"La viole de gambe a encore tant à raconter…"

Quatre violes, une lyra grecque et toute la mélancolie de Dowland. ©Jean-Baptiste Millot

Ils ouvriront le festival de Stavelot avec Bach, puis s’en iront faire pleurer leurs violes à Amay et à Bruges, dans les "Lachrimae" de Dowland… à la sauce byzantine. Étonnants, mais superbes, François Joubert-Caillet et son ensemble L’Achéron ravivent la musique ancienne.

Il se reconnaît deux maîtres. Le Belge Wieland Kuijken, pionnier de la viole de gambe, même s’il n’y eut pas de rapport maître-élève entre eux car la rencontre fut courte. Elle sera néanmoins scellée par un disque en duo entre le père fondateur et le jeune apprenti, "Le nymphe di Rheno", de Schenck. C’est cependant l’Italien Paolo Pandolfo, autre géant de la viole, qui va vraiment l’y former. "Il m’a appris le fonctionnement de l’instrument. Mais aussi, à moi qui étais contrebassiste au fond de l’orchestre, à occuper le devant de la scène et à y raconter ce que j’avais à dire." Ce qu’il fait fort bien. À 37 ans, François Joubert-Caillet est l’une des figures marquantes – et bien trop modeste – de la nouvelle génération de gambistes. Ses disques, maintes fois primés, font bouger les lignes. Serait-ce parce que, s’il se nourrit du défrichage de ses aînés, il ose aussi revendiquer la recherche d’une authenticité baroque vivante? En somme, faire de l’historique sans ennuyer?

François Joubert-Caillet: Peut-être! Je m’inspire énormément de la démarche des pionniers. Il ne suffit pas de jouer joliment de la musique ancienne, il faut servir à quelque chose. J’ai donc choisi de chérir le travail de mes prédécesseurs, mais en m’autorisant certaines remises en question pour continuer de faire avancer l’interprétation.

Votre dernier disque, qui invite le joueur de lyra grecque Sokratis Sinopoulos dans les mélancoliques et très anglaises "Lachrimae" de John Dowland, en est une surprenante démonstration. Quelle est la genèse de ce projet?

Il y a longtemps que l’axe élisabetho-byzantin, vers l’Asie mineure, nous intéresse. L’idée d’associer à notre consort de violes la lyra de Sokratis, qui est une star en Grèce, a été suggérée par Andreas Linos, musicien de L’Achéron. Cette lyra est une sorte de cousine de la viole, elle a la même signification dans l’imaginaire byzantin. C’est un instrument de la mélancolie qui, en même temps, fait danser. Il y a aussi des similitudes de forme d’instrument et de tenue d’archet. Lyra et viole chantent la même chose. Je trouvais le projet très intéressant sur le papier, mais c’est en commençant à travailler ensemble que j’ai vraiment découvert toutes les possibilités expressives de cette alliance inhabituelle. Le plus fascinant, c’est que la musique de Dowland raconte la même histoire, mais avec un accent un peu différent. On n’est pas dans une démarche historique, mais esthétique, et le résultat est très beau…

Lachrimae Lyrae

 

Vous vous êtes aussi lancé dans une entreprise un peu folle, l’enregistrement de l’intégrale des pièces de viole de Marin Marais, dont votre deuxième enregistrement est annoncé pour octobre et qui devrait compter cinq CD. Une redécouverte?

On retient de Marin Marais "Tous les Matins du monde"#mce_temp_url# et tout ce qui a été enregistré de lui, notamment par Jordi Savall. Mais on ne le connaît pas aussi bien qu’on le pense. Il a écrit plus de 600 pièces, aux facettes innombrables. Au-delà de ses tubes, la moindre sarabande, la moindre allemande – danses a priori courantes – se révèlent d’authentiques bijoux.

Classique

Lachrimae Lyrae – Tears of Exile

Note: 4/5

Sinopoulos/Joubert-Caillet/L’Achéron

1 CD Fuga Libera

C’est donc un projet au long cours, que je crois très intéressant pour le public aussi. C’est toute la différence qu’il y a entre un documentaire de 50 minutes et une série en 20 épisodes, qui permettent de découvrir l’intimité du compositeur.

Ce qui prouve que la viole, qu’on enferme un peu vite dans le passé figé du XVIIe siècle, n’a pas fini de surprendre?

Elle a encore tant à raconter… C’est d’autant plus vrai qu’elle a déjà un pied fortement ancré dans la musique contemporaine, et même populaire. On la croise dans du rock ou de l’électro.

"Je considère la viole comme un instrument désormais intemporel."

Je la considère en tout cas comme un instrument désormais intemporel. Elle est trop souvent réduite à son histoire alors qu’elle connaît une vie bien réelle aujourd’hui.

À Stavelot le 28/7 avec Sophie Karthäuser dans un programme Bach (www.lesfestivalsdewallonie.be).

À Amay le 3/8 (www.etemosan.be) et à Bruges le 4/8 (www.mafestival.be) dans le programme Lachrimae Lyrae.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect