nécrologie

Johnny Hallyday (1943-2017) "Surtout, ne l'oubliez pas"

Le premier concert de Johnny en Russie, au Kremlin, le 27 octobre 2012. ©AFP

La France a perdu son rocker le plus iconique. En plus de cinquante ans de carrière, Johnny a fait vibrer bien des cœurs et des générations. Le cancer l'a emporté à l'âge de septante-quatre ans.

"Johnny Hallyday est parti. J'écris ces mots sans y croire. Et pourtant c'est bien cela. Mon homme n'est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité."

Johnny Hallyday, la plus grande rock-star du répertoire francophone, est mort dans la nuit de mardi à mercredi à 74 ans, des suites d'un cancer du poumon, a annoncé son épouse Laeticia.

Jusqu'au dernier instant, il a tenu tête à cette maladie qui le rongeait depuis des mois, nous donnant à tous des leçons de vie extraordinaires. Le coeur battant si fort dans un corps de rocker qui aura vécu toute une vie sans concession pour son public, pour ceux qui l'adulent et ceux qui l'aiment.
Laeticia Hallyday

Nous avons tous en nous des souvenirs de Johnny Hallyday. Pour l'avoir rencontré à plusieurs reprises, je me souviens de ces petits détails qui importent. Comme lorsqu'il n'a pas annulé une interview alors qu'il avait une bronchite. Comme il regardait affectueusement sa coiffeuse de toujours qui le couvait comme une nounou. Comme il mettait en état de grand stress ses attachées de presse qui lui parlaient avec infiniment de respect. Comme il changeait l'ambiance dans une pièce dès qu'il apparaissait. Et comme il disait que de toutes ses chansons, c'était "L'Envie" sa préférée. Parce qu'il avait toujours envie de chanter, de vivre, d'aimer. Et ce n'était pas du bla-bla. L'homme et l'artiste en imposaient. Ses confrères craignaient toujours un peu d'être ridicules quand ils chantaient en duo avec lui. Même un Florent Pagny qui en a pourtant dans le coffre. Pour eux tous, Johnny, c'était le patron.

Né Smet, de père belge

Quand il venait en Belgique, on lui rappelait ses origines belges. Né Jean-Philippe Smet, par son père Léon Smet, un drôle de zigue qui avait été un peu artiste et très noceur, il sera élevé par sa tante Hélène Mar. Elle aussi dans le showbiz. Il vécut une partie de son enfance à Londres. Et troqua, plus tard, son patronyme contre celui de Hallyday.

Dans les années yé-yé qui suivirent, tous les artistes français ou presque empruntèrent des noms qui sonnaient américains. Son pote Claude Moine deviendra ainsi Eddy Mitchell. C'est au Golf Drouot, un célèbre club parisien, que Johnny comprit qu'il pourrait devenir le pendant français de ses idoles: Elvis Presley, James Dean, Marlon Brando.

Johnny Hallyday - "L'envie" en live à Bercy (1987)

"Johnny était un homme hors du commun. Il le restera grâce à vous. Surtout ne l'oubliez pas. Il est et restera avec nous pour toujours. Mon amour je t'aime tant" (Laeticia Hallyday)

Toute sa vie, il poursuivit ce rêve d'être au top en musique comme au cinéma. Dans les années 60, les chanteurs français pompaient le plus souvent des hits américains et les mettaient à leur sauce. Johnny devînt l'idole des jeunes grâce à des titres comme "Souvenirs Souvenirs" et "Retiens la nuit". Le magazine Salut Les Copains, créé par Daniel Filipacchi, contribua beaucoup à son succès en lui consacrant des unes et en relatant ses amours. Car, pour compléter le mythe de l'idole, il fallait bien des amours extraordinaires. Et ce fut d'abord avec Sylvie Vartan, une autre chanteuse chérie des yé-yés.

Sur scène à Bercy, le 25 décembre 2003. ©AFP

Instinct de survie

De Johnny Hallyday nous n'oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd'hui pleinement à l'histoire de la chanson française.
Emmanuel Macron
Président français

Ce que les magazines évitaient de relater, c'était ses défonces avec Jimi Hendrix, un jeune guitariste encore inconnu qu'il avait repéré à Londres, sa détresse quand Sylvie décida de le quitter et les détails sordides de ses tentatives de suicide. Ce n'est qu'en 1998 qu'il se confia à l'écrivain Daniel Rondeau, dans Le Monde, sur tout ce qu'il avait traversé. Et de cette longue confession, on retînt ces mots: "Je suis un survivant". Survivre, c'est bien cela qu'il a cherché encore à faire en repartant, il y a quelques mois, sur les routes dans la tournée des "Vieilles Canailles" avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell. Survivre aux modes et aux moods quand après des années de sacre, il sentait son trône vaciller. Survivre dans une industrie du disque quand il décida de quitter Universal pour Warner.

La bande-annonce de "L'homme du Train"

Johnny avait compris, bien avant d'autres, qu'il lui fallait de bonnes chansons pour continuer. Dans les années 80, il se tourna vers Michel Berger et Jean-Jacques Goldman qui lui firent, respectivement, "Rock'n'Roll Attitude" et "Gang", des albums taillés à sa mesure. Au cinéma, Jean-Luc Godard lui confia un rôle dans "Détective". C'est là qu'il fit la connaissance de Nathalie Baye qui fut sa compagne durant quelques années. Mais c'est à Patrice Leconte qu'il doit l'un de ses meilleurs moments cinématographiques avec "L'Homme du train" en 2002.

Terrible showman

Si l'on n'a jamais vu Johnny sur scène, on ne peut comprendre à quel point il était extraordinaire. Il se souvenait de la règle n°1: soigner ses entrées et ses sorties de scène. Comme lorsqu'il s'était posé en hélico sur le toit du Stade de France. Et de la règle n°2: donner tout. Alors, oui, il était parvenu à rassembler quatre cents mille personnes au Champ-de-Mars, à Paris, en 2000, pour fêter ses quarante ans de carrière. Et si l'on regardait les visages de ces spectateurs, on n'y voyait que de l'admiration. Le mec, il envoyait du lourd!

Atteint du cancer des poumons depuis quelques temps, Johnny rassurait régulièrement ses fans. Et quand il le pouvait, il travaillait sur son nouvel album aux studios Henson avec Yodelice. A Los Angeles, là où il s'était recréé une vie telle qu'il l'avait, sans doute, toujours imaginée avec son épouse Laeticia et leurs deux filles adoptives. Une existence à peu près normale pour un être mythique.

Johnny au Stade de France, à Paris, le 29 mai 2009. ©REUTERS

 

Album-hommage

"On a tous quelque chose de Johnny"

Chez Universal, album-hommage de Raphael, Benjamin Biolay, Gaëtan Roussel et bien d'autres.

Ecoutez "Quelque chose en nous de Tennessee" interprété par Nolwenn Leroy.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content