L'accord parfait des Refugees

©Dieter Telemans

Migrants en provenance de Syrie, du Tibet ou du Pakistan, les dix musiciens de Refugees for Refugees présentent à l’AB "Amina", leur nouvel album, et leur modèle inspirant pour transcender toutes les différences.

L'album

Musique du Monde

  • "Amina"
  • Note: 4/5
  • Refugees for Refugees
  • Tristan Driessens, direction artistique
  • Label Muziekpublique

En concert le samedi 16/2 (20h), à l’AB.

 

Un mantra tibétain, chanté a cappella, se réchauffe peu à peu au son d’un oud syrien, lequel introduit un chant soufi, tandis qu’un percussionniste belge habite si étrange combinaison. D’autres chansons glissent doucement, d’une suite arabe à un chant hazari d’Afghanistan, et continuent de surprendre les quelques spectateurs réunis par Muziekpublique, mercredi dernier, au théâtre Molière, à Bruxelles, en attendant le grand concert du 16 février, à l’Ancienne Belgique.

Deux ans après la sortie de leur premier album, "Amerl", Refugees for Refugees revient avec "Amina", leur nouveau projet. Les dix musiciens qui composent ce groupe international, composé d’artistes de pays aussi divers que le Tibet, le Pakistan, la Syrie, l’Afghanistan ou la Belgique, ont consolidé les liens qui les unissent depuis plus de deux ans pour construire cet album.

Refugees for Refugees ft. Aman Yusufi | "Amina" (Hazaragi song)

Ce groupe est le produit d’une expérimentation de l’ASBL bruxelloise Muziekpublique, spécialisée dans la promotion des musiques et danses traditionnelles. Constatant le nombre important de musiciens au sein des réfugiés en Belgique, elle a décidé de les regrouper pour bâtir un projet commun. "Vingt musiciens se sont rencontrés au théâtre Molière, on a joué ensemble et puis on s’est enregistré. Chacun amenait un morceau et on voyait ce que les autres pouvaient ajouter", raconte Simon Leleux, le percussionniste du groupe. De cette première rencontre, dix musiciens se sont regroupés pour continuer l’aventure ensemble, formant Refugees for Refugees.

"Chacun amenait un morceau et on voyait ce que les autres pouvaient ajouter."
Simon Leleux
Percussionniste

Sous l’impulsion de Muziekpublique, la musique devenait une occasion à la fois d’échanger et de jouer entre musiciens et de donner une autre image des réfugiés. Peter Van Rompaey, directeur artistique à Muziekpublique, explique ainsi: "On n’a pas recruté que parmi les derniers arrivés, mais aussi des réfugiés qui sont là depuis plus longtemps, pour montrer que cette réalité existe déjà et que, malheureusement, cela continuera".

Engagement politique

La teneur politique du projet est intrinsèque au fonctionnement des Refugees for Refugees, qui espèrent porter leurs convictions par leur musique, sans autre revendication que de montrer une autre voie au public. "Nous, ce qu’on veut surtout, c’est que le public se rende compte qu’à travers notre entente musicale et humaine sur scène, quelque chose est possible, explique Simon Leleux. Même si ce n’est pas toujours évident."

©rv

En effet, les membres du groupe ont beau se connaître de mieux en mieux, il reste parfois des complications dues à la tradition musicale de chacun et à la langue (selon l’endroit où les musiciens sont arrivés, ils maîtrisent mieux le français ou le néerlandais). L’hétérogénéité des formations, des cultures, des langues et des histoires, souvent difficiles, demandent à chacun un surcroît d’effort pour tenter de composer avec les autres. Mohammad Aman Yusufi, grand interprète de dambura, un instrument à long manche équipé de deux cordes, a une formation musicale issue de la culture rom d’Afghanistan, tandis que Tammam Al Ramadan, un flûtiste d’Alep, a un parcours classique. Chacun de ces musiciens, tous extrêmement talentueux, doit ainsi chercher un dénominateur commun entre des parcours, des cultures et des désirs singuliers.

Comme le violoncelliste Yo-Yo Ma et son fantastique "Silk Road Project" qui venait bien à propos pour contrebalancer les effets dévastateurs du 11-Septembre, ils ont mis en place un système d’écoute évolutif qui permet à la fois aux musiciens de s’adapter au style musical d’un pays en particulier mais également de fonctionner avec un langage plus syncrétique – en composant directement pour le groupe, par exemple, chacun se laissant guider par l’autre, parfois jusqu’à la fusion. Un modèle vertueux pour une société toujours plus fragmentée.

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