Isabelle Bodson, directrice des Festivals de Wallonie: "Se réinventer est au cœur de nos métiers"

Isabelle Bodson se dit agacée face à l’impératif de réinvention qu’on tente d’imposer aux artistes. ©CPROD

Alors que les 4 festivals d’été ont dû être annulés, les 3 d’automne sont maintenus dans des conditions inédites: rencontre avec Isabelle Bodson, directrice des Festivals de Wallonie.

Directrice des Festivals de Wallonie depuis 2016, Isabelle Bodson tient le cap dans la tourmente, considérant avec philosophie la crise que subit la culture comme une école de la patience, de la souplesse et du détachement. Un festival comme celui qu’elle dirige représente de multiples défis: s’étendant sur un territoire constitué de plusieurs provinces et communes, il représente un fameux casse-tête administratif mais laisse aussi un peu d’espoir quant à l’assouplissement des mesures – comme à Liège, où le bourgmestre a récemment pris position. "Rien qu’en Brabant wallon, nous nous étalons sur une dizaine de communes", explique Isabelle Bodson.

"Un semblant de normalité revient mais il faudra au moins deux à trois ans pour récupérer un calendrier habituel de concerts."
Isabelle Bodson
Directrice des Festivals de Wallonie

Se préparant depuis des mois à une édition à perte pour 2020, la directrice évalue celles-ci à 50% minimum en s’appuyant sur les jauges de 200 places imposées actuellement, contre un taux de fréquentation habituel de 80% des salles. Cet été, elle a également dû annuler une centaine d’événements mais est parvenue à réengager 95% des artistes prévus grâce aux deux fonds d’urgence dégagés par la Fédération Wallonie-Bruxelles: "On retravaille nos budgets continuellement, ce qui représente un exercice comptable difficile. Le soutien absolu de Bénédicte Linard est fondamental et va nous aider."

Elle modère toutefois son enthousiasme en évoquant la précarité des artistes, exacerbée par la crise, "tout comme elle a mis en lumière d’autres dysfonctionnements de la société". À ses yeux, "on n’est pas près d’en sortir! Un semblant de normalité revient mais il faudra au moins deux à trois ans pour récupérer un calendrier habituel de concerts". Sans parler de la méconnaissance de la classe politique face à la capacité des artistes à agir en professionnels: "Comme si on était juste des rigolos, alors qu’on est aptes à mettre en place des protocoles pour accueillir du public. Ça devient difficile à vivre."

"J’entends beaucoup d’artistes dire que, si l’avenir c’est ça, ils préfèrent changer de vie. Il y a un gros ras-le-bol."
Isabelle Bodson

Isabelle Bodson se dit aussi agacée face à l’impératif de réinvention qu’on tente d’imposer aux artistes: "Se réinventer est au cœur de nos métiers, on n’a pas eu besoin d’une crise pour ça." Innover dans le domaine musical est, selon elle, plus facile qu’au théâtre car la forme est plus mobile, plus facile aussi à transposer virtuellement, malgré des impératifs acoustiques en musique classique et des conditions météo peu favorables en Belgique. "On a beaucoup exploité la vidéo, les nouveaux médias, on a aussi testé le plein air, mais je pense qu’une certaine lassitude s’installe par rapport à ce type de discours", déclare-t-elle. "C’est aussi important de pouvoir continuer à travailler dans un contexte plus favorable et confortable pour tous! J’entends beaucoup d’artistes dire que, si l’avenir c’est ça, ils préfèrent changer de vie. Il y a un gros ras-le-bol." À ses yeux, le cœur du métier d’artiste et d’opérateur culturel est d’accueillir le public physiquement, d’échanger avec lui: "L’art et la culture se partagent, ne peuvent pas uniquement se consommer virtuellement. Le coronavirus nous a permis de le tester et de le démontrer." Et Bodson de rappeler que la Fédération Wallonie-Bruxelles possède des salles exceptionnelles, qui sont des outils magnifiques pour transmettre une émotion esthétique: "Il n’est pas envisageable de remplacer ce qui constitue l’essentiel de notre travail."

"L’art et la culture se partagent, ne peuvent pas uniquement se consommer virtuellement. Le coronavirus nous a permis de le tester et de le démontrer."
Isabelle Bodson

Les Nuits de Septembre en 7 soirées

Haut les cœurs! Les trois festivals prévus cet automne (Nuits de Septembre à Liège, Festival musical du Hainaut et Festival Musiq3 Brabant wallon) sont bel et bien maintenus, dans le respect le plus strict des recommandations sanitaires. Escale liégeoise des Festivals de Wallonie, les Nuits de septembre débutent ce samedi par un concert d’ouverture à la Salle philharmonique de Liège, qui pourra accueillir jusqu'à 550 personnes et où plusieurs concerts initialement prévus dans les églises emblématiques de la Cité ardente ont été rapatriés pour se conformer aux mesures de sécurité. Entre-temps des demandes de dérogation ont été introduites et sont en attente pour un élargissement des jauges des concerts programmés à l’église St Jacques notamment.

La nouvelle production des Festivals de Wallonie, l’ensemble Ausonia, initialement prévue à Namur début juillet, aura lieu le 24 septembre – et le lendemain à Mons: elle mêle le "Combattimento" de Monteverdi avec une toute nouvelle pièce de Claude Ledoux, entre musique, danse, vidéo et arts martiaux.

Festivals

Les Nuits de septembre, Festival de musique ancienne de Liège, du 5 septembre au 2 octobre, www.lesnuitsdeseptembre.com; www.lesfestivalsdewallonie.be

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