interview

Julien Doré: "Je me sens un homme neuf"

Dans son nouvel album, Julien Doré s'adresse surtout à la nouvelle génération. ©Goledzinowski

Grosse sortie de la rentrée, le nouvel album de Julien Doré marque un changement de thèmes et de registres. "aimée" fait aussi le lien entre les générations d’avant et celles de demain. Rencontre.

Avec ce cinquième album 100% home made et cette fois, fait dans le Gard, l’artiste passe un cap. Parce qu’il a changé et le monde aussi. Mais ce qui n’a pas changé, c’est sa sensibilité, son humour et son intelligence.

Quels ont été les changements récents dans votre vie?

Il y a un peu plus de deux ans et demi, j’ai quitté Paris pour retourner dans le lieu où je suis né et j’ai grandi, dans les Cévennes. La vie est différente mais elle est fort jolie. C’est un retour aux sources qui me fait du bien. Je me sens un homme neuf. J’ai l’impression que les nouvelles générations arrivent plus facilement à faire ce choix de quitter le vacarme des grandes villes. J’ai plein d’amis, entre trente et quarante ans, qui n’hésitent pas à partir de la capitale pour s’installer dans un endroit où ils se sentent plus heureux.

Dans cet album, je dis d’autres choses et je les dis autrement, avec moins d’abstraction et une poésie plus simple et parfois plus joyeuse.

"aimée" est déjà votre cinquième album.

Oui, c’est fou! J’ai pris un peu de temps pour le faire et j’ai disparu des radars médiatiques. C’est un album qui fait preuve de beaucoup de changements. Il me rend heureux. Je dis d’autres choses et je les dis autrement, avec moins d’abstraction et une poésie plus simple et parfois plus joyeuse. Et pourtant, il y a aussi de grandes questions sur le monde de demain dans ce disque. Il était hors de question de refaire ce que j’avais déjà fait.

Couverture de l'album

C’est, effectivement, la première fois que vous parlez autant des grandes questions qui nous agitent comme la crise climatique et le problème des migrants. Mais aussi des faux amis…

Les albums précédents étaient véritablement des albums de chansons d’amour. Et peut-être parce que j’ai trente-huit ans, j’avais envie de parler, avec mes mots, sans donner de leçons, du monde de demain. C’est pourquoi j’ai enregistré des voix enfantines qui prennent le relais de mes textes.

Et effectivement, il y a une chanson sur l’amitié dans laquelle je dis "les amis sont lestes et s’envolent avec le vent". Dans sa production sonore, j’ai fait quelque chose de très organique. Elle vient se glisser au milieu de chansons plus arrangées et produites. Il y a quelques chansons comme ça qui, de manière très épurée, mettent en valeur les autres.

"La Fièvre", Julien Doré

J’aime aussi beaucoup "Waf", un titre plus léger, dans lequel vous dites "Sers-moi de l’amour dans un verre de pastaga".

C’est une chanson très libre. Son refrain raconte tout de moi. Cela parle à la fois de mon Sud, de mes origines, de la légèreté avec laquelle on a envie de croquer un peu la vie chaque jour et de se couper parfois de la réflexion et de l’intellectualisation. On n’a pas à choisir une case. Et le titre a été inspiré par mes chiens, Simone et Jean-Marc, qui communiquent avec les loups dans la vallée. Et puis, "Waf", c’est ma première connexion avec la Belgique quand j’ai rencontré Brice VDH, avec qui je fais toujours mes clips, et Christine Massy dont la boîte de production s’appelait WAF.

J’avais envie de parler, avec mes mots, sans donner de leçons, du monde de demain.

Les Belges Caballero et JeanJass participent aussi à un des titres de l’album.

Je les avais rencontrés à Bruxelles, dans leur studio. Et on avait lancé l’idée d’une collaboration. On est partis sans points précis. "Bla-bla-bla" est né comme ça. C’est un mélange d’univers éclectiques et qui a néanmoins du sens. Jusque-là, je n’avais pas fait de featuring avec des gens issus du hip-hop.

Autre duo, celui-là, avec Clara Luciani sur "L’île au lendemain".

J’ai composé ce morceau en pensant à un duo. En avançant dans l’élaboration de la chanson, j’ai pensé à Clara. Dans la rythmique comme dans la mélodie, cette chanson a quelque chose des années 60-70. J’adore sa façon de chanter.

Dans chaque chanson, je m’adresse à une nouvelle génération.

Tous les clips pour cet album ont-ils été tournés dans votre région?

Oui et mon rêve serait d’en réaliser un pour chaque chanson. Au début, avec Brice VDH, on pensait à l’Espagne pour un décor et aux États-Unis pour un autre. On avait plein d’idées de voyages. Le confinement a changé la donne. On a tout repensé pour tourner dans ma région. Entre les Cévennes et la Camargue, on a retrouvé des décors fous. Et on a beaucoup tourné. Je me suis rendu compte à quel point on oublie d’aller fouiller dans ce qui nous entoure.

Nouvel album "aimée" de Julien Doré

"aimée", qui est le titre de l’album, est le prénom de votre grand-mère.

En effet et durant le confinement, je ne pouvais pas lui rendre visite. Un matin, j’ai trouvé évident d’intituler l’album comme cela. Dans chaque chanson, je m’adresse à une nouvelle génération mais je trouvais très beau que l’album porte le nom d’une personne née cent ans auparavant.

Depuis quelques années, vous tweetez régulièrement et avec beaucoup d’humour. Et ce n’est pas que pour faire de l’auto-promo.

Cela fait partie des zones qui m’amusent autant qu’elles m’intriguent. Aujourd’hui, on a l’impression que la vie réelle n’est que sur les réseaux sociaux. Et que la vraie vie n’intéresse plus personne. Les défauts, la laideur, les jours où ça va moins bien, il vaut mieux le cacher. Le vrai, cela devient le filtre sur la photo et mentir sur la joie et sur le bonheur. Ce monde-là me fait peur et sur Twitter, j’aime bien désamorcer tout ça.

Pop

"aimée"

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Julien Doré, Sony Music

En concert le 16 octobre 2021 à Forest National

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