Julien Fournier: "Nous voulons soutenir le momentum du hip-hop"

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À l’heure des festivals, comment la musique francophone se déploie-t-elle à l’étranger? Éléments de réponse avec Julien Fournier, le nouveau "Monsieur Musique" de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Mars 2018: le duo bruxellois Rive tourne en Chine, à l’occasion du festival de chansons francophones monté par le réseau des Alliances françaises et les Ambassades du Canada, de Suisse et de Belgique. Son électropop plaît, de Chengdu à Shanghai et de Tianjin à Hong Kong en passant par Pékin. Une télé y consacre un reportage de 30 minutes! Cheville ouvrière de ce trip synonyme d’opportunités sur un marché sans commune mesure avec celui que Juliette Bossé et Kevin Mahé connaissent ici: WBM. Wallonie-Bruxelles Musiques, l’agence publique soutenant l’exportation du secteur musical de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Aider à décoller

"Il y a un problème de cash flow dans l’industrie musicale belge francophone. Nous sommes encore un peu dans le creux de la vague."
Julien Fournier
Directeur de Wallonie-Bruxelles Musiques

À l’heure des réseaux sociaux, qu’il faille soutenir notre production musicale à l’export pourrait étonner. "Vaste question", répond Julien Fournier, qui œuvre à l’agence depuis six ans et en est devenu le directeur il y a deux mois et demi. "Dans certains pays, les artistes n’ont pas besoin d’aide, ou beaucoup moins. Ou alors, pour conquérir de nouveaux marchés. Je pense à l’Allemagne et à la France, où les aides sont conséquentes malgré le fait qu’ils se trouvent sur un marché déjà efficace. En Belgique, francophone particulièrement, celui-ci est tout petit et compte relativement peu de clients finaux. Disons qu’il y a un problème de cash flow dans l’industrie musicale belge francophone. Nous sommes encore un peu dans le creux de la vague. En Flandre, le public soutient beaucoup plus, les médias recommandent de la musique et on peut gagner sa vie."

Née en 1984, WBM n’effectue pas seulement un travail de promotion, elle s’adresse aussi plus directement à l’artiste. Histoire, non pas de l’aider ad vitam mais de lui donner ce petit coup de pouce qui va lui permettre de trouver de nouveaux "prospects", comme le dit Julien Fournier. "On rencontre assez fréquemment les opérateurs, c’est-à-dire les artistes, les managers, les labels, les bookeurs… Pour qu’ils profitent de notre expérience et de notre réseau, puisque nous allons aussi à l’étranger rencontrer les gens qui sont actifs sur leurs marchés, pour pouvoir ramener toutes ces informations ici en Belgique francophone."

"On rencontre assez fréquemment les opérateurs, c’est-à-dire les artistes, les managers, les labels, les bookeurs… Pour qu’ils profitent de notre expérience et de notre réseau."
Julien Fournier
Directeur de Wallonie-Bruxelles Musiques


Monter des tournées

À 36 ans, après être passé par Radio Campus, avoir organisé des concerts et des festivals, le nouveau Monsieur Musique de la Fédération estime qu’aider la scène est ce qui peut se faire de plus intéressant aujourd’hui dans son secteur. "On peut être en contact avec le national comme l’international, on a des moyens qui permettent quand même de faciliter des envols…"

"On peut être en contact avec le national comme l’international, on a des moyens qui permettent quand même de faciliter des envols…"
Julien Fournier
Directeur de Wallonie-Bruxelles Musiques

Objectif, dans un premier temps: recentrer le travail de l’agence sur les pays limitrophes. "La plupart des opérateurs dont j’ai à m’occuper se sont développés mais n’ont pas encore une pratique qui leur ramène suffisamment de bénéfices pour pouvoir fonctionner très, très loin de chez nous. Monter des grosses tournées aux Etats-Unis par exemple, ça reste l’exception. Ils ont besoin de beaucoup se montrer, être sur la route, travailler leur set, rencontrer des gens… Si on monte à partir d’ici une tournée qui passe par le nord de la France, le Luxembourg, l’ouest de l’Allemagne et le sud des Pays-Bas, c’est toujours beaucoup plus simple à mettre en place." D’autant qu’en Belgique francophone, comme pour d’autres pratiques artistiques, on vit grâce à la France: "C’est notre jardin! Nous y réalisons 60% de nos exports."

Le succès du hip-hop ne profite pas aux autres scènes

Tourner, se montrer: c’est bien ce que font nos artistes "urbains", omniprésents dans les festivals, y compris hors du pays! Qu’ils aient le vent en poupe booste évidemment la motivation des employés de WBM, mais ouvrent-ils la voie à d’autres genres? "On invite de nombreux professionnels étrangers à venir voir des artistes belges à Dour, au Botanique… Quand on discute avec eux, on se rend compte que beaucoup viennent chercher ‘le’ rappeur belge. Ils sont tous à fond sur les nouveautés, ce qui n’a pas encore été repéré, le ‘up and coming’, pour pouvoir les faire entrer en catalogue et ‘croquer dans le gâteau’. Mais j’ai l’impression que les gens qui s’intéressent au hip-hop, surtout depuis la France, viennent principalement de médias et d’agences de booking très spécialisés en hip-hop. Ça reste donc encore un peu en silo."

En dehors de Tomorrowland, la scène électronique belge peine encore à trouver une visibilité. ©BELGA

Si la scène pop-rock n’en profite pas encore, serait-ce le cas de la musique électronique? "La musique électronique grand public va à Tomorrowland et se porte très, très bien. À côté, il y a 95% de producteurs qui sont très difficilement visibles à l’étranger. Ça, c’est encore un énorme chantier…" Pourvu que le momentum du hip-hop dure, alors! "On a eu Roméo Elvis, Caballero & JeanJass, Damso, Blu Samu et Le 77 qui arrivent derrière, mais aujourd’hui, rien ne dit encore que ça va être une transformation comme il y en a eu, qu’on va pouvoir construire là-dessus. Nous voulons soutenir ce momentum, aider les agences qui voudraient développer maintenant d’autres artistes dans le sillon de ce qui s’est fait avec ceux que je viens de citer."

La musique belge s'exporte à 60% en France. En photo, Angèle aux Vieilles Charrues. ©Photo News


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