interview

La Grande Sophie: "Le temps qui passe, c'est mon obsession"

©Simon Kerola

Pour son huitième album, La Grande Sophie a appris à jouer et à composer au piano. "Cet Instant" est rempli de grâce, de poésie et de questions face au temps.

Il y a les buzz du moment et il y a La Grande Sophie. Ou l’art de combiner le talent, l’humour et la simplicité. Une femme vraie qui ne se cache pas derrière des recettes marketées et des réponses formatées. À cinquante ans, La Grande Sophie va bien profiter de cet instant…

En fait, d’où vient-il ce surnom?

Quand je suis arrivée à Paris, j’ai cherché un nom de scène. Je n’aimais pas mon patronyme, Huriaux. Je trouvais qu’il ne sonnait pas bien. J’ai pris contact avec plusieurs associations, l’une d’elles s’appelait Les Loukoums Rebelles où il n’y avait que des femmes. Un jour, elles m’ont parlé d’un concert. Et en découvrant l’affiche, j’ai vu qu’elles m’avaient choisi le pseudo de La Grande Sophie parce qu’il y avait d’autres Sophie et que j’étais la plus grande. Je l’ai gardé.

"Cet Instant" est déjà votre huitième album. Le temps est-il vite passé?

Oui! C’est vertigineux de se dire que c’est mon huitième album. C’est à la fois beaucoup et peu. Si je regarde les carrières à la Françoise Hardy et à la Sylvie Vartan, elles en sont à vingt-sept, vingt-huit albums. Mais dans l’époque actuelle, c’est beaucoup. Le plus difficile est de tenir sur la distance. Et je suis touchée par le public qui me suit.

La Grande Sophie - Cet instant

Vous avez composé ce nouvel album au piano, ce qui est une grande première pour vous.

Avant je composais à la guitare et récemment, j’ai voulu apprendre à jouer du piano. J’aime avoir des éléments nouveaux. Je voulais fonctionner autrement et avec mon instinct. J’ai accompli tout un travail de recherche et choisi mes réalisateurs aussi. Je voulais un album qui soit dans l’air du temps. Mais je ne désirais pas non plus qu’on me colle tous les sons trop marqués. Il fallait que ça me ressemble. Je voulais, par exemple, de la vraie batterie.

Le piano est présent dans chaque morceau.

Effectivement, du coup, la guitare l’est moins, contrairement aux albums précédents. J’entendais aussi beaucoup à mon sujet: ‘La Grande Sophie, c’est la mélodie!’. Je me suis dit que personne ne me parlait de mes textes.

La Grande Sophie, "Cet Instant"

Note: 5/5

Universal Music

Je voulais que sur ma voix, tout soit distinct. Et essayer de faire des choses nouvelles avec cette voix qui est la mienne. Je voulais mettre les mots en valeur.

Dans "Nous étions", vous évoquez votre amour de jeunesse.

Ah non, c’est mon amour de toujours qui est toujours présent! Dans la chanson, j’utilise l’imparfait mais c’est pour marquer tout le chemin qu’on a parcouru ensemble. On écrit souvent des chansons d’amour mais beaucoup d’entre elles traitent de ruptures. Et là, je voulais célébrer cet amour et ce mariage qui durent depuis trente ans. Je voulais dire que la longévité en amour était possible. Cela donne de l’espoir.

Sur tout l’album, vous vous interrogez sur le temps.

Toute ma vie, je me suis interrogée sur ce sujet. C’est mon obsession. J’ai besoin de gens et d’éléments qui me rassurent. Mes parents en font partie. Ils sont pleins de vitalité. On sait tous qu’on est inégaux devant la vieillesse.

Dans "Cet Instant", vous abordez le thème de l’éternelle jeunesse.

À un moment donné, on saisit le miroir et on se dit, en s’y regardant: ‘Mince, je n’avais pas prévu que c’était déjà là! Il va falloir s’y faire.’ Je repense à une chanson de Juliette Gréco qui disait: ‘Si tu t’imagines, fillette, que ça va durer toujours la vie des amours’.

"On court tout le temps après la nouveauté. Les nouveaux artistes, l’année d’après, ils sont déjà presque trop vieux."

C’est un petit signal mais on ne décrit pas cet instant qui est comme un coup-de-poing. La pochette de l’album est inspirée de ça. J’y apparais derrière une vitre brisée. C’était une façon poétique de représenter les traces du temps.

Mais comment voyez-vous cela par rapport à votre image publique?

À l’époque de mon premier album, en 1997, je disais: ‘J’espère être encore là, à quatre-vingt-six ans, avec ma guitare’. Et maintenant, je pense que peut-être, c’est l’image qui me fera arrêter. Je suis dans une période transitoire où tout va bien.

Vous remerciez Françoise Hardy et Delphine de Vigan sur cet album. Pour quelle raison?

"Où vont les mots" est une chanson que j’avais écrite pour Françoise. On s’écrit régulièrement. Et très vite, elle m’a répondu que cette chanson était pour moi. Du coup, je l’ai gardée. Mais c’est elle qui me l’a inspirée. Avec Delphine, nous sommes parties en tournée avec un spectacle intitulé "L’une et l’autre". C’était hyper intime et je chantais beaucoup a cappella. Ensuite, j’ai imaginé la chanson a cappella qui clôture "Cet Instant".

Qu’est-ce qui vous surprend dans le show-biz actuel?

"À un moment donné, on saisit le miroir et on se dit, en s’y regardant: ‘Mince, je n’avais pas prévu que c’était déjà là!’"

On court tout le temps après la nouveauté. Les nouveaux artistes, l’année d’après, ils sont déjà presque trop vieux. Ça devient dingue! Il y a un truc qui est flagrant, les nouveaux qui arrivent proposent non pas une nouvelle édition de leur premier album mais deux. Avec chaque fois quelques nouveaux titres. C’est comme s’il y avait une peur de ne plus exister après. On presse le citron un maximum.

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