Publicité
interview

Jonathan Fournel, pianiste: "Avec Brahms, on a l'impression d'avoir un orchestre sous les doigts"

Jonathan Fournel, pianiste et Premier lauréat du Concours Reine Élisabeth 2021. ©Serge Leblon | Alpha Classics

Le pianiste français Jonathan Fournel livre au disque le programme Brahms qui lui a permis de se former et de remporter le Concours Reine Élisabeth en juin dernier. Ne le ratez pas à Bozar, le 4 décembre, lui et son jeu tout en simplicité, en intériorité et paré des couleurs de l'orchestre.

La compétition fait rage entre les jeunes pianistes. Au moment où nous nous apprêtions à vous parler du splendide CD Brahms de Jonathan Fournel (chez Alpha), Premier lauréat du Concours Reine Élisabeth 2021, nous recevons celui de son compatriote Alexandre Kantorow (chez Bis), au programme quasi identique et doté de cette flamboyance avec laquelle il avait remporté le concours Tchaïkovski en 2019. (L'Echo du 11/10/2019)

Mais Jonathan Fournel n'entre pas dans ce jeu-là, pas plus qu'il ne se prête au jeu médiatique. C'est même un coup de chance qu'il réponde à notre appel et nous ouvre la porte cochère de la maison du centre-ville où ce jeune Français a élu domicile, après avoir profité de l'atmosphère bucolique de la Chapelle musicale Reine Élisabeth où il a parachevé sa formation avec Louis Lortie.

À l'étage, on entend le violoncelle de sa compagne tandis que lui-même se met au piano plus souvent qu'à son tour pour nous montrer par l'exemple ce qu'il tente de nous dire. C'est surtout pour nous faire entendre, les yeux brillants, à quel point cette mélodie de Brahms est belle tout en l'exécutant avec ce naturel confondant, cette évidence qui ont convaincu le jury du Reine Élisabeth et que l'on retrouve magnifiée dans son nouveau disque – sublime Andante espressivo de la "Troisième sonate"!

À son art du chant correspond une main façonnée pour la polyphonie, si bien qu'à la place d'un piano, on croit entendre un quatuor à cordes, voire tout un orchestre!

"Chez Brahms, on a l'impression d'avoir tout un orchestre sous les doigts. Il y a quelque chose aussi qui vient de l’intérieur."
Jonathan Fournel
Pianiste

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur Brahms qui a été votre visa pour le Concours Reine Élisabeth?

L'un de mes premiers rapports avec Brahms remonte à mes 12, 13 ans quand j’étais parti étudier en Allemagne avec Robert Leonardy. Il m’a dit un jour: "J'ai entendu un jeune de 15 ans qui jouait les 'Variations Paganini'. Il faut que toi aussi tu sois capable de jouer ça avant tes 15 ans!" Dans sa tête, cela se résumait à apprendre un maximum de choses difficiles... J'en ai donc travaillé les deux cahiers et Brahms est devenu ce que je jouais le plus souvent. Puis, quand j’ai rencontré Gisèle Magnan, elle m’a dit: "Les 'Paganini', c’est bien, mais les 'Variations et fugue sur un thème de Haendel', c’est mieux!" (Rires)

Jonathan Fournel à la 1/2 finale du Concours Reine Elisabeth 2021 | Brahms "Variations & Fugue on a Theme by Haendel".

Pour les fondations techniques, on ne pense pas forcément à Brahms…

Ce qu'elle voulait me faire découvrir, c'était comment appréhender toutes les idées musicales de ces variations et le système technique de chacune d'elles – choses qui m’ont fait énormément évoluer. Pareil avec les "32 Variations en do mineur" de Beethoven, qu’elle m’a également fait travailler: comment trouver les bons gestes, placer la main et la position du bras au millimètre près; comment articuler tel doigt sans que les autres ne bougent, mais sans les bloquer non plus... C’était très difficile, mais cela a fonctionné.

Vous avez ensuite joué ces Brahms aux concours Viotti, d’Écosse et au Reine Élisabeth. Qu’y trouvez-vous d’autre que de la technique pianistique?

Chez Brahms, on a l'impression d'avoir tout un orchestre sous les doigts. Il y a quelque chose aussi qui vient de l’intérieur. J'adore cette tension! J'adore le fait que même avec une œuvre pour piano – la "Troisième sonate" en est un bon exemple –, on ait le sentiment d’avoir une partition d'orchestre en réduction devant les yeux et même de pouvoir imaginer Brahms l’orchestrer. C’était un fanatique du cor, de la clarinette, de l’alto, et il y a des passages où on les entend clairement sonner. En ayant ce type d’harmoniques à l’oreille et la manière dont il les utiliserait dans l’orchestre, on comprend ce dont on a besoin pour donner au piano l’illusion de cette largeur sonore et comment le faire sonner magnifiquement.

Interview de Jonathan Fournel, chez lui, à Bruxelles.

Avec cette approche orchestrale, et aussi l’influence de votre père organiste, c’est la spatialisation du son qui vous fascine?

Exactement! Il y a aussi ces thèmes désarmants qui vont me trotter dans la tête pendant des jours, à ne plus pouvoir en sortir… Le deuxième thème de la "Deuxième symphonie", par exemple (il chantonne), je vais l’avoir dans l’oreille tout l'après-midi. C'est naturel et très profond! J'ai grandi avec Brahms, avec sa musique de piano, de chambre, avec ses symphonies. Ce n'est pas un compositeur que j’ai envie de lâcher de sitôt. Que du contraire!

Le nouvel album Brahms de Jonathan Fournel chez Alpha ©Serge Leblon | Alpha Classics

Musique classique

Jonathan Fournel, piano

> Nouvel album Brahms

Au programme: "Sonate pour piano n° 3", op. 5 et "Variations et fugue sur un thème de Haendel"

Un CD paru chez Alpha Classics

Note de L'Echo:

> Récital à Bozar (Bruxelles)

Au programme: Bach: Largo de la "Sonate pour orgue n° 5", BWV 529 (arr. Samuil Feinberg) - Chopin: "Nocturne", op. 62/1, "Andante spianato et Grande polonaise brillante" op. 22 - Brahms, "Sonate pour piano n° 3", op. 5

Le samedi 4 décembre, à 20 heures, à Bozar

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés