Lambchop | Wagner n'est pas un richard

©Lambchop

À l’occasion de la sortie de l’album "This (is what I want to tell you)", Kurt Wagner, leader des Lambchop, revient sur son parcours éclectique.

Lambschop

"This (is what I want to tell you!)", 1 CD City Lang

Note: 3/5

Le 28/4/19, en concert aux Nuits Botanique

Leader et tête pensante de Lambchop, formation country baroque et décalée, Kurt Wagner présente leur nouvel album, évoque son passé ouvrier, son éducation artistique et la nostalgie synthétique qui affleure désormais dans la production de ce jeune soixantenaire.

©doc

La scène country de Nashville, dont vous êtes originaire, a-t-elle eu un impact sur votre musique?

C’est certain. Conceptuellement, de quoi parlent les chansons country? De la vie, de l’amour, de vraies questions et pas de fiction, de sujets qui préoccupent la classe ouvrière. J’ai travaillé dans la construction, étant issu d’un milieu ouvrier: je rentrais donc dans le moule pour exprimer ce que je ressentais.

Vous considérez-vous plus comme un écrivain qu’un auteur-compositeur?

Les deux versants se valent chez moi. Sortant d’une école d’art, je me suis passionné pour l’art naïf à l’époque. J’ai commencé à intégrer une communauté d’artistes, et leur fréquentation m’a donné l’intrépidité suffisante afin d’interpréter mes propres créations, mes compositions dans des bars locaux qui donnaient l’occasion à n’importe qui d’interpréter trois de ses chansons. Bien sûr, je n’entrais pas dans les cases de la country habituelle, et je n’ai donc pas rallié les suffrages, mais la démarche m’a procuré suffisamment de courage pour poursuivre dans une voie complètement originale.

Votre voix évoque Laurie Anderson sur cet album, dans l’usage que vous faites du vocodeur…

Une artiste visuelle, comme moi, tombée sous le charme de la musique et devenue, pour une période en tout cas, populaire. Son parcours renseigne quant à la manière dont j’approche la musique, à la différence d’un musicien: je reste un outsider. Mais j’ai des idées que je concrétise. On peut avoir toutes les compétences du monde: sans créativité, on ne fait que répéter ce que les autres ont réalisé, en interprétant leurs morceaux sans rien créer.

Lambchop - Everything For You

Vous dessinez à l’aide de notes?

Cela va plus loin. Un dessin correspondrait à une démo. Ce serait plutôt une peinture ou une sculpture, une œuvre multidimensionnelle; car la musique en possède plusieurs, notamment si l’on inclut l’art de la pochette, et sans oublier le contexte dans lequel on l’écoute. Un art très direct et accessible: on n’est pas obligé de se rendre dans un musée pour l’apprécier ou de se plonger dans un livre d’art.

S’il fallait choisir un mois pour décrire l’ambiance de votre album, serait-ce décembre?

(Il rit) Au niveau poétique, décembre a cette note un peu triste, quelque chose comme la fin d’un cycle, par opposition au printemps.

Une nostalgie finissante…?

Absolument, avec un regard nostalgique sur l’année terminée avant d’en débuter une autre. Atteindre l’âge de soixante ans m’a donné l’opportunité de reconnaître que je fais ceci depuis un certain temps, et que je suis capable pour l’instant de poursuivre. Je ne prends rien pour acquis…

"On peut avoir toutes les compétences du monde: sans créativité, on ne fait que répéter ce que les autres ont réalisé."
Kurt Wagner
Leader de Lambchop

L’album produit une impression de mélancolie synthétique…

Oui, synthétique au sens artificiel, mais aussi par le fait qu’il synthétise un mélange de choses. Ce disque reflète ce qui se passe: la nature digitale de notre monde face à la réalité intime de notre vie qui a toujours existé, la réalité physique.

Les écoles d’art ont produit quantité de grands artistes rock comme David Bowie, Brian Ferry, David Byrne ou Brian Eno…

Cela leur permit de devenir des artistes justement, ce qui n’est pas de tous les musiciens, loin de là: certains ne sont que des interprètes, ou des techniciens plutôt que des créateurs.

Des artisans?

Voilà. Je voulais devenir professeur d’art et j’ai fini sur un chantier de construction.

Vous avez préféré construire des studios?

Disons que j’ai conçu quelques "sols", en effet (rires). Un boulot pénible physiquement, mais qui mettait peu mon esprit à contribution: lequel ensuite était complètement avide de création après une journée de travail répétitif. Paradoxalement, ce fut musicalement une période très fertile…

>En concert aux Nuits Botanique le 28 avril.

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