs connaissances aux générations qui les suivent. C’est juste logique: "Little Johnny, ne mets pas tes doigts dans la prise…" Quelqu’un doit juste lui expliquer. (rires)

Vous aimez jouer avec des tribute bands comme Purpendicular l’an dernier, qui est passé à Ittre! Est-ce comme un élixir de jeunesse pour vous, cela vous offre-t-il une respiration par rapport au groupe ou s’agirait-il d’un défi?

Je suis un autodidacte: j’aime jouer de la façon dont je le faisais gamin. Mais je comprends aussi que pour maintenir le niveau que j’exige de moi-même, il faut que je sois sur scène, pour pratiquer. Dès lors, dès que je peux, je vais jouer avec mes amis de ces tribute bands, afin de garder mon aptitude à niveau. Je ne peux arriver sur scène au premier concert de Deep Purple et être à mon niveau, si je ne me suis pas entraîné sur scène précédemment. Je vais d’ailleurs sans doute rejoindre Purpendicular à la fin de l’année, sinon je n’aurais pas joué sur scène durant un an! Et je ne peux pas me le permettre: la marge est ténue entre un batteur qui est OK et un autre qui est excellent. Je perds ces deux trois pour cent si je ne me produis pas sur scène. Je ne participe pas à ces projets par générosité, mais par égoïsme pur! (il rit)

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