portrait

Katerine, j'adoooore!

Entre vilain petit canard et héros houellebecquien, Philippe Katerine n’est jamais là où on l’attend. Alors cueillez-le, le 15/1, à la Madeleine.

Nous sommes le 16 octobre 1999. Nous sommes le 16 octobre 1999. Sur le plateau de "Tout Le Monde En Parle", Thierry Ardisson aligne côte à côte trois drôles de zigues: Jules-Edouard Moustic et Mickael Kael, respectivement présentateur et journaliste du parodique 20h20 de "Nulle Part Ailleurs", et puis Philippe Katerine, auteur d’un cinquième album déjà, intitulé "Les Créatures". Des décalés, ces jeunes gens, salutairement provocateurs. Ardisson les rassemble alors dans une formule dont il a le secret: "Jouer les crétins est à la mode". Ensuite, corrigeant, il leur cite Michel Houellebecq en exemple supplémentaire et précise: "Les crétins sont à la mode". Le trio d’invités tique un peu. Quand même… Pour Katerine: "Intelligence et bonne chanson, ce n’est pas incompatible. Mais il n’est pas nécessaire d’être intelligent pour faire de bonnes chansons". Et de conclure l’émission avec son tube discoïde du moment: "Je vous emmerde".

Vingt ans et des poussières plus tard, en interview, Philippe Katerine, Blanchard pour l’état civil, est passé maître dans l’art de faire les réponses les plus rigolotes aux questions les plus sérieuses. Il est entre-temps devenu Officier de l’ordre des Arts et des Lettres. Et un touche-à-tout comme on n’en fait plus beaucoup, œuvrant dans la musique aussi bien que dans le cinéma, la littérature, sur scène ou même dans l’illustration pour enfants.

Les chansons, les disques? Son premier album, "Les mariages chinois", date de 1991. Eh oui, déjà… "C’est comme un besoin vital, expliquera-t-il bien plus tard sur le plateau de Clique TV. À un moment, il faut que ça sorte." Alors on imagine qu’il y a au moins un peu de ça en 2003 quand il reprend "L’été 68" de Léo Ferré, et aussi "C’est extra", "Avec le temps", "Les anarchistes"… et "Pépée", en hommage à cette guenon que Ferré aimait tant.

Katerine - Louxor J'Adore

Katerine, lui, raconte les discothèques de province ("Louxor j’adore", clin d’œil autobiographique à une boîte de Clisson), les pilosités subnasales ("Moustache") et les plantes alimentaires ("La Banane", occasion d’une session photos façon Joséphine Baker pour Les Inrockuptibles). Engagé, le coco? À sa sauce alors, lui qui chante "Liberté mon cul / Égalité mon cul / Fraternité mon cul" ("Liberté", en 2010). Et "Poulet N° 728120": le journaliste de Slate Jean-Laurent Cassely y perçoit un "charme houellebecquien" dans cette façon de ramener "l’aliénation du consommateur à son propre rapport à la consommation de produits en série".

Connu jusqu’aux States

L’acteur Katerine, lui, s’est mué en Boris Vian pour "Gainsbourg, vie héroïque" de Joann Sfar en 2010. On l’a aussi vu dans "Je suis un no man’s land" et "Gaz de France", acoquiné avec Eric et Ramzy en jouant dans "La tour de contrôle infernale" du premier et "Hibou" du second. Après "Le petit Spirou" et "Le monde est à toi" de Romain Gavras, il a encore plongé dans "Le Grain Bain" de Gilles Lellouche. Cette comédie dramatique, qui met en scène un improbable club de natation synchronisée masculine dont est également membre notre Benoît Poelvoorde national, lui vaut le César du meilleur acteur dans un second rôle.

Intelligence et bonne chanson, ce n’est pas incompatible. Mais il n’est pas nécessaire d’être intelligent pour faire de bonnes chansons.
Philippe Katerine
Chanteur

Sous le dérisoire ou les élucubrations personnelles ("J’aime tes fesses" en duo avec Jeanne Balibar, une de ses ex), on peut déceler de l’art brut. Du punk. Du surréalisme. Voir un disciple de Georges Perec, dixit les Inrocks. Ou un poète qui vous serre le cœur au détour d’une énième vanne. Ça, on a pu s’en rendre compte avec ses textes rassemblés dans "Ce que je sais de la mort, ce que je sais de l’amour", qui ont touché plus d’un spectateur namurois de l’Intime Festival, voilà deux ans…

En attendant, Katerine, le compagnon de Julie Depardieu désormais bon client de télés et des chroniqueurs, sourit tout en réfutant le qualificatif de cynique. En attendant aussi, il vit des choses improbables. Comme lorsqu’il est invité aux États-Unis, dans le talk-show de l’incontournable Jimmy Fallon. Il faut dire que l’animateur s’était un peu moqué de "Moustache" quelques mois auparavant, l’incluant dans sa séquence "Do not play" où il déconseille des disques au public. Sauf qu’en novembre de la même année, 2017, Katerine est bel et bien là, sollicité par le même Fallon, pour interpréter le morceau en question avec The Roots (excusez du peu), le temps d’une chorégraphie totalement kitsch.

Petite chauve-souris

Une chose est sûre: jouer, il aime ça! Payer de sa personne, donc. Quitte à poser sur la pochette du récent "Confessions" avec une prothèse nasale rappelant un zizi, digne des moins bons effets spéciaux des Visiteurs! Mais kitsch? Allez savoir… En 2016, alors que sort l’album "Le film" dans lequel il évoque le décès de son père, il dit sur le plateau d’"On n’est pas couché": "Écrire un disque, c’est quand même un bon suppositoire!" Et puis, n’oublions pas: il s’est mis au rap, l’asticot! Il y a deux ans, on a ainsi pu le retrouver dans les studios de Skyrock pour un "Planète Rap" dédié à Lomepal, en compagnie de Roméo Elvis et Alkpote, l’empereur du (très) sale.

Katerine - La Banane

"Je ne suis pas un héros, je suis plus proche du zéro", assure-t-il avec les rappeurs susmentionnés. Reste que ses chansons à plusieurs sens ou dimensions (sexe et attentats font bon ménage, dans les duos de "Confessions") ont un petit quelque chose de contagieusement communicatif. Que celui qui n’a jamais braillé "j’adore, j’adore, j’adore, j’adore, j’adooooooore" lui jette la première bière! Contagieux donc, y compris auprès des Vedettes, ces "plus ou moins majorettes" (sic) de Bruxelles qui ont partagé plusieurs fois la scène avec lui. Les filles de cette bande finiront même par l’accompagner en tournée comme choristes, danseuses, et interprètes de quelques chansons qu’il a écrites pour elles! "C’était un jeune dandy discret, très attentif et observateur, raconte Jill Wertz, l’une des deux Vedettes à l’origine du groupe. Plus à l’aise sur scène qu’au milieu de 10 filles comme nous. Ce qui ne l’a pas empêché de nous emmener en tournée sur scène avec lui, de partager pas mal de moments dingues… Et ça ne l’avait pas empêché non plus de nous écrire un album." Sorti en 2008, il s’intitule "Disque N°1".

Un garçon timide aussi, ce père de famille? En tout cas, c’est ce qu’on a souvent pu entendre à son propos au vu de toutes ces interviews un peu à l’ouest, même s’il semble l’être moins qu’avant? "Oui, il a un côté réservé parfois. Mais c’est charmant. Il se détend le soir comme une petite chauve-souris!" Voilà qui promet…

En concert le 15/1 à Bruxelles: www.la-madeleine.be

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n