chronique

L'humour féministe de Cherry Glazzer

Leader de Cherry Glazerr, la jeune Clementine Creevy, 24 ans, (à droite sur la photo), affirme son féminisme, guitare au poing. Le dernier album du trio américain donne la couleur, avec humour: rouge comme "Apocalipstick".

à la tête du trio américain Cherry Glazerr, remodelé à l’occasion de la sortie d’un deuxième album, la jeune Clementine Creevy, 24 ans, mélange allègrement sa pop noisy avec des influences garage, voire punk, et un glam-rock assumé de manière humoristique comme son féministe revendiqué dans le titre et sur la pochette de cet "Apocalipstick"… Le groupe sera en concert à Anvers en février et au printemps aux Nuits Botanique.

L’une de vos héroïnes est Patti Smith, mais, sur le dessin qui orne la pochette de votre nouvel album, vous ressemblez plutôt à Joan Jett?
J’en suis fan et Cherry Glazerr s’est même produit en concert avec Joan Jett: elle a ouvert la voie pour les femmes qui, comme moi, voulaient devenir lead-guitariste.

©Photo by Daria Kobayashi Ritch

Pourquoi Patti Smith dès lors? À cause des paroles?
J’apprécie ces deux artistes. Il ne s’agit pas d’en faire des héroïnes. Mais Patti Smith se révèle un penseur extrêmement poétique: elle est belle, articulée, très à l’écoute d’elle-même et du monde, d’une manière artistique et sensible. Et puis elle est aussi originaire de Chicago… (Elle rit.)

Souvent, dans un groupe mixte, la guitare est tenue par un homme. Et, si une femme se révèle guitariste de formation, elle finit par jouer de la basse, à l’instar de Kim Deal avec les Pixies…
Les femmes n’ont jamais bénéficié d’espace ou de respect, dans aucune société au monde à n’importe quel moment de l’histoire. Raison pour laquelle elles ne disposent toujours pas des opportunités nécessaires qui leur permettraient d’exprimer un point de vue moins minoritaire dans la musique…

"L’humour féminin paraît très menaçant aux hommes."

Jouant de la guitare et leader du groupe, vous êtes dans la lumière… Comme Joan Jett?
Oui et j’adore ce moment transcendant sur scène où je contrôle la musique, la voix et le groupe, en tant que femme.

On prétend souvent, dans la musique rock, que le deuxième album est le plus difficile…
C’est stupide, mais c’est ce qu’on dit. On se fout de ce que les autres pensent de notre musique. Il s’agit d’une expérience qui varie constamment: on ne fait pas un album pour les autres, mais pour soi. Et chaque album sera différent, par son caractère unique. Peut importe qu’il s’agisse du premier, du cinquième ou du vingtième… Chaque disque acquiert sa vie propre. Nous faisons juste de la musique sans réfléchir au fait de se donner de l’importance ou de se croire arrivé. L’autosatisfaction est sans intérêt.

Évoquons justement cet album, "Apocalipstick". Pensez-vous que le féminisme constitue une part importante dans votre processus de création?
Certainement. Nous sommes tous féminismes dans ce trio, y compris le batteur. Le féminisme est la clé de notre vie, donc de nos paroles et de notre musique

L’humour semble important chez vous, à voir la pochette glam-rock, les titres comme "Apocalipstick" et "Instagratification"…
Il est plus sérieux de prendre les choses à la rigolade. Cherry Glazerr est juste un trio d’idiots qui se baladent en gazouillant… dont le point de vue, parce que c’est un groupe de rock, devient macroscopique, est amplifié.

Souvent, l’humour est très masculin, dans la société…
Cela rejoint nos propos sur le rock, à savoir que les femmes disposent de peu d’espace dans la société et sont toujours en lutte avec d’autres congénères, pour occuper le petit territoire qui leur est accordé, le morceau de lambeau qu’on leur laisse. Et puis l’humour féminin paraît très menaçant aux hommes et à la société: les femmes intelligentes représentent une menace pour les hommes et la société, patriarcale par nature. Raison pour laquelle l’humour n’est pas équitablement partagé. Évidemment, les femmes ont la capacité d’être amusantes, mais sont tellement occupées à lutter pour conserver le peu de place qu’on veut bien leur laisser qu’elles ne peuvent se laisser aller à faire de l’humour.

Alors que les hommes sont autorisés à être amusants, les femmes sont mises sous le boisseau par la société – hommes et femmes confondus parfois –, car elles représentent une menace: l’humour est un vecteur puissant.

Votre musique est un mix de garage rock, punk, stoner et aussi un peu d’Iggy Pop?
Une belle brochette de compliments, surtout le dernier. "Postpop Depression", le dernier album d’Iggy est formidable. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait de maquettes de chansons non utilisées pour "The Idiot". Une ode au David Bowie époque Berlin….

Sur le morceau "Only kid on the block", votre voix évoque Björk…
Super! J’ai un peu une voix de falsetto, haut perchée. Mais Björk prend bien plus de risques avec sa voix: elle expérimente et n’a peur de rien au niveau de son chant, d’autant que sa technique est impressionnante.

Et puis elle fait de la musique depuis qu’elle a deux ans, depuis qu’elle parle… Une sorte d’originale, d’alien!

©x

Parfois votre timbre évoque Siouxsie…
Un leader de caractère qui a fait le lien entre le punk et le gothique: je l’admire, d’autant qu’elle utilise beaucoup le mode mineur… qui m’obsède. Je trouve le majeur stupide, qui ne reflète pas mon âme pour une raison inexplicable et paradoxale, étant d’une disposition plutôt optimiste. Or, généralement, le mode mineur est réservé aux humeurs tristes, et m’attire cependant… Mais il parle au cœur, il est plus profond, alors que le mode majeur m’apparaît plus superficiel: il vient à vous, alors qu’il faut aller au mineur.

Quels genres de musique écoutez-vous?
De tout, Kate Bush parfois, Joni Mitchell toujours, les Stones. Et beaucoup de jazz… En fait, nous vivons et respirons la musique. Qu’y a-t-il d’autres à faire à part cela? En faire, manger et baiser, voilà la bonne journée typique… (Rires.)

En concert le 22 février au Trix d’Anvers et en mai aux Nuits Botanique.

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