La musique comme Dada

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Le Zita Swoon Group animé par Stef Kamil Carlens rend hommage au mouvement dadaïste, dans un spectacle total intitulé "Nothing that is everything".

Apparu il y a plus de 20 ans, Deus est sans doute le groupe le plus intéressant que la scène belge ait jamais porté. Stef Kamil Carlens y tint la basse et le chant pendant sept ans. En ces débuts, la formation anversoise était la réunion de musiciens possédant chacun leurs propres activités. Surpris par l’engouement suscité par "Worst Case Scenario" en 94, Deus enchaîne les tournées tout en enregistrant un second album. Mais le groupe est secoué par les frustrations de certains membres de ne plus pouvoir s’occuper de leurs projets personnels.

En 1997, Stef Kamil quitte le groupe précédé de quelques mois par Rudy Trouvé, le guitariste. Ils se retrouveront dans Kiss My Jazz monté par ce dernier et partagent une passion pour les arts plastiques. Trouvé fut notamment l’auteur de la pochette du premier Deus et de singles, Carlens se chargeant entre autres de concevoir les t-shirts à l’effigie du groupe. Il est peintre et a continué à colorer sa propre musique au cours de sa période Deus. Son groupe, Moondog Junior avait sorti un CD sur le même label suivi d’une tournée européenne. Lancé désormais dans ce projet prometteur, Carlens se voit contraint de changer de nom. En effet, un musicien américain Louis Hardin, qui dans les années cinquante se produisait sous le nom de Moondog et qui fut adoubé par Steve Reich et Dylan, lui intente un procès.

"Le dadaïsme est né durant le premier conflit mondial, son art est une réaction face à l’absurdité de cette explosion de violence".
Stef Kamil Carlens

Premières prémices d’un intérêt pour le mouvement Dada, Carlens choisit un nouveau nom sans signification aucune, Zita Swoon. Cette formation à géométrie variable enregistre neuf albums jusqu’en 2009, date à laquelle son créateur abandonne l’idée du concert rock traditionnel, désirant se diriger vers une forme de spectacle qui rassemblerait les arts visuels, plastiques et dont la musique serait un élément parmi d’autres. La formation s’appelle d’ailleurs depuis le Zita Swoon group, histoire de lui donner l’allure d’une troupe de théâtre.

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À longueur de projets – instrumental, avec cordes ou impliquant des artistes africains –, la compagnie a rendu plus intense le travail les différentes disciplines. Carlens reconnaît avoir été influencé par Bowie qui a multiplié les liens avec les autres formes artistiques, voire par le groupe Kiss dont il est fan depuis le plus jeune âge…

En cherchant d’autres artistes qui ont créé un projet multiforme, Stef découvre une vidéo extraite de "Dada" de Greta Deses, remake d’un des premiers spectacles dadaïstes à Zurich en 1916 au Cabaret Voltaire. "Tout y était, précise-t-il la danse, la musique, les poèmes, et même l’humour.". La troupe se met en tête de répliquer le spectacle, étudiant la chorégraphie, ajoutant de nouveaux éléments notamment musicaux. Ce travail réalisé et filmé, l’artiste, qui a goûté à l’approche dadaïste du cut-up dès 98 avec le morceau "One Perfect Day", décide de déployer ce spectacle court pour lui donner une longueur jugée adéquate – une heure –, permettant d’ajouter des éléments visuels, musicaux et scéniques. Comme chez Dada, l’improvisation occupe une place importante dans "Nothing that is Everything" en particulier dans la danse imaginée avec la compagnie de Jan Lauwers. "Musicalement aussi, mais sans tomber dans les dérives du rock progressif", rigole-t-il. Les paroles mêlent anglais, français et langue dada imaginée par Hugo Ball dans le poème "Karawane" à l’époque du Cabaret Voltaire. "Ball ne voulait plus utiliser une langue existante, précise Stef. Le dadaïsme est né durant le premier conflit mondial, son art est une réaction face à l’absurdité de cette explosion de violence. A leurs yeux, la langue avait été souillée par le discours des politiciens, la rhétorique des généraux qui mettaient le monde à feu et à sang."

Le propos de Dada se révèle hélas encore très actuel aux yeux de l’artiste, déplorant un nationalisme très présent, un monde miné par des guerres et sujet à une tension même dans des lieux épargnés par les conflits: les événements parisiens en témoignent. Soudain grave, Stef Kamil Carlens ajoute "Depuis 2001 on sent cette tension en permanence: l’impression d’être à la veille d’un nouveau conflit mondial."

"Nothing that is everything" ce vendredi 13 à 20h 30 au Kaaitheater à Bruxelles, 02 201 59 59, www.kaaitheater.be.

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