Julien Clerc: "Un monde en train de changer"

©Laurent Humbert

"Terrien" est le 26e album studio de Julien Clerc. Entouré d’un aréopage d’autrices et d’auteurs, ses chansons s’intéressent de près à la marche du monde.

C’est lui qui a tenu à faire l’interview en visio. Derrière lui, j’aperçois une affiche des Beatles. Bienvenue chez Julien Clerc. On pourrait parler des heures. De Londres où il a vécu cinq années, de son ami Jean-Loup Dabadie qu’il considérait comme un grand frère et qui est décédé au printemps dernier, de sa voix qu’il travaille à raison de deux fois la semaine au moins, des Victoires de la Musique qu’il ne suivra pas. Mais là, on va juste déborder un peu du timing imparti pour parler de ce «Terrien» pas terre à terre.

Chanson

«Terrien»
Julien Clerc

PIAS

Note de L'Echo: 4/5

Concert à Forest National le 4/12/21

Vous appartenez à un cercle fermé d’artistes français ayant réalisé autant d’albums. Le talent, le travail et la fidélité du public y sont pour beaucoup. Mais je doute que la plupart des jeunes artistes parviennent à ce résultat.

Vous avez raison. Dans ma génération, quand on s’attaquait à ce métier-là, on était fait à l’idée qu’on travaillerait pour durer. C’était plus dans les mœurs. C’était dû, entre autres, à l’environnement radiophonique qui n’était pas explosé en plusieurs segments comme aujourd’hui. Les artistes que j’aimais avaient tous réalisé de très longues carrières, dans la chanson anglo-saxonne aussi. Donc, je me disais que je ferais en sorte de durer. Et tout ce qui s’organisait autour concourrait à faire des carrières longues. Mais peut-être que de jeunes artistes arriveront, eux aussi, à ça? On verra.

Sur "Terrien", il se trouve peu de chansons d’amour. Par contre, les chansons sur la société sont nombreuses. À quoi l’attribuez-vous?

Au fur et à mesure que je construisais l’album, je me suis dit que «Terrien» n’allait pas ressembler à mes autres albums. Cela prenait une tournure très sociétale. Les anciens auteurs comme les nouveaux ont choisi ça. Ce qu’on est en train de vivre et le monde qui change… Partout, il y a un questionnement sur la place des femmes, la façon dont elles doivent être traitées et dans toutes les sociétés, même les plus fermées, ces débats-là arrivent. La conjugaison des préoccupations de l’être humain sur la façon dont il doit traiter cette planète, à partir de maintenant, plus tous les mouvements #MeToo, fait qu’il y a un monde en train de changer. Un monde avec des migrations qui vont très certainement continuer.

Julien Clerc - "Mon Refuge" (session live studio)

On compte plusieurs autrices sur cet album: Carla Bruni, Clara Luciani, Jeanne Cherhal et Marie Bastide. Vous vous attendez à une différence au niveau de l’écriture quand vous vous adressez à elles?

Sans doute, mais je ne saurais pas l’expliquer. Je ne me suis pas vraiment posé la question. Dans le paysage, il y a plus d’auteurs femmes et de qualité. Donc, c’est normal qu’on les retrouve sur mon album. Elles affirment leur style. Et ça continuera. Aux États-Unis, les énormes ventes sont faites par les femmes. Donc, c’est la marche du monde.

Vos musiques sont superbes et "timeless"…

Cela a été ma chance de créer des musiques intemporelles et ça m’a suivi. Peut-être parce que je suis inspiré par des musiques très différentes, quelques fois nouvelles, quelques fois anciennes. Ces musiques, il faut les mettre en contact avec un producteur qui va les habiller au goût du jour. On va dire ça comme ça.

"Quand on se heurte à des personnes, de certaines religions, qui n’ont pas l’habitude de cette séparation entre l'Église et l'État, cela crée des choses comme ça. C’est une chose sur laquelle il ne faut absolument pas céder."
Julien Clerc
Chanteur

Vous consacrez une chanson aux institutrices à qui l’on doit tant. Quelle a été votre réaction à l’affaire Samuel Paty?

La chanson a été écrite avant cette affaire. Il est certain que c’est un très grand bouleversement. Que pour des questions religieuses, certains soient mis en danger. Après des combats très longs, il y a eu la séparation de l’Église et de l’État. Donc, quand on se heurte à des personnes, de certaines religions, qui n’ont pas l’habitude de cette séparation, cela crée des choses comme ça. C’est une chose sur laquelle il ne faut absolument pas céder.

Vous avez vécu cinq ans à Londres. Pour quelle raison?

Pour un Français, vivre à Londres, c’est vraiment exotique. En même temps, on a une histoire commune incroyable puisqu’une partie de la France était occupée par les Anglais durant des siècles. D’ailleurs, il en est resté quelque chose. Et si on aime cette culture et lire ses journaux en anglais comme c’est mon cas, c’est une expérience enrichissante et agréable. Et avec le Covid, on a envie de retourner dans son pays. Ce n’est pas à cause du Brexit si je suis rentré. Moi, toute mon économie restait en France.

« Duos » - dans les coulisses de l’enregistrement de l’album

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