Jean-Paul Dessy ou la liturgie du silence

©Mars

Après les avoir créés à Flagey, le chef de l’ensemble Musiques Nouvelles redonne ses "Requiems" à l’Arsonic de Mons. Parfaitement zen.

"Solos" au violoncelle et "Requiems"

  • Le 6/12 (20 h) à l’Arsonic (Mons)

Ces "Requiems", qu’il dirige ce 6 décembre à l’Arsonic, la salle qu’il a conçue et qu’il dirige à Mons, et qui viennent de paraître chez Cyprès, incarnent bien la mystique qui accompagne Jean-Paul Dessy et tranche avec le profil habituel des décideurs culturels. Cheveux noués sur un catogan serré, il ferme les yeux et vous répond comme s’il récitait quelque homélie. Sa composition fait pareil en partant du silence, tranché par un souffle, puis habité par des cordes et un chœur qui enhardissent leurs motifs répétitifs vers des climax. Un par langue sacrée choisie parmi les grandes philosophies humaines. Le principe manque de variété, l’écriture de transparence et les cordes d’intensité, mais l’ensemble interpelle tant il résonne en contrepoint de la fureur du temps. Adeptes de la méditation, ces "Requiems" sont pour vous!

Écrire un requiem, ce n’est pas rien pour un compositeur…

Cette œuvre a une histoire presque romanesque. Il y a près de 10 ans, un vieux monsieur était venu m’écouter au violoncelle à l’abbaye de la Cambre. Il est venu me trouver quelques jours après en me disant ceci: "Il m’a été demandé de vous demander d’écrire un requiem"… Tout ça s’est installé en moi avec une forme de gratitude et de stupéfaction: que faire pour rencontrer cette demande qui dépassait manifestement une personne pour accéder à une forme de conscience universelle. Il m’a fallu des années pour écrire cette pièce, avec le but d’apporter de la paix, une expérience curative.

Vous méditez pour composer?

Mon désir était de me connecter moi-même le plus souvent possible à cet espace-temps autre pour élaborer une matière sonore audible, mais qui soit le plus possible dans une immatérialité, qui ne soit pas adossée à la pensée, à l’action, à l’avoir, au pouvoir, au savoir. De la "Missa pro defunctis", j’ai gardé la phrase clé: "Domine lux aeternam, requiem aeternam", la lumière et le repos éternels.

Quels textes avez-vous choisi?

J’ai trouvé une solution d’amitié et de fraternité avec le théologien Jean-Yves Leloup qui lui-même a connu une "near dead experience", ce qui a changé sa vie. C’est un grand connaisseur du bouddhisme, de l’indouisme, de l’islam et du christianisme. Il nous semblait essentiel d’essayer de connecter toutes les spiritualité anciennes de l’humanité et d’y trouver une visée commune – des sons qui témoignent de l’inaudible, de l’indicible, de l’inmontrable, mais que nous pouvons tous éprouver. Que dit le premier texte de mon "Requiem", issu de la Bhagavad-Gita: "Passe, sois ouvert à l’idée, à la sensation à la réalité que tu peux passer des ténèbres à la lumière, du temps fini à l’infini, de l’ignorance au savoir".

En musique, vous traduisez cela pas des envolés récurrentes…

On a un voyage à travers six langues, le sanscrit, l’arabe coranique, l’hébreu biblique, l’araméen, le grec et le latin évangéliques, en passant de de l’Orient à l’Occident, à travers trois millénaires. La musique est venue essentiellement par un travail de connexion à ce que je disais plus haut, pour être moi-même dans le "requiem", qui est l’accusatif de "requies" – le repos, tout simplement.

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