La "mélancolie colorée" de Marc Lavoine

©Satoshi Saïkusa

Parmi toutes ses activités, théâtre, cinéma, roman, Marc Lavoine a encore trouvé le temps de faire "Je reviens à toi", son nouvel album, qui comporte un duo très réussi avec Benjamin Biolay.

Chanson

"Je reviens à toi"

3/5

1 CD Universal Music.

Sortie le 18/5.

 

C’est alors qu’il jouait au théâtre "Le Poisson belge" que Marc Lavoine s’est remis à l’écriture de chansons. Une pièce pour laquelle sa collègue Géraldine Martineau a obtenu le Molière de la révélation féminine, ce qui l’enchante. "Depuis, elle a obtenu une carte blanche à la Comédie française", ajoute-t-il. Tous les soirs, après la pièce, Marc Lavoine écrivait les textes de ses nouvelles chansons et les envoyait à son compositeur fétiche, Fabrice Aboulker. "J’ai changé parfois de compositeur mais Fabrice et moi, on a un truc à nous. De l’émotion. On a mis nos premiers pas dans la neige ensemble. Et du coup, on est connectés par quelque chose d’inexplicable. Avec lui, j’ai fait ‘Qu’est-ce que t’es belle’, ‘Chère amie’, ‘Les yeux revolver’… Des chansons majeures dans mon travail. Il y a les succès et puis, il y a les chansons qui deviennent ton ADN."

Hormis son talent de compositeur hors pair, que vous apporte Fabrice Aboulker?

La dérision. Il en a beaucoup. Et pour un type comme moi qui a eu du mal à en avoir de la dérision, c’est bien d’avoir quelqu’un à côté qui se fout de ta gueule et te titille. Il me fait rire de nos propres petites médiocrités et de nos craintes. Il dédramatise ma vie.

Et donc, après le théâtre, vous aviez encore l’énergie pour la chanson?

Avant, je faisais les choses l’une après l’autre, maintenant, je les fais en même temps. Par exemple, je suis en train d’écrire un livre sur ma mère, un recueil de poésie, je fais des films et je fais la promo de mon disque.

Pourquoi un livre sur votre mère?

Elle est morte. Mal morte. Il y a six ans. Elle était dans un hôpital. Et j’ai pensé que si je ne la sortais pas de là, elle mourrait. Cela s’est produit exactement comme ça. Mais j’ai manqué de courage. Cela m’a beaucoup perturbé. J’ai eu envie de raconter notre histoire autrement. Je suis parti sous le cercle polaire pour faire du cheval. Et j’ai retrouvé le temps. Ce qui m’a donné l’inspiration pour écrire ce roman sur ma mère.

On sait que vous vous séparez de votre épouse, la designeuse Sarah Lavoine. Cet album est-il un disque de rupture?

Non, je ne crois pas. Et puis, je n’interprète pas ça comme une rupture. Les choses changent de place dans la vie. Cela ne veut pas dire qu’elles s’annulent ou disparaissent. Mon album est celui de quelqu’un qui continue. Même si je parle parfois de la mort dans ce disque. Mais la mort des uns continue à vivre en nous. Moi, tout ce que je fais aujourd’hui, c’est parce que mes parents me l’ont appris.

Il y a beaucoup de mélancolie sur cet album…

Mais de la mélancolie colorée. Comme chez Debussy que j’admire, la mélancolie n’est pas sombre. C’est la mélancolie du réveil. Je revois les choses en couleurs, ce qui n’était pas le cas à la mort de mes parents. Depuis, j’essaie aussi de ne pas lutter contre les éléments. Sauf contre la fatalité.

"Benjamin Biolay m’a demandé: ‘Est-ce que je peux l’avoir pour une nuit?’ Il a passé une nuit blanche à travailler sur cette chanson."

Vous parrainez l’ASBL Cartables connectés. De quoi s’agit-il?

Après avoir rencontré une petite fille atteinte de leucémie qui m’avait dit que ce qui lui manquait le plus, c’était sa classe, son institutrice et ses condisciples, je me suis dit que je pouvais faire quelque chose. On peut relier les gens entre eux, alors, pourquoi pas cet enfant malade à sa classe? L’enfant voit la classe, suit les cours et ne redoublera pas. Et ses condisciples se sentent responsabilisés. Ça, c’est se battre contre la fatalité mais on ne peut le faire qu’en collectif.

Votre duo avec Benjamin Biolay, "Un chagrin n’arrive jamais seul", est vraiment beau et inattendu. Comment est-il né?

On s’est rencontré un jour et on s’est tout de suite mis à parler de Françoise Hardy. Il avait écrit "Chère inconnue" et moi, j’avais écrit "Chère amie" en réponse à la chanson de Françoise, "Partir quand même". Je lui ai fait écouter "Un chagrin n’arrive jamais seul", qu’il a beaucoup aimé. Et il m’a demandé: "Est-ce que je peux l’avoir pour une nuit?" (Rires) Il a passé une nuit blanche à travailler sur cette chanson. Il ne voulait pas juste poser sa voix sur cette chanson. Il a mis du piano, des percus, des chœurs.

Vous n’êtes pas très présent sur les réseaux sociaux. Pourquoi?

Parce que c’est un déversoir. Ils ne créent pas de liens. Ils donnent des leçons aux autres. Moi, je n’ai pas de leçon à donner. Quand j’ai rencontré Daniel Cordier, un homme immense qui était le secrétaire de Jean Moulin et qui avait dix-sept ans quand il est entré dans la Résistance, je lui ai demandé combien ils étaient en 1943. Il m’a répondu: "Une petite centaine". Ils ont quand même renversé la table! Voilà.

©rv doc

En concert le 13/11, à Forest National. www.livenation.com

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